Oméga-3 et risque CV des Inuits, on noie le poisson…

Les acides oméga-3 marins sont investis de vertus thérapeutiques qui restent en grande partie hypothétiques. Les études transversales suggèrent que leur consommation accrue dans des proportions raisonnables protège le système cardiovasculaire en contribuant à la prévention primaire de l’athérosclérose. Les études prospectives de qualité manquent cependant cruellement pour sortir du champ des hypothèses et accéder à des certitudes… ce qui n’empêche pas les compléments alimentaires de proliférer.

Une consommation élevée d’oméga-3 marins, avant

Or, s’il est une population particulièrement exposée aux acides oméga-3 marins, c’est bien celle des Inuits qui se sont longtemps nourris de poissons gras avant que leurs habitudes alimentaires ne soient bouleversées par les attraits d’autres aliments largement présents dans les assiettes occidentales…Pendant longtemps, les Inuits ont ainsi été considérés comme protégés de la MCV par la consommation d’acides oméga-3 mais ce mythe est de plus en plus ébranlé par les études épidémiologiques les plus récentes. L’occidentalisation du régime alimentaire des Inuits vient également changer la donne.

Une étude de cohorte prospective réalisée au Groenland a inclus 3 095 participants adultes  issus de registres nationaux, sans le moindre antécédent de MCV. L’objectif était de rechercher une association entre, d’une part, le contenu phospholipidique de la membrane érythrocytaire en acide eicosapentaénoïque (APE) et en acide docosahexaénoïque (ADH), d’autre part, le risque de MCV. Les données ont été traitées au moyen d’une analyse par régression de Poisson: les évènements cardiovasculaires majeurs (ECVM) létaux ou non ont été dénombrés au cours du suivi et reliés de manière continue aux taux d’APE/ADH pour calculer les IRRs (incidence rate ratios), avec des ajustements prenant en compte l’âge, le sexe, la prédisposition génétique, le mode de vie et les facteurs de risque spécifiquement liés à l’alimentation.

Pas d’effet préventif majeur

Au cours d’un suivi médian de 9,7 années, ont été dénombrés 216 ECVM inauguraux ce qui correspond à 8,3 évènements/ 1 000 sujets-années. Aucune association entre le contenu membranaire en APE/ADH et le risque de MCV n’a pu être établie, l’IRR étant en effet estimée à 0,99 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 0,95–1,03, p = 0,59). Il en va de même pour le risque de cardiopathie ischémique (IRR = 1,03, IC95%: 0,97–1,09) et d’AVC (IRR = 0,98, IC 95%: 0,93–1,03).

Cette étude prospective a une particularité: elle a porté sur une cohorte d’Inuits exposés plus que d’autres à une consommation élevée d’acides oméga-3 marins. Aucune association significative n’a été établie entre le risque de MCV et l’apport en ces derniers, mais l’étude a ses limites: si elle permet d’exclure un effet préventif majeur (> 20 %), il faut un effectif plus important et un suivi plus prolongé pour détecter des effets plus discrets. L’affaire semble néanmoins mal engagée et le mythe des Inuits protégés de la MCV par les poissons gras s’érode de plus en plus…

Dr Philippe Tellier

Référence
Senftleber NK et coll. : Omega-3 fatty acids and risk of cardiovascular disease in Inuit: First prospective cohort study. Atherosclerosis 2020 ; 321 : 28-34. doi.org/10.1016/j.atherosclerosis.2020.08.032.

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