Quand les statines conduisent à…l’hypoglycémie

Les statines augmenteraient le risque de diabète de type 2 notamment chez les patients en surcharge pondérale. Par ailleurs, il existe une relation inverse entre le risque d’hypoglycémie et les taux sériques de cholestérol. Les liaisons entre le métabolisme des lipoprotéines et la glycorégulation restent imparfaitement connues, mais il est établi que l’accumulation du cholestérol dans les ilôts pancréatiques peut diminuer la sécrétion d’insuline. Par ailleurs, les récepteurs du LDL-cholestérol apparaissent comme des médiateurs importants dans le métabolisme de ce dernier au sein des ilôts. Une étude rétrospective vient rappeler les connexions potentielles entre ces régulations physiologiques fondamentales.

Elle émane d’équipes israéliennes qui œuvrent au sein du Wolfson Medical Center. Elle a inclus, entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2013, tous les patients qui ont été hospitalisés dans les unités de médecine interne, à l’exclusion de ceux atteints d’une insuffisance hépatocellulaire ou d’une cholestase intrahépatique constatées lors de leur admission. Quatre groupes ont été constitués en fonction de deux variables : diabète (oui/non) et albuminémie <35 g/l (oui/non).  Des analyses multivariées par régression ont permis de rechercher des associations entre la survenue d’une hypoglycémie au cours de l’hospitalisation et l’exposition aux statines (oui/non) en tenant compte des doses prescrites (traitement intensif ou non).

Tout dépend de l’albuminémie

L’analyse a finalement porté sur une cohorte de 31 094 patients (âge moyen 68,9 ± 17,5 ans ; hommes : 48,4 % ; diabète : 21,7 %). En cas d’albuminémie abaissée, l’exposition à un traitement intensif par les statines a été associée à une augmentation faible mais significative du risque d’hypoglycémie, versus témoins non exposés, l’odds ratio correspondant étant en effet de 1,303 (intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,016-1,671, p = 0,037). En revanche, des doses standards de statines ont été associées à un moindre risque d’hypoglycémie, l’OR correspondant étant en effet de 0,590 (IC 95 %, 0,396-0,879, p = 0,010). En cas d’albuminémie située dans l’intervalle de normalité, aucune association significative n’a été établie entre exposition aux statines et hypoglycémie. Ces résultats ont été obtenus qu’il existe ou non un diabète.

Cette étude cas-témoins rétrospective illustre les collusions potentielles entre le métabolisme des lipoprotéines et la glycorégulation, les statines jouant ici apparemment le rôle d’agent perturbateur des grands équilibres. Ces dernières réduiraient globalement le risque d’hypoglycémie dans un temps limité, celui d’une hospitalisation. Cependant, en cas d’albuminémie basse, les doses élevées de statines auraient l’effet inverse… en augmentant le risque d’hypoglycémie, qu’il existe ou non un diabète, ceci en l’absence de tout état clinique critique. Des résultats qui laissent quelque peu perplexe et qui, à ce titre, demandent à être confirmés par d’autres études plutôt prospectives et de plus longue durée.

Dr Philippe Tellier

Références
Khanimov I et coll. : High-Intensity Statins Are Associated With Increased Incidence of Hypoglycemia During Hospitalization of Individuals Not Critically Ill. Am J Med. 2019 ; 132(11): 1305-1310. doi: 10.1016/j.amjmed.2019.04.050.

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