Quand le confinement met la pollution en quarantaine

Nous avons tous en mémoire les images satellitaires des premiers temps du confinement, vision spectaculaire de la réduction de la pollution au-dessus de la Chine. Ces changements seraient principalement la conséquence de l’arrêt du trafic routier. En effet, les émissions polluantes liées au chauffage et à l’industrie n’ont été que légèrement réduites ou sont restées stables.

Une équipe chinoise s’est saisie de la question pour évaluer l’impact de ces changements sur la mortalité. En d’autres termes, le confinement aurait-il eu des conséquences positives pour la santé ?

Selon les données rapportées par les instruments de mesure à bord du satellite Sentinel-5P Precursor, les émissions de dioxyde d’azote ont baissé pendant le confinement, de 22,8 μg/m3 à Wuhan, épicentre de la pandémie, et de 12,9 μg/m3 pour l’ensemble de la Chine. La densité de PM 2,5 a diminué de 1,4 μg/m3 à Wuhan et de 12,9 μg/m3 dans 367 autres villes de Chine (la réduction moindre à Wuhan serait due à une réduction antérieure de la pollution, entre 2016 et 2019). Cet important déclin des émissions de dioxyde d’azote pendant la quarantaine est confirmé par les données du satellite Sentinel-5P Copernicus.

12 000 décès évités, c’est plus que la pandémie n’en a provoqué ?

Les auteurs ont ensuite estimé l’impact de l’amélioration de la qualité de l’air sur la mortalité toutes causes et sur la mortalité spécifique. Ils estiment que près de 9 000 décès ont été évités par la baisse de la pollution au dioxyde d’azote, dont 65 % sont des décès d’origine cardiovasculaire (hypertension, coronaropathie, accident vasculaire cérébral) ou par bronchopathie chronique obstructive (BPCO). Quant à la réduction de la pollution par les particules fines (PM 2,5), elle pourrait avoir évité plus de 3000 décès, dont 73 % de cause cardiovasculaire ou par BPCO.

Si l’on en juge par ces données, le nombre de décès évités dépasserait celui des décès liés à la pandémie en Chine (4 633 décès au 4 mai 2020). Les auteurs précisent que ces résultats doivent être interprétés avec prudence, du fait des imbrications possibles entre la mortalité liée à la pollution et les effets des bouleversements du système de soin sur la prise en charge des maladies chroniques. Ils suggèrent toutefois l’efficacité sur la santé des mesures drastiques de contrôle de la pollution.

Dr Roseline Péluchon

Références
Hen Ket coll. : Air pollution reduction and mortality benefit during the COVID-19 outbreak in China. Lancet Planet Health 2020 ; publication avancée en ligne le 13 mai. doi.org/10.1016/S2542-5196(20)30107-8

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