Peut-être une place pour le dosage de l’albumine glyquée dans la surveillance du patient diabétique

Le dosage de l’hémoglobine glyquée du patient diabétique nous renseigne sur l’équilibre glycémique moyen au cours des 3 mois précédents en dehors de certaines situations : anémie, variant de l’hémoglobine, transfusion sanguine, soustractions sanguines hémolyse etc.

C’est pour le moment le gold standard de la surveillance de l’équilibre glycémique du diabétique même si on accorde de plus en plus d’intérêt à la variabilité de la glycémie. Les systèmes de contrôle continu du glucose interstitiel parviennent aussi à établir des hémoglobines glyquées virtuelles assez intéressantes pour juger des variations de tendance. Ces systèmes, qui ne sont pas autorisés pour tous les diabétiques, permettent aussi de déterminer ce qu’on appelle le temps passé dans la cible pour les patients sous pompe. Ce temps passé dans la cible apporte une valeur ajoutée au concept d’équilibre glycémique dans ce cas particulier.

Le contrôle de la glycémie capillaire par le patient apporte des informations sur le court terme au même titre que la glycémie à jeun au laboratoire. On pourrait imaginer l’intérêt d’un indicateur intermédiaire entre l’instant T du prélèvement et les 3 mois récapitulés par l’hémoglobine glyquée. C’est ici que se place la fructosamine qui désigne globalement l’ensemble des protéines glyquées présentes dans le sérum (avec le risque de fluctuation de ces diverses protéines) et ce marqueur couvre « globalement » une quinzaine de jours.

Cet indicateur a été délaissé au profit de l’hémoglobine glyquée en découpant la vie du diabétique en trimestres glissants.

Des données sur 14 jours

L’albumine glyquée représente 80 % des protéines de la fructosamine. L’albumine a une demi-vie d’environ 14 jours en dehors de situations aiguës : hypoalbuminémie de toute cause (insuffisance hépatocellulaire, syndrome néphrotique, malabsorption, dénutrition, inflammation, exsudation protéique de toute cause etc.). Le dosage de l’albumine glyquée est dorénavant à disposition. Il s’agit d’un dosage enzymatique qui après élimination des agents glyqués susceptibles d’interférer, détermine après hydrolyse par une enzyme spécifique de l’albumine, les acides aminés glyqués. Le résultat est rendu sous forme d’un rapport albumine glyquée sur albumine totale pour réduire les effets des variations inter-individuelles de la concentration d’albumine.

Une étude multicentrique a évalué sur 24 semaines des diabétiques de type 1 et de type 2 parmi lesquels un premier groupe de patients avait une hémoglobine glyquée comprise entre 7,5 et 12 %. Un 2e groupe était constitué de patients ayant une hémoglobine glyquée <7,5 %. Tous pouvaient adapter librement leur traitement.

Les patients ayant une pathologie médicale aiguë concomitante ou une insuffisance rénale, une cirrhose, une pathologie thyroïdienne, une anémie, une hémoglobinopathie, une transfusion sanguine dans les 6 derniers mois ou globalement ayant été victimes d’une affection aiguë récente ont été exclus.

L’objectif était d’évaluer le coefficient de corrélation de Pearson entre chaque méthode de dosage en exigeant une valeur d’au moins 0,8 pour estimer avoir une bonne corrélation, ceci à chaque visite durant les 6 mois de l’étude. Les objectifs secondaires étaient d’examiner la concordance entre l’albumine glyquée et les glycémies capillaires ainsi que l’hémoglobine glyquée. Un sous-groupe de participants a bénéficié d’un contrôle continu du glucose par le système Dexcom.

Après les abandons et les retraits on avait dans le groupe 1, 47 diabétiques de type 1, 51 diabétiques de type 2. Dans le groupe 2, 26 diabétiques de type 1 et 26 diabétiques de type 2. Le sexe ratio était discrètement en faveur des femmes. La population était caractéristique de la population des États-Unis (Hispaniques, Blancs non Hispaniques, Afro-américain). La moyenne d’âge était de 51 ans.

Une bonne corrélation entre glycémie capillaire et albumine glyquée

La corrélation entre albumine glyquée et fructosamine était de 0,9 ce qui témoigne d’une corrélation robuste entre l’albumine glyquée et la fructosamine. Il n’y avait pas de différence entre les sous-groupes. Il y a un petit avantage pour l’albumine glyquée.

La corrélation entre le contrôle de glycémie capillaire et l’albumine glyquée semble supérieure à la corrélation fructosamine- glycémie capillaire y compris pour la stabilité et la variabilité glycémique.

Concernant les Afro-américain et les Hispaniques la relation entre hémoglobine glyquée et la glycémie moyenne estimée n’est pas équivalente à celle retrouvée pour les Blancs non hispaniques.

L’albumine glyquée a des limites comme marqueurs du contrôle glycémique : la barre pronostique n’est bien sûr pas établie puisqu’il n’y a pas toute l’historique de l’hémoglobine glyquée à laquelle ont été consacrées plusieurs centaines de milliers de publications. Il y a la limite des maladies du foie pour les cirrhoses où il y a une augmentation de la glycation des protéines dont l’albumine. A contrario, il y a une diminution dans les insuffisances hépatocellulaires et le NASH (or cette étude avait exclu les maladies chroniques du foie et les maladies rénales chroniques).

Potentiellement utile dans certaines situations particulières

En définitive quel serait l’intérêt de ce marqueur intermédiaire évaluant le contrôle des 14 derniers jours ?

C’est d’abord dans les renforcements thérapeutiques ou les allégements thérapeutiques qu’on peut trouver un intérêt. On aimerait bien savoir si on est dans la bonne tendance avec un nouveau traitement sans attendre 3 mois surtout s’il s’agit d’un patient qui n’a pas de contrôle de glycémie capillaire. Prenons l’exemple d’un patient sous metformine auquel on adjoint un analogue du GLP1. Le patient n’a pas de contrôle de glycémie capillaire. La glycémie à jeun n’est pas parfaitement représentative de l’ensemble de la tendance même si elle a une petite valeur. Le marqueur intermédiaire représenté par l’albumine glyquée pourrait alors être intéressant. A contrario ce serait un dosage de plus pour les diabétiques dans des enveloppes de santé publique qui vont plutôt vers l’économie et l’éviction des redondances.

Va-t-elle être d’un apport plus notable que celui de la fructosamine ? Les résultats de l’étude semblent le dire.

La fructosamine n’a jamais eu beaucoup de succès à part dans certaines situations très particulières.

La surveillance de la grossesse de la patiente diabétique et peut-être du diabète gestationnel, contextes où la temporalité du nécessaire contrôle glycémique n’est pas la même, pourrait être une bonne indication à ce dosage. Mais, il y a beaucoup de paramètres physiologiques de la grossesse qui pourraient avoir une influence sur la validité de ce dernier. Des études spécifiques sont indispensables chez la femme enceinte.

Ce dosage n’en est qu’à ses débuts. Il faudrait pouvoir l’évaluer à long terme sur de très grandes cohortes et sur plusieurs continents. Pour l’instant l’hémoglobine glyquée reste le standard dans la surveillance de l’équilibre diabétique.

Dr Edgard Kaloustian

Référence
Desouza CV et coll. : Results of a Study Comparing Glycated Albumin to Other Glycemic Indices. J Clin Endocrinol Metab, 2020 ; 105, doi.org/10.1210/clinem/dgz087

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