Peut-être moins d’ostéoporose sous metformine

L’ostéoporose est favorisée par le diabète et le risque de fracture de fragilité s’en trouve accru, notamment quand le contrôle glycémique est médiocre. Les mécanismes qui sous-tendent cette association sont imparfaitement connus. Parmi les antidiabétiques oraux, il en est un qui pourrait atténuer ce risque : il s’agit de la metformine qui, depuis quelques années, retrouve une seconde jeunesse au travers d’effets bénéfiques plus ou moins confirmés et qu’on ne lui connaissait pas lors sa mise sur le marché en 1959.

Il est vrai que ce médicament est capable in vitro d’activer l’ostéogenèse et des études expérimentales menées sur des modèles animaux ont abouti à des résultats qui vont dans le même sens. Chez l’homme, un tel bénéfice est concevable si l’on en croit quelques études rétrospectives qui indiquent que cette piste mérite d’être explorée.

C’est ce qui a été fait dans cette étude de type cas-témoins qui repose sur une vaste base de données taïwanaise, la Taiwan's National Health Insurance database. Au total, parmi les 29 222 patients atteints d’un diabète de type 2 inclus, la moitié avait été traitée par la metformine, alors que les autres participants n’avaient jamais reçu un tel traitement. Dans tous les cas, le diabète avait été diagnostiqué entre 1999 et 2005 et, à l’état basal, il n’existait ni antécédent de fracture, ni argument en faveur d’une ostéoporose.

Diminution du risque d’ostéoporose ou de tassements vertébraux de 30 à 40 %

Au cours du suivi, débuté le 1er janvier 2006, ont été dénombrés 1 757 cas de tassements vertébraux ou d’ostéoporose confirmée par ostéodensitométrie chez les patients non exposés à la metformine (suivi médian 5,0 années) versus 1 143 chez les patients exposés (suivi médian 5,3 années). Dans deux tiers des cas, il s’agissait d’une ostéoporose non compliquée de tassements vertébraux tandis que le dernier tiers souffrait de cette complication.

Les taux d’incidence d’ostéoporose, pour 100 000 sujets-années, ont été respectivement estimés à 2 870,97 sans metformine et 1 713,20 avec metformine, ce qui se traduit en analyse multivariée par un hazard ratio de 0,592 (intervalle de confiance à 95 % : 0,550-0,638). Une relation de type dose-effet s’est dessinée pour les patients des deux sexes, les traitements d’une durée de plus de 2 années conduisant à des valeurs plus faibles du HR.

Cet effet diminue cependant avec l’âge, tout en restant significatif chez les patients d’âge ≥ 80 ans.

Diverses analyses de sensibilité ont révélé que l’exposition à la metformine réduisait le risque d’ostéoporose ou de tassements vertébraux de 30 à 40 %. Aucune association de ce type n’a été mise en évidence avec les autres antidiabétiques mais des interactions significatives ont impliqué la metformine et les médicaments suivants : insuline, sulfonylurées et pioglitazone.

Cette étude rétrospective ne saurait suffire pour attribuer des vertus anti-ostéoporotiques à la metformine. L’hypothèse mérite qu’on s’y arrête, compte tenu des propriétés biologiques de cet antidiabétique oral qui in vitro comme in vivo (chez l’animal) est capable de favoriser l’ostéogenèse en activant notamment la production des ostéoblastes. D’autres mécanismes d’action qui mettent en jeu le remodelage osseux sont par ailleurs du ressort de la metformine.

Dr Joseph Miller

Référence
Tseng C-H et coll. : Metformin use is associated with a lower risk of osteoporosis/vertebral fracture in Taiwanese patients with type 2 diabetes mellitus. Eur J Endocrinol. 2021;184(2):299-310. doi: 10.1530/EJE-20-0507.

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