Probiotiques et APLV : les recherches avancent

L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est l’une des allergies alimentaires les plus fréquentes de l’enfant. Selon certains travaux, elle concernerait entre 2 % et 5 % des nourrissons, mais avec des variations importantes selon les pays. Des anticorps IgE-spécifiques au lait de vache sont présents chez la majorité des enfants allergiques au lait de vache, mais pour près d’1 enfant sur 4, l’allergie est non IgE médiée, ce chiffre étant, selon certains auteurs, sous-estimé.

Non seulement l’incidence de l’APLV est en augmentation, mais de nombreux indices indiquent qu’elle persiste désormais plus longtemps, présente chez un plus grand nombre d’enfant d’âge scolaire. Elle semble aussi plus grave : des cas plus fréquents d’hospitalisation pour anaphylaxie ont été rapportés, chez les jeunes enfants, mais surtout chez les 4-15 ans.

Si la prise en charge de l’allergie alimentaire repose principalement sur l’éviction de l’allergène, d’autres axes de recherche sont actuellement activement exploités. Parmi eux, le microbiote intestinal suscite un intérêt croissant.

Des travaux ont suggéré que le microbiote intestinal aurait un rôle de modulation de la réponse systémique immunologique et inflammatoire, et pourrait influencer le développement de l’intolérance et de l’allergie. Plusieurs études de cohorte ont montré qu’une dysbiose intestinale (altération du microbiote) était présente chez des enfants allergiques comparés aux enfants en bonne santé. La flore des premiers serait moins riche en bifidobactéries et en lactobacilles.

Passer à une prise en charge plus active

Les recommandations de différentes sociétés savantes reflètent toutefois les incertitudes actuelles concernant les probiotiques, prébiotiques et synbiotiques (mélange des deux précédents) dans la prise en charge de l’allergie. Si l’Organisation mondiale de l’allergie suggère d’utiliser les probiotiques dans certaines situations (femmes enceintes à risque d’avoir un enfant allergique, femmes allaitant un enfant à risque d’allergie, nourrissons à risque d’allergie), le groupe d’expert reconnaît toutefois que les données sont rares et qu’il est pour l’instant difficile de préciser quel probiotique utiliser, quand le commencer et quand l’interrompre. Le groupe ESPGHAN (European Society for Paediatric Gastroenteroly Hepatology and Nutrition) note que toutes les affirmations au sujet de l’utilisation d’un probiotique doivent s’appuyer sur des données concernant ce probiotique précisément, en tenant compte de la souche testée. L’EAACI (European Academy of Allergy and Clinical Immunology) ne recommande pas actuellement l’usage des probiotiques en prévention de l’allergie. Il existe de nombreuses guidelines pour le traitement de l’allergie aux protéines de lait de vache. Aucune d’elles ne recommande jusqu’à présent le recours aux prébiotiques et probiotiques, mais elles reconnaissent toutefois l’intérêt d’intensifier les recherches en ce domaine.

Ces travaux reflètent l’ambition de passer d’une prise en charge fondée sur l’éviction alimentaire dans un objectif de prévention, vers une approche plus active pour induire une tolérance avant que l’allergie ne se développe, ou une fois qu’elle s’est manifestée.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Fox A et coll. The potential for pre-, pro- and synbiotics in the management of infants at risk of cow's milk allergy or with cow's milk allergy: An exploration of the rationale, available evidence and remaining questions. World Allergy Org J 2019 ; 12 : 100034.

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