Pronostic de la β-thalassémie majeure, en attendant la thérapie génique

La β-thalassémie majeure fait partie des maladies orphelines dont le pronostic reste sévère en dépit des progrès thérapeutiques accomplis. Le traitement palliatif repose sur les transfusions régulières et la chélation du fer, la transplantation de moelle osseuse étant la seule solution définitive en attendant les avancées de la thérapie génique. Une étude de cohorte longitudinale multicentrique réalisée en Italie a tenté de préciser l’évolution du pronostic de cette maladie héréditaire au cours des cinquante dernières années 

Elle a inclus 709 patients (dont 51,1 % d’hommes), nés entre 1970 et 1997 atteints d’une β-thalassémie majeure nécessitant des transfusions itératives et dont le suivi a été assuré jusqu’en 2020. Au sein de la cohorte des patients nés entre 1970 et 1974, la probabilité de survivre jusqu’à l’âge de 30 ans a été estimée à 83,6 % (intervalle de confiance à 95 % IC 95% : 78,5–89,1), contre 93,3 % (IC 95%: 88,6–98,3) pour ceux nés entre 1985 et 1997 (p = 0,073). L’espérance de vie apparaît supérieure chez les femmes (p = 0,022).

Améliorations au cours des 5 dernières décennies

Au total, 93 décès sont survenus à un âge médian de 23,2 ans, dont les causes ont été les suivantes : cardiopathie (n = 53), complications en rapport avec une transplantation de moelle osseuse (n = 10), infections (n = 8), maladie hépatique (n = 4), cancer (n = 3), accidents thrombo-emboliques (n = 2) ou encore anémie sévère (n = 1). La mortalité cardiovasculaire a diminué nettement à partir de l’an 2000, cependant qu’aucun décès en rapport avec une transplantation de moelle osseuse n’a plus été déploré à partir de 2010. L’âge médian auquel cette dernière est réalisée a diminué progressivement au fil du temps de manière hautement significative chez les patients plus jeunes (p < 0,001). Près de deux participants sur trois (67,7 %) ont développé au moins une complication.

Une analyse multivariée du type modèle des risques proportionnels de Cox a précisé les facteurs associés à la mortalité : cardiopathie (hazard ratio HR : 4,63, IC 95%: 1,78–12,1, p = 0,002), concentrations sériques de ferritine >1 000 ng/ml (HR : 15,5, IC 95% : 3,52–68,2, p < 0,001), sexe masculin (HR : 2,75, IC 95%: 0,89–8,45, p = 0,078) et splénectomie (HR : 6,97, IC 95% : 0,90–54,0, p < 0,063).

Si le pronostic de la β-thalassémie reste réservé, il s’est néanmoins amélioré au cours des dernières décennies. L’espérance de vie a quelque peu augmenté, du fait du recours plus fréquent à la transplantation de moelle osseuse, mais aussi d’un accès plus facile aux soins et d’une approche pluridisciplinaire de cette maladie orpheline. La thérapie génique devrait encore améliorer la situation, si elle tient ses promesses.

Dr Philippe Tellier

Référence
Forni GL et coll. : Overall and complication-free survival in a large cohort of patients with β-thalassemia major followed over 50 years. Am J Hematol 2023 : publication avancée en ligne le 1er janvier. doi: 10.1002/ajh.26798.

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