Plus de 200 enfants hospitalisés pour tuberculose à l’hôpital Robert Debré (Paris) entre 2007 et 2020…

La tuberculose (TB) demeure un problème majeur de santé publique fortement associé à la pauvreté. Son incidence est globalement en baisse dans les pays à hauts revenus ; en France, elle a décru de 11,1/100 000 en 2000 à 7,1 en 2015. Cependant, la TB demeure active dans les aires géographiques qui cumulent les difficultés socio-économiques, les sans-abris, l’émigration de pays à forte endémie. L’association entre précarité et TB est bien documentée pour l’adulte. En pédiatrie, les données sont rares.

Des pédiatres de l’hôpital d’enfants Robert Debré (Paris) ont étudié l’association entre l’incidence, la sévérité de la TB et les indices de précarité des patients de moins de 18 ans hospitalisés de 2007 à 2020. Les données ont été collectées de façon prospective. Le diagnostic de tuberculose a été porté sur la mise en évidence du BK par culture ou PCR et à défaut comme probable en cas de guérison sous traitement antituberculeux standard. La maladie tuberculeuse a été considérée comme sévère en cas d’opacité alvéolaire extensive, broncho-pneumonie tuberculeuse, cavitation, empyème, opacités multi-lobaires, lymphadénite, entérite, atteinte d’un organe solide ou péritonéale, infection ostéo-articulaire, du système nerveux central, oculaire.

En raison de l’absence d’indicateurs individuels de précarité dans les dossiers médicaux, un index a été utilisé basé sur l’adresse des patients en 2009 ; 4 variables ont été retenues : proportion d’ouvriers dans la population active, pourcentage de diplômés du secondaire, taux de chômeurs, revenu médian du foyer. Sur la base des valeurs de référence nationales, les patients ont été divisés en 6 groupes, les 5 premiers correspondant aux quintiles de référence et le 6ème groupe le plus précaire à ceux dont l’adresse ne reflétait pas les taux de précarité, en centre d’accueil ou sans logis, mineurs migrants non accompagnés.

Une incidence liée à la précarité, bien sûr

De 2007 à 2020, 232 enfants ont été hospitalisés pour tuberculose à l’hôpital Robert Debré ; 10 ont été exclus de l’analyse pour impossibilité de connaître leur degré de précarité. La majorité des 222 autres patients était âgée de 10 ans et plus mais un quart avait moins de 5 ans. Le sexe ratio était à un. Au total, 184 sur 188 (98 %) avaient au moins un parent né à l’étranger, la majorité en Afrique sub-saharienne (55,4 %) ; 8,2 % souffraient d’un déficit immunitaire.

Les populations les plus précaires étaient sur représentées : 50 % appartenaient aux 2 groupes les plus précaires et ceux du groupe 6 avaient une incidence de TB 58 fois supérieure à celle constatée dans le premier groupe. La TB a été classée sévère pour 126 patients (56,8 %), la moitié classée dans les 2 groupes les plus précaires. Cependant après analyse à variables multiples ajustée pour l’âge et les circonstances du diagnostic, aucune association significative entre la précarité et la sévérité de la maladie n’a été établie. La précarité était associée à une durée d’hospitalisation plus prolongée dans les groupes les plus précaires (Odds ratio OR 3,79 intervalle de confiance à 95 % 1,55-10,23). Une tendance à une plus grande proportion d’enfants symptomatiques a été observée dans le groupe 6 le plus précaire.

Ainsi, l’incidence de tuberculose et la durée d’hospitalisation augmentent avec le taux de précarité mais non la sévérité de la maladie.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Yang J-S et coll. : Impact of deprivation on the incidence and severity of tuberculosis in children: a retrospective study from 2007 to 2020 in a tertiary care center in Paris, France. J Pediatr 2023;259:113395. doi: 10.1016/j.jpeds.2023.113395.

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Vos réactions (1)

  • Nous vivons une époque moderne

    Le 15 septembre 2023

    La tuberculose semblait être éradiquée ... les vaccinations obligatoires ont été suspendues et elle ressurgit là où elle a toujours été : conditions de vie difficiles, pauvreté, mal logement, insalubrité, mauvaise alimentation, précarité ... je crois bien avoir appris ces choses là en "leçons de chose" à l'école primaire dans les années 50 ... une fois de plus on enfonce les portes ouvertes ! Mais il est vrai que maintenant les médecins statisticiens parlent en lieu et place de l'observation et du bon sens alors ...

    P. Demougeot

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