Prévention de la coqueluche du nouveau-né, une stratégie chasse l’autre

La résurgence de la coqueluche pose un défi un peu partout dans le monde. Depuis l’isolement du bacille responsable, Bordetella pertussis, au début du XXe  siècle, beaucoup d’éléments ont été découverts concernant la pathogénie et la prévention de la maladie. Toutefois, 50 millions de cas de coqueluche et 300 000 décès étaient encore dénombrés chaque année dans le monde jusqu’en 2003, principalement chez des enfants de moins de 5 ans, avant que n’apparaisse, entre 2010 et 2014, une augmentation de l’incidence, constatée dans toutes les régions du monde.

La difficulté de mettre en place le traitement suffisamment tôt dans l’évolution de la maladie fait de la prévention un élément essentiel, notamment pour les jeunes enfants. Cette prévention repose principalement sur la vaccination. Au fil du temps, plusieurs stratégies ont été proposées pour protéger le nouveau-né et le nourrisson, particulièrement vulnérables.

Le cocooning, total ou partiel ?

Il a d’abord été proposé de vacciner le nouveau-né à la naissance. Cette option a été étudiée pendant plus de 40 ans, pour être finalement abandonnée : la vaccination néonatale était en effet associée ultérieurement à un taux moyen d’anticorps contre B. pertussis inférieurs chez les enfants qui avaient été vaccinés à la naissance.

La stratégie du cocooning est quant à elle proposée depuis les années 2000 en France, aux USA, en Australie et en Allemagne, et plus récemment au Brésil, Chili, Costa-Rica. Elle consiste à vacciner, avec un Tdap, toutes les personnes en relation étroite avec le nourrisson, en principe au moins 2 semaines avant le contact avec celui-ci.

L’objectif est de réduire la transmission de la maladie au jeune enfant non vacciné. Si une récente étude menée au Chili estimait à 84 % la réduction du nombre de décès liée à cette stratégie, les données recueillies à travers le monde ne retrouvent qu’un impact mineur, voire nul. L’efficacité du cocooning est donc limitée. Il ne confère pas à l’enfant de protection spécifique et nécessite la vaccination de nombreuses personnes, rendant la méthode coûteuse et difficile à mettre en œuvre. Elle est toutefois maintenue dans de nombreuses régions.

Notons que certains pays, comme le Brésil ou les USA, recommandent aussi la vaccination du post-partum, ou « cocooning partiel », administrée seulement à la mère le plus tôt possible après l’accouchement. Mais cette vaccination survient sans doute trop tard pour protéger l’enfant si la mère est infectée pendant la grossesse ou juste après.

Ou plutôt la vaccination prénatale ?

Enfin, la plus récente conduite proposée, la vaccination maternelle pendant la grossesse, vise l’augmentation du taux des anticorps anti-coqueluche chez la femme enceinte et le transfert transplacentaire de ces anticorps vers le fœtus.

Elle procure une protection spécifique à l’enfant, ne nécessite qu’une dose de vaccin pendant la grossesse et donc est relativement peu coûteuse. Cette stratégie est désormais recommandée aux USA, au Royaume-Uni et en Australie. Les données sur la sécurité et l’immunogénicité de la vaccination au cours du 3ème trimestre de la grossesse montrent que les enfants nés des mères vaccinées ont des concentrations en anticorps anti-coqueluche supérieures, à la naissance et à 2 mois à ceux des enfants nés de mères immunisées au moment du post-partum. Il persiste toutefois une incertitude concernant l’impact des anticorps maternels sur la réponse immunitaire de l’enfant à la vaccination ultérieure. Plusieurs travaux sont en cours sur ce thème, sur le modèle du tétanos ou de la rougeole.

Si la vaccination reste la meilleure façon de combattre la coqueluche, aucune de ces stratégies ne prévient toutefois la transmission silencieuse du bacille. Pour cela, de nouvelles formulations du vaccin seraient nécessaires. Des essais cliniques sont en cours sur des vaccins vivants atténués plus efficaces, dont la formulation est basée sur les connaissances accumulées au fil du temps sur l’immunité contre B. pertussis, et notamment sur le rôle joué par les lymphocytes Th1 et Th17 en association aux anticorps.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Argondizo-Correia C et coll. : Neonatal Immunity to Bordertella pertussis Infection and Current Prevention Strategies. J Immunol Res., 2019: 7134168. doi: 10.1155/2019/7134168.

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