Réadaptation respiratoire de la BPCO : la victoire en chantant ?

L’organisation de séances de chant dans la prise en charge des affections respiratoire chroniques et plus particulièrement dans la réadaptation respiratoire (RR) de la BPCO semble n’avoir que des avantages : atténuer la dyspnée, améliorer la qualité de vie, aider à la socialisation sans compter les avantages physiologiques en termes d’amélioration de la coordination et de la force des muscles respiratoires.

Un programme britannique, « Singing for Lung Health (SLH) » s’est mis en place et a disséminé en Europe. Jusqu’à maintenant de grandes études universitaires manquaient pour valider scientifiquement cette approche, que certains jugeaient encore un peu « rock and roll ».

Une étude multicentrique danoise (1) a mis en place une randomisation de 2 protocoles de RR chez des malades atteints de BPCO : l’un purement fondé sur des exercices physiques (EX) et l’autre (SLH) structuré sur des séances de chant en groupe auxquelles étaient ajoutés quelques exercices en endurance et des étirements.

La RR est délocalisée au Danemark : elle est pratiquée dans des centres municipaux par des kinésithérapeutes sans réellement d’approche multidisciplinaire. Le médecin n’intervient qu’à la prescription de la procédure. Le groupe SLH a bénéficié de l’expérience de professeurs de chant spécialement formés. Le programme était composé de 20 séances de 90 minutes bi-hebdomadaires.

Chanter n’est pas inférieur aux exercices physiques…

Sur les 270 malades randomisés, 72 % ont accompli le programme jusqu’au bout. La conclusion générale des auteurs est que le programme SLH n’est « pas inférieur » au programme EX. Le problème est que l’on se demande si le jeu en valait bien la chandelle : au terme des séances le groupe SLH gagnait en moyenne 13 mètres au test de marche de 6 minutes contre 14 mètres dans le groupe EX, ce qui est bien loin de la différence minimale cliniquement significative (DMCS) qui est de 30 mètres, atteinte par 22 % des malades du groupe SLH et 25 % du groupe EX.

La pratique du chant en groupe est en général un puissant moyen de lutter contre l’anxiété et la dépression : ici aucune variation significative du score HAD (Hospital Anxiety Depression score) n’était enregistrée dans les 2 groupes. De même le questionnaire de qualité de vie Saint Georges n’atteignait dans aucun des groupes la DMCS.

Les malades ayant abandonné le programme avaient une pathologie plus grave, un score de dépression plus élevé et étaient plus souvent fumeurs actifs que ceux qui ont terminé le programme, ce qui atteste peut-être de déficits de supervision et de multidisciplinarité notamment dans la prise en charge du sevrage tabagique.

Aimables controverses

Les auteurs déclarent assez benoîtement qu’ils ont [peut-être] « comparé le groupe SLH à un programme [physique] de RR inefficace » et que pratiquer un programme « SLH » de RR est [peut-être] « plus qu’une activité de loisir chez des malades ne souhaitant pas s’engager dans un programme de RR trop demandeur sur le plan physique ».

L’équipe du Ciro, centre néerlandais universitaire réputé de RR, ne s’en laisse toutefois pas conter et a envoyé (2) quelques semaines après la pré-publication de cet article une correspondance très aimable listant de nombreux problèmes méthodologiques incluant les remarques précédentes et d’autres plus techniques, n’hésitant pas à conclure très poliment que les « résultats rapportés [par les auteurs danois] ne semblent pas étayer leurs conclusions ». Les auteurs concluent non moins élégamment leur réponse à cette correspondance par la citation de Voltaire : « le mieux est l’ennemi du bien » (3).

Le point important semble être qu’une technique non pharmacologique de prise en charge de la BPCO au cours de la RR qui semblait tout à fait fantaisiste il y a quelques années fait maintenant débat dans une revue de haut niveau scientifique. L’avenir nous dira si un hymne international pourra voir le jour dans le respect de la médecine fondée sur les preuves…

Dr Bertrand Herer

Références
(1) Kaasgaard M, Rasmussen DB, Andreasson KH et coll.: Use of Singing for Lung Health as an alternative training modality within pulmonary rehabilitation for COPD: an RCT. Eur Respir J 2021; publication avancée en ligne le 28 octobre. doi.org/10.1183/13993003.01142-2021.
(2) Vaes AW, Spruit MA, Franssen FME et coll. The efficacy of singing versus exercise training: do the data really support the authors’ conclusions?. Eur Respir J 2021; publication avancée en ligne le 23 décembre. doi.org/10.1183/13993003.02857-2021
(3) Løkke A, Kaasgaard M, Andreasson KH et coll. European Respiratory Journal. Eur Respir J 2021; publication avancée en ligne le 23 décembre. doi.org/10.1183/13993003.03051-2021.

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Vos réactions (1)

  • Quand tout est prétexte à "masturbation intellectuelle"

    Le 19 mai 2022

    A force de vouloir à tout prix douter de nos "savoir-faire" et n'accepter de valider sereinement ce que jusqu'ici nous appelions (en toute modestie) "trucs et astuces" que s'ils ont reçu l'onction d'une littérature anglo-saxonne (de langue tout au moins), on finit par sombrer dans le ridicule.
    Il y a belle lurette que des Kinés Respiratoires (j'en étais) utilisent le chant pour aider au traitement des BPCO et d'ailleurs d'autres affections respiratoires. Nous n'avons jamais prétendu que ça pouvait constituer une panacée, simplement un adjuvant non négligeable si nous arrivions à motiver les patients, autrement dit à les faire "ADHÉRER" à l'idée. Il nous est très vite apparu, sans surprise, que plusieurs conditions devaient être réunies si l'on voulait espérer un résultat en réponse à l'utilisation de cet adjuvant:
    1°-: Que le thérapeute ait déjà quelques connaissances et expériences en matière de chant. 2°-: Que le patient y ait quelques aptitudes, même modestes puisqu'il ne s'agit, (du point de vue du soignant, bien sûr) que d'un moyen ludique d'effectuer des exercices respiratoires coordonnés, sachant que si l'entente est bonne, dans cette modalité, entre le patient et le "coach", on peut arriver à des résultats très encourageants. Oui! très encourageants, voire surprenants, pour peu, condition essentielle, que l'on n'aie pas dépassé l'indication....
    Quoi qu'il en soit, cette approche de la K.R. , quelque intérêt puisse-t-elle présenter, ne saurait plaider pour une "monothérapie" et reste indissociable d'autres techniques, plus analytiques et moins ludiques, sans doute mais nécessaires à la bonne marche du traitement de kinésithérapie.
    On peut comprendre que pour étudier une technique (ou une molécule) on isole la question le temps de l'étude, le temps d'effectuer des mesures qui ne soient pas "polluées" statistiquement par des "biais" mais il me semble que la logique impose une seconde étude qui réintègre les données classiques, éducation thérapeutique incluse et qu'on puisse tirer alors un bilan global.

    En conclusion, je dirais que dans ces pathologies comme dans tant d'autres, l"'artisan" aborde le problème avec sa "caisse à outils" et non avec un seul outil. Dans le domaine respiratoire, ma longue expérience m'a permis d'utiliser, non seulement le chant mais l'instrument de musique, l'indication ne se limitant pas aux "obstructifs" mais aussi à des syndromes "restrictifs" (j'ai souvenir, entre autres, d'un "Trombone" de la Flotte de Toulon, victime d'une pleurésie purulente, en vacances dans sa famille, qui, dans le 2ème temps de son traitement, a bénéficié, en complément de Kinésithérapie, d'un travail assez précoce avec son instrument - en commençant par son embouchure - pour aller progressivement jusqu'à l'instrument complet. Excellent résultat final qui lui a permis sa réintégration dans l'orchestre de la Flotte.)

    Les études, si on veut qu'elles ne soient pas éternellement de simples sujets de controverses, ce qui peut rapidement tourner en "masturbation intellectuelle" en boucle, devront prévoir les compléments nécessaires, dès le départ afin que les résultats puissent devenir des "outils de travail" plutôt que des "projectiles de controverses", ce qui est plutôt stérile, même en Anglais...

    H.Tilly MKDE (Spécialisé KR)

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