Pfizer contre Omicron, l’incertitude

Depuis que l’OMS a attribué, le 26 novembre 2021, le statut de VOC (variant of concern) au variant B.1.1.529, devenu depuis lors Omicron, le visage de la pandémie a résolument changé. La grande vitesse de propagation dans la plupart des régions du globe liée à l’extrême contagiosité se traduit par une hausse vertigineuse du nombre de contaminations quotidiennes, dans tous les pays dont le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis.

Face à cette évolution cataclysmique et inattendue, bien des questions se posent, notamment celle de l’efficacité des vaccins à ARNm, tels que le BNT162b2 (Pfizer– BioNTech). Que reste-t-il de son efficacité initiale qui avait été estimée à 95 % face à la première souche et aux premiers variants du SARS-CoV-2 ? Quel est l’impact d’une troisième dose d’un tel vaccin, en comparaison à la deuxième dose, par exemple ? Les données cliniques sont encore insuffisantes pour répondre à cette question, mais il est possible de se tourner vers certaines variables biologiques pour apporter une réponse au moins partielle à ce questionnement.

Une étude du type cas-témoins, publiée le 29 décembre 2021 sous la forme d’une lettre à l’éditeur du New England Journal of Medicine, a ainsi consisté à évaluer le pouvoir neutralisant du sérum de sujets ayant reçu trois doses de Pfizer– BioNTech face à des cellules infectées par quatre représentants du SARS-CoV-2 : la souche originale et les variants B.1.351 (beta), B.1.617.2 (delta) et Omicron. Deux groupes de professionnels de santé vaccinés ont été constitués : dans l’un (n=20), les prélèvements sériques ont été effectués en moyenne 165,6 jours après l’administration de deux doses de BNT162b2 et, dans l’autre (n=20), en moyenne 25 jours après l’administration d’une troisième dose du même vaccin.

Trois doses valent mieux que deux

Les trois doses ont permis d’obtenir un effet neutralisant supérieur à celui des deux doses, quel que soit le virus avec une efficacité variable d’un variant à l’autre, comme en témoigne la moyenne géométriques des titres sériques mesurés : (1) deux doses : souche princeps : 16,56 ; variants beta, delta et omicron, respectivement 1,27, 8,00 et 1,11 ; (3) trois doses : respectivement 891,4, 152,2, 430,5 et 107,6.

Certes, l’effectif est restreint et les résultats obtenus relèvent de la biologie stricte sans la moindre information de nature clinique : deux limites de taille qui n’interdisent pas pour autant des hypothèses au demeurant étayées par l’évolution actuelle de la pandémie à l’heure de la vaccination de masse. Cinq mois après la deuxième dose de BNT162b2, le pouvoir neutralisant du sérum des sujets vaccinés apparaît faible sur la souche initiale et les variants beta ou delta, et carrément nul quand il s’agit d’Omicron. La troisième dose permet de multiplier par un facteur cent ce pouvoir neutralisant face à Omicron (versus deux doses), mais par rapport au variant delta, l’efficacité (in vitro) est divisée par quatre.

La durée d’action de la troisième dose reste à déterminer, tandis que le variant Omicron change résolument la donne épidémiologique, en privilégiant la contagiosité à la virulence : c’est du moins ce qui ressort des premières études de terrain, la prudence restant de mise pour prédire l’évolution de la pandémie dans les mois à venir et la vaccination anti-Covid d’actualité, tant que le virus n’a pas dit son dernier mot…

Dr Peter Stratford

Référence
Nemet I et coll. To the Editor : Third BNT162b2 Vaccination Neutralization of SARS-CoV-2 Omicron Infection. N Engl J Med 2021 : publication avancée en ligne le 29 décembre. DOI: 10.1056/NEJMc2119358.

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Vos réactions (7)

  • Tests antigéniques et Omicron, l'incertitude également...

    Le 07 janvier 2022

    Une prépublication confirme que les tests antigéniques ne détectent pas toujours une infection par le variant Omicron dans les premiers jours de l'infection (1), les résultats ayant été discordants entre les PCR et les tests antigéniques.

    Alors, bon courage pour l'entourage des cas contacts vaccinés, en autosurveillance avec des tests antigéniques ; il vaut mieux qu'ils ne présentent pas de critères de vulnérabilité.

    On peut se poser la question si l'argent (1 milliard d'euros) a été bien investi pour les 28 millions des tests antigéniques remboursés en décembre par la Sécurité sociale...

    1. medRxiv (2022; DOI: 10.1101/2022.01.04.22268770)
    2. https://www.lesechos.fr/economie-france/social/exclusif-covid-la-ruee-sur-les-tests-a-coute-1-milliard-deuros-en-decembre-1376433

    Dr Johannes Hambura

  • Les pommes et les poires....

    Le 08 janvier 2022

    En réponse au Dr Grandin, qui a parfaitement soulevé le fait à juste titre que la comparaison était viciée par des délais très différents entre l'injection des vaccins et l'analyse des taux sériques neutralisants des anticorps, on remarquera cependant une permanence du rapport relatif de ce taux neutralisant d'anticorps produit par le vaccin entre les trois souches alpha, delta et omicron, qui varie d'un facteur 16, 8 et 1 pour deux doses à 8, 4 et 1 pour trois doses.
    Si je comprends bien, le variant omicron est donc entre 16 et 8 fois moins neutralisé par le sérum neutralisant induit par le vaccin que l'alpha et 8 et 4 fois que le delta....ce qui n'augure rien de bon en terme d'efficacité vaccinale, que celle ci se fasse avec deux ou trois doses. ce que l'on anticipait déjà...

    Dr Marc Genton

  • Constats et regrêts

    Le 08 janvier 2022

    Un déclin d'efficacité clinique , conséquence plus du temps qui passe que du variant , était une
    notion bien ancrée ... jusqu'à l'émergence puis dominance confirmées d'Omicron qui acutise à nouveau la pertinence du RAPPEL ARNm sous des délais devenus plus logistiques que scientifiques : 6,5,4,3 Mois . La diversité des pratiques nationales face à de mêmes données le confirme.
    Des comparaisons in vitro 5 mois aprés seconde injection Pfizer et 3 semaines 1/2 aprés rappel peuvent laisser perplexe , sous le seul angle de la sérologie neutralisante si pédagogique mais aussi si réductrice.

    L'analyse du Dr P Stratford , comme les auteurs , rappelle bien les limites majeures de ce travail israelien : Faible effectif (20X2) , population sélectionnée compliante (Soignants) et surtout travail in vitro.
    Avec toutes ces réserves, il conforte biologiquement en climat Omicron le bénéfice attendu du rappel , pour une durée qui reste à déterminer mais probablement courte à nouveau.
    Une base vaccinale historique , Wuhan , de plus en plus éloignée de la cible.

    Des données concordantes mais cliniques , in vivo , sont présentent sous d'autres climats démographiques , vaccinaux et de primo-infection(s) : Afrique du Sud * , UK** : Ces "nuances" doivent être intégrées quand il s'agit d'en exporter les conclusions:

    *Collie S et coll . Effectiveness of BNT162b2 Vaccine against Omicron Variant in South Africa. N Engl J Med. 2021 Dec 29. doi: 10.1056/NEJMc2119270

    **Andrews N et coll . Effectiveness of COVID-19 vaccines against the Omicron (B.1.1.529) variant of concern (Pré-print)
    https://khub.net/documents/135939561/430986542/Effectiveness+of+COVID-
    19+vaccines+against+Omicron+variant+of+concern.pdf/f423c9f4-91cb-0274-c8c5-70e8fad50074

    L'absence de STRATIFICATION du BENEFICE attendu , rappel ou pas , reste un obstacle majeur à l'interprétation des données cliniques* , fusse le bénéfice primaire et basique " Formes sévères - Mortalité " , loin du gouffre de la transmission , des formes Asymptômatiques et des "syndromes post-long pandémiques":

    *Scott J, Richterman A, Cevik M. Covid-19 vaccination: evidence of waning immunity is overstated. BMJ. 2021 Sep 23;374:n2320. doi: 10.1136/bmj.n2320

    Cette stratification appliquée à la vaccino-VIGILANCE avait fait nuancer les stratégies vaccinales adénovirales (Spectre thrombogêne) comme ARNm* (Myo-péricardites) même s'il faut constater que des stratégies distincts ont emergées de données identiques:

    *Husby A et coll . SARS-CoV-2 vaccination and myocarditis or myopericarditis: population based cohort study. BMJ. 2021 Nov30 Dec16;375:e068665. doi: 10.1136/bmj-2021-068665

    La même stratification devra s’appliquer au sujet de la VIRULENCE Omicron : Moins virulent car plus bronchique* que pulmonaire par rapport à son prédécesseur : Chez tous ? Chez qui ?

    *MC. W. Chan et coll . SARS-CoV-2 Omicron variant replication in human respiratory tract ex vivo (Pre-print)
    https://assets.researchsquare.com/files/rs-1189219/v1/af627c8c-38f1-4a35-9006-4377bfb2decd.pdf?c=1640194833

    Dr JP Bonnet

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