Où l’on cherche toujours à répondre à la crise des opioïdes

La dépénalisation de la consommation de drogues est une préoccupation majeure dans de nombreux pays rappellent des psychiatres de l’Université de la Colombie Britannique à Vancouver (Canada). Ainsi, certains n’hésitent pas à proposer l’arrêt des poursuites pour possession et usages de substances psychotropes, lesquelles constituent l’une des principales raisons d’incarcération aux États-Unis.  Mais il s’agit là d’un sujet controversé où les erreurs d’appréciation peuvent coûter des vies, avec des enjeux d’autant plus importants que cet épineux problème de société (la réponse à la crise des opioïdes en Amérique du Nord[1]) est désormais aggravé par la pandémie de Covid-19, les auteurs évoquant une double crise de santé publique.

 Impliquant des milliers de décès par « surdoses » de substances prescrites ou pas, cette crise des opioïdes ne montre, estiment les auteurs, aucune tendance à une baisse soutenue de la consommation, malgré presque une décennie d’efforts des pouvoirs publics et des équipes médicales. Au Canada, on déplore ainsi plus de 17 000 décès liés aux opioïdes, depuis 2016 et un rebond de la mortalité en 2020, après une baisse observée en 2019 : en particulier, la mortalité du fait des opioïdes s’accroît dans l’Ontario et le recours aux services médicaux d’urgence à ce sujet augmente en Alberta (pour atteindre au second trimestre 2020 « le nombre d’appels le plus élevé jamais enregistré en un seul trimestre », environ 1 500).

Suivre l’exemple suisse

Confronté à cette crise sanitaire des opïodes, tout en devant gérer en parallèle la question de la Covid-19, le gouvernement fédéral du Canada mise notamment sur le traitement, la sensibilisation du public, la prévention et un approvisionnement sûr  (pour lutter contre la fourniture de médicaments illicites ou détournés de leur usage thérapeutique). Toutefois, les auteurs s’interrogent, car il serait peut-être possible de proposer davantage en la matière : « compte tenu de l’efficacité bien documentée du traitement assisté par l’héroïne pour les utilisateurs d’opioïdes dans le cadre de l’étude évaluant l’efficacité des médicaments opioïdes à long terme (SALOME)[2], il est surprenant de voir que ce traitement n’est toujours pas disponible partout au Canada. »

Ils évoquent l’exemple de la Suisse, confrontée à sa propre crise des opioïdes, « extrêmement difficile », à la fin du XXème siècle, et où la combinaison du traitement assisté par l’héroïne et d’autres soutiens complets a constitué un tournant à Zurich ; ils estiment qu’une politique semblable obtiendrait probablement un succès équivalent au Canada dans les années 2020.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_des_opioides
[2] http://www.cran.qc.ca/fr/cran-centre-dexpertise/evenements-et-actualites-actualites-nouvelles/des-resultats-prometteurs-pour

Dr Alain Cohen

Référence
Krausz RM et coll.: Canada’s response to the dual public health crises: A cautionary tale. Canadian J Psy 2021, vol. 66(4); 349-353.

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Vos réactions (2)

  • Dégénérescence de la médecine

    Le 11 juin 2021

    La "crise des opioïdes" est une des conséquences de la dégénérescence de la médecine.
    Au lieu de rechercher et de traiter la cause du trouble (en l'occurrence de la douleur), on se contente d'essayer de le masquer par un traitement symptomatique.
    On connait depuis longtemps la tachyphylaxie des morphiniques.

    Sans retomber dans les erreurs du siècle dernier en refusant de les prescrire aux cancéreux en phase terminale "pour ne pas qu'ils risquent de s'habituer", on est tombé dans l'excès inverse en en donnant larga manu sans réflexion étiologique.
    Il s'agit là d'une conséquence parallèle à celle de l'oubli de la clinique au bénéfice des examens dits complémentaires (mais pas au bénéfice du patient ni à celui des finances de l'Assurance Maladie).
    Pauvre Esculape, pauvres Descartes et Montaigne !

    Dr Bernard Maroy

  • Aide intéressée ?

    Le 12 juin 2021

    Il serait intéressant de savoir si l'industrie du médicament n'a pas pris la main sur la formation et l'agenda épistémologique des medecins, spécialistes de la douleur, ou généralistes.
    Le passage d'une morphinophobie extrême, à un encouragement à une prescription précoce et prolongée de morphiniques devant toute douleur ou possibilité de douleur, aiguë et chronique, interroge.
    Ce ne serait pas la première fois que l'industrie inspirerait ainsi une discipline médicale à "bien" se comporter.

    Dr Gilles Bouquerel

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