Pfizer après AstraZeneca, de bons résultats !

La vaccination hétérologue anti-Covid 19 suscite des questions très actuelles face à une pandémie dont le terme semble encore quelque peu éloigné. Quel est le pouvoir immunogène et réactogène des associations de vaccins qui se partagent le marché ? Les réponses à cette question ne peuvent s’envisager qu’au cas par cas et les résultats d’un essai multicentrique randomisé de phase 2, réalisé en Espagne et dit CombiVacs méritent à cet égard d’être rapportés. Ils concernent la stratégie qui a consisté à administrer en seconde dose le vaccin BNT162b2 (PfizerBioNTech) chez des participants adultes, âgés de 18 à 59 ans, qui avaient été vaccinés en première intention par le ChAdOx1-S (AstraZeneca) huit à douze semaines auparavant. Aucun d’entre eux n’avait d’antécédent d’infection par le SARS-CoV-2. 

Parmi ces primo vaccinés avec le vaccin d’AstraZeneca, deux groupes (2 :1) ont été constitués par tirage au sort : le vaccin PfizerBioNTech (0,3 ml) était administré par voie intramusculaire dans un groupe tandis que les autres participants formaient le groupe témoin. Le pouvoir immunogène du vaccin a été évalué sept et quatorze jours plus tard au moyen de dosages immunologiques spécifiques de la protéine S du virus ou de son domaine de liaison au récepteur (RBD). Le pouvoir réactogène a été apprécié cliniquement au 7e jour après la vaccination.

Entre le 24 et le 30 avril 2021, 450 participants ont été initialement affectés au groupe revaccination et 226 au groupe témoin. Au 14e jour (J14), il restait 441 sujets dans le premier groupe et 222 dans le second, l’âge moyen au sein de la cohorte ainsi constituée (femmes : 56 %) étant de 44 ± 9 ans.

Une réponse immunitaire robuste et un pouvoir réactogène gérable

Dans le groupe revacciné, la moyenne géométrique des titres (MGT) d’anticorps anti-RBD (en BAU/ml) a augmenté de manière significative, passant de 71,46 (intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 59,84-85,33) à l’état basal à 7 756,68 (7 371,53- 8 161,96) à J14 (p < 0,0001). Les taux d’IgG dirigés contre la protéine S ont évolué de manière voisine, les valeurs correspondantes à l’état basal et à J14 étant respectivement de 98,4 [85,69-112,99] et 3 684,87 [3 429,87-3 958,83]) (p < 0,0001).

Par rapport au groupe témoin, les taux d’anticorps ont été multipliés par près de 78 (77,69 (IC 95 % : 59,57-101,32) pour les IgG anti-RBD et par plus de 36 (36,41 (2,31-45,23) pour les IgG anti-S. Aucun évènement indésirable grave n’a été imputé au vaccin, la plupart des réactions étant légères (68 %) ou modérées (30 %) et principalement locales (88 %). Des céphalées et des myalgies ont été rapportées près d’une fois sur deux mais dans l’ordre du tolérable et du bénin.

Chez les sujets vaccinés en première intention par une première dose de vaccin AstraZeneca, la seconde dose peut donc a priori reposer sur l’administration du vaccin PfizerBioNTech : cette étude randomisée qui se poursuit actuellement suggère que la réponse immunitaire humorale ainsi déclenchée s’avère robuste au prix d’un pouvoir réactogène modeste et parfaitement gérable.

Il s’agit cependant de la première étude à se pencher sur le rapport efficacité/acceptabilité de cette vaccination hétérologue face à la Covid-19 : si elle confirme les données précliniques, elle n’est pas suffisante à elle seule pour conclure. D’autres essais randomisés sont  nécessaires pour comparer les stratégies vaccinales actuellement utilisées de par le monde, lesquelles varient largement d’un pays à l’autre, en fonction de l’urgence du moment et des moyens disponibles.

Le pragmatisme pourrait à l’occasion l’emporter sur les exigences de la science dans certains contextes… et cette étude pourrait faciliter la prise de décision, même si ce n’était pas son objectif.

Dr Peter Stratford

Référence
Borobia AM et coll. : Immunogenicity and reactogenicity of BNT162b2 booster in ChAdOx1-S-primed participants (CombiVacS) : a multicentre, open-label, randomised, controlled, phase 2 trial. Lancet 2021 ; publication avancée en ligne le 25 juin. doi.org/10.1016/ S0140-6736(21)01420-3.

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Vos réactions (1)

  • La charrue devant les boeufs

    Le 01 juillet 2021

    Mme A Merkel , 66ans , reçevait le 22/6 sa seconde injection : Moderna et donc hétérologue après une primo-injection Astrazénéca le 16/4.

    Le texte du 8 avril de la HAS* relatif au rappel HETEROLOGUE, mARN 12semaines aprés première dose "Astrazénéca -Oxford"(AZ) des MOINS de 55ans était et reste un Plan B adaptatif répondant au SPECTRE THROMBOGENE entourant nos deux plateformes adénovirales bi (AZ) ou monodose (Janssen).

    *https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021-04/avis_n2021.0027_ac_seesp_8_avril_2021_college_has_concernant_le_type_de_vaccin_a_utiliser_pour_la_seconde_dose_chez_les_pers.pdf

    Cette recommandation se caractérisait par son ABSENCE de rationnel scientifique, renvoyant plutôt au « principe de précaution », non universel et diversement interprété au sein de la seule « Union » Européenne.
    Un pseudo-rationnel basé alors sur des données animales ou la « vaccination VIH » ne peut occulter qu’AUCUN travail n'a été mené sur l’efficacité sanitaire et à fortiori épidémiologique ou l’innocuité de cette option.
    Les SEULES données humaines relatives à ce plan B en climat Covid-19 disponibles chez l’Homme concernait … Sputnik V associant l’adénovirus recombinant (rAd26) en primo-injection, et l’adénovirus recombinant (rAd5) en rappel (3semaines). Ils ciblent tous deux la
    glycoprotéine Spike, MAIS ces deux plateformes sont très proches : Bien plus proches que AZ / mARN.
    La paucité des données « encourageantes » en phase 1/2* puis en vie réelle** portait autant sur l’efficacité in vivo que sur la tolérance :

    *Logunov DY et coll . Safety and immunogenicity of an rAd26 and rAd5 vector-based heterologous prime-boost COVID-19 vaccine in two formulations: two open, non-randomised phase 1/2 studies from Russia. Lancet 2020;396(10255):887-97 doi.org/10.1016/s0140-6736(20)31866-3

    **Logunov DY et coll . Safety and efficacy of an rAd26 and rAd5 vector-based heterologous prime-boost COVID-19 vaccine: an interim analysis of a randomised controlled phase 3 trial in Russia. Lancet 2021;397(10275):671-81 doi.org/10.1016/s0140-6736(21)00234-8

    Deux (02) travaux tendent à conforter rétrospectivement et très éventuellement l’option retenue par ou proposées à plus de 500 000 concitoyens et N millions d’adultes primo-vaccinés AZ :

    1- La randomisation espagnole sérologie – tolérance analysée : Phase 2
    Borobia AM et coll ; CombiVacS Study Group. Immunogenicity and reactogenicity of BNT162b2 booster in ChAdOx1-S-primed participants (CombiVacS): a multicentre, open-label, randomised, controlled, phase 2 trial. Lancet. 2021 Jun 25:S0140-6736(21)01420-3 doi: 10.1016/S0140-6736(21)01420-3

    Après rappel Pfizer, les titres IgG augmentent jusqu'à 150 fois, les anticorps
    neutralisants augmentent 7 fois : Quelle est la signification clinique de ces données sérologiques ?
    • La réponse évoquée est celle constatée après un rappel Pfizer : SEROLOGIQUE
    • Elle n’est PAS comparée à celle obtenue après un rappel homologue AZ
    • Le spectre thrombogêne ne s’exprime pas après la première dose AZ : probablement lié au faible effectif (N=676 primovaccinés AZ) , pas plus qu’après le rappel Pfizer (N=450)

    2- Une cohorte anglaise, rassurante, où l’analyse porte sur la SEULE tolérance AZ puis rappel Pfizer après 50ans :

    Shaw RH et coll ; Com-COV Study Group. Heterologous prime-boost COVID-19 vaccination: initial reactogenicity data. Lancet. 2021 May 29; 397 (10289):2043-2046 doi: 10.1016/S0140-6736(21)01115-6

    Restera un jour à citer une publication NATIONALE.

    Les feuilletons « variants » avaient ouvert une nouvelle ère de pandémie dans la pandémie remettant en cause les pseudo « acquis » (Contagiosité – Virulence) depuis 18 mois : Le plan B HETEROLOGUE ouvre un nouveau chapitre ou tome dans la pratique vaccinale : il nous aurait laissé perplexe avant le 8AVRIL 2021.

    Le MONODOSE chez les PRIMO-INFECTES virologiquement et maintenant sérologiquement prouvés, non immuno-déprimés , est une autre option anticipative et adaptative (HAS 11/2/2021*), infiniment plus nationale mais qui dispose maintenant d’un argumentaire in vitro mais aussi et surtout in vivo plus solide. Il nous rappelle les bienfaits de l’immunité et de la mémoire post-infectieuse B comme T si longtemps ignorée ou mise en doute.

    * https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021-02/strategie_de_vaccination_contre_le_sars-cov-2___vaccination_des_personnes_ayant_un_antecedent_de_covid-19_-_synthese.pdf

    Pragmatisme pour pragmatisme, PASS pour PASS , mondialisation pour mondialisation, il restera à accepter benoitement que « toutes les stratégies vaccinales se valent » en avalant couleuvres et chapeaux : quelque soit la plateforme, le vecteur, le nombre de dose, l’espacement des doses, leur nature.
    En attendant que Chinois, Cubains ou Russes soient vaccinés ... mARN.
    Il restera aux plus rebelles ou aux moins chanceux à se munir d’un « Test récent négatif » pour clore provisoirement les ébats en éludant les impasses faites.

    Qui doute que les discussions concernant AZ seront bientôt historiques et alimenteront les veillées, dans les pays dits « développés » au moins ?

    Dr JP Bonnet - 61ans - Vacciné AZ 2 doses

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