Quand allergie alimentaire et véganisme se rencontrent…

Au fil des ans, le véganisme fait des adeptes de plus en plus nombreux. Dans le même temps, la prévalence des allergies alimentaires a, elle aussi, augmenté, et certains patients allergiques se tournent vers l’alimentation « vegan ». Quand l’alimentation « vegan » et l’allergie alimentaire se rencontrent, le risque de carences nutritionnelles devient alors préoccupant, particulièrement pendant l’enfance. Une équipe Canadienne a fait le point sur cette situation.

Le régime « vegan » favoriserait le développement d’une flore intestinale variée, mais …

Les auteurs précisent dans un premier temps que, si le véganisme se définit comme un régime alimentaire excluant tout produit animal, il peut aussi être décrit comme comportant une très large variété d’aliments : céréales complètes, légumes, fruits, fruits à coques, graisses végétales, herbes aromatiques, épices, etc. Cette alimentation a un effet bénéfique pour la prévention et le traitement des maladies métaboliques et la grande variété des hydrates de carbone qu’elle contient semble favorable au développement d’une flore intestinale variée. Pour les enfants toutefois, certaines mises en garde sont nécessaires.

… il peut réduire les apports nutritionnels, d’où l’intérêt d’un suivi diététique, surtout chez les enfants allergiques

Les nourrissons et les enfants ont des besoins élevés en énergie et en nutriments, et une alimentation trop restrictive peut empêcher d’atteindre l’objectif en apports énergétiques. D’autant plus que la consommation importante de fibres peut réduire l’absorption optimale des nutriments spécifiques, comme les protéines. C’est la raison pour laquelle les auteurs préconisent, chez les enfants « vegans », un suivi nutritionnel et le respect des éventuelles supplémentations préconisées, et ce d’autant plus qu’existe une allergie alimentaire. Un avis professionnel évite l’éviction inutile de sources de protéines et de nutriments.

Traquer les déficits en fer, vitamines (B12, D, B2 et A), iode, calcium, zinc et acides gras oméga-3

Certes, l’alimentation « vegan » inclut des aliments riches en fer (lentilles, tofu, noix, poix chiches, etc.). Toutefois, la biodisponibilité et l’absorption de ce fer « végétal » sont faibles, et, tout comme les végétariens, les « vegans » doivent consommer 1,8 fois plus de fer que les personnes mangeant de la viande. La difficulté d’un apport adéquat en fer est accrue en cas d’allergie, par exemple au soja ou aux fruits à coque. Le déficit en vitamine B12 est sans doute le plus préoccupant chez les enfants « vegans », et nécessite souvent une supplémentation suffisante et donnée en continu car seulement 1 % environ de la supplémentation en vitamine B12 passe la barrière intestinale. Enfin, les déficits en iode, calcium, zinc, vitamine D, vitamines B2, A et acides gras omega-3 ne sont pas rares et nécessitent une vigilance particulière.

Rappelons que, même en l’absence de déficits nutritionnels, le poids, la taille, le poids pour l’âge et le poids pour la taille, peuvent être inférieurs chez les enfants allergiques. Le risque augmente quand s’ajoutent les restrictions du régime « vegan ». Le soja, l’arachide, les fruits à coque et le blé sont parmi les allergènes alimentaires les plus fréquents, et le soja le second allergène le plus fréquent dans les allergies alimentaires non IgE-médiées. Cela illustre le défi que représente la prise en charge d’un enfant allergique dont les besoins énergétiques et en nutriments doivent être fournis par un régime « vegan ».

Bien lire les emballages alimentaires et gare aux allergies croisées

Une attention spéciale doit être accordée à la quantité et à la qualité des apports protéiques, et il est recommandé aux parents de lire systématiquement et en détail les emballages alimentaires, en traquant les mentions concernant la présence d’allergènes. Il est essentiel d’informer les parents de ce que les portions doivent être augmentées pour atteindre les recommandations en termes d’apports énergétiques et de nutriments. La prudence s’impose aussi concernant le risque d’allergies croisées, et toute nouvelle introduction d’aliment devrait être discutée.

Dr Roseline Péluchon

Références
Protudjer J.L.P. et coll. : Veganism and paediatric food allergy: two increasingly prevalent dietary issues that are challenging when co-occurring.
BMC Pediatr., 2020 Jul 10;20(1):341.

Copyright

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article