Regrettables conséquences du manque d’observance du jeune hypertendu

L’efficacité du traitement antihypertenseur est conditionnée par plusieurs facteurs parmi lesquels l’observance occupe évidemment une place centrale. Or comme dans de nombreuses maladies chroniques, cette dernière est loin d’être parfaite, tout particulièrement chez les patients jeunes plus enclins à faire preuve de négligence ou de légèreté face à un ennemi invisible. Les conséquences de ce défaut d’observance dans ces tranches d’âge sont mal connues, alors que l’information a son importance pour les patients concernés.

Une étude sud-coréenne a exploité une base de données nationale, celle de l’assurance-maladie du pays, pour identifier 123 390 hypertendus jeunes (20-44 ans), des hommes dans les trois quarts des cas, qui ont tous débuté un traitement antihypertenseur entre 2004 et 2007. A l’état basal, il n’existait aucun retentissement cardiovasculaire cliniquement décelable. Deux groupes ont été constitués selon l’observance évaluée au cours de la première année de traitement. Cette dernière n’a été jugée satisfaisante (proportion de jours de traitement ≥0,80) que chez 45 350 participants (40 %). Dans la majorité des cas (60 %), la pharmacothérapie prescrite n’était effectivement suivie que moins de 80 pour 100 du temps.  

Majoration de 57 % du risque d’ECVM en cas de mauvaise observance

Au cours d’un suivi médian de dix années, ont été dénombrés 3 002 évènements cardiovasculaires majeurs (ECVM infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque et décès d’origine cardiovasculaire), avec un taux d’incidence pour 1 000 patients-années estimé à 191 en cas d’observance thérapeutique jugée satisfaisante et à 282,1 dans le cas contraire. Une analyse multivariée avec ajustement selon les facteurs de confusion potentiels a révélé que le risque d’ECVM était majoré de 57 % en cas d’observance insuffisante, le hazard ratio correspondant étant en effet de 1,57 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% : 1,45–1,71).

Une relation de type dose-effet a par ailleurs été mise en évidence entre ce risque et la proportion de jours couverts par la pharmacothérapie, que cette dernière soit traitée comme une variable continue ou sous la forme d’une distribution par quartiles.

Chez l’hypertendu jeune qui débute son traitement, le défaut d’observance du traitement médicamenteux prescrit expose à un risque élevé d’ECVM dans les années qui suivent. Il n’est point besoin d’être âgé pour être confronté à cette éventualité qui souligne, si besoin était, l’importance de l’observance dans la prise en charge de l’HTA, quel que soit l’âge…

Dr Philippe Tellier

Référence
Lee H et coll. : Adherence to Antihypertensive Medication and Incident Cardiovascular Events in Young Adults With Hypertension. 2021; 77: 1341–1349. doi.org/10.1161/HYPERTENSIONAHA.120.16784.

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Vos réactions (1)

  • Prévention précoce

    Le 01 mai 2021

    On ne dira jamais assez que l'intérêt de toute prévention primaire diminue avec l'âge. Plus on commence tôt, plus on peut en attendre de bénéfice - tandis que faire de la prévention primaire à un âge avancé est dénué de sens.

    Néanmoins, hormis certaines situations particulières, la prévention médicamenteuse n'est pas la meilleure. Le problème majeur de la prévention cardiovasculaire n'est pas tellement l'observance médicamenteuse, mais surtout l'acceptation de conduites d'hygiène de vie. C'est bien dans ce domaine qu'il y aurait le plus à faire : lutter contre la sédentarité, le tabagisme, l'abus de sel et de sucre dans l'alimentation. Il semble qu'on ne progresse guère en la matière et qu'au contraire les jeunes générations ont un comportement hautement pathogène.

    Les médecins préfèrent la médicamentation, plus reposante, et les pouvoirs publics ne semblent pas jouer le rôle sanitaire qui leur incombe.

    Dr Pierre Rimbaud

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