SARS-CoV-2, portage viral et séroprévalence : inégalité entre les services hospitaliers

Les professionnels de santé sont au cœur de la pandémie de Covid-19 dans une position critique de par leurs interactions privilégiées avec les patients atteints de la maladie. De fait, des études antérieures ont montré que chez ces sujets à risque, les taux de contamination révélés par la RT-PCR avoisinaient 14 % en cas de symptômes et 7,1 % en leur absence, donc bien supérieurs à ceux de la population générale.

Une séroconversion silencieuse a pu être observée au sein de petites cohortes composées de sujets asymptomatiques atteints d’infection par le SARS-CoV ou le SARS-CoV-2, mais force est de constater que la prévalence, la qualité et la durée des réponses immunologiques restent mal documentées. Des lacunes qui pèsent lourd dans la lutte contre la pandémie.

Une étude transversale dans les hôpitaux universitaires de Birmingham

Les études de séroprévalence sont donc essentielles dans l’étude et la compréhension de la Covid-19. Les professionnels de santé constituent à cet égard une population privilégiée pour ce genre d’approche comme le suggèrent les résultats d’une étude transversale menée dans les hôpitaux universitaires de Birmingham où l’on compte plus de 20 000 professionnels de santé qui prennent en charge plus de 2,2 millions de résidents chaque année.

L’étude débutée les 24 et 25 avril 2020 a porté sur 545 représentants de ces professionnels de santé, tous asymptomatiques, dans le but de détecter les porteurs « sains » du virus et de préciser la séroprévalence des anticorps anti-SARS-CoV-2. Au moment des prélèvements, tous les participants étaient au travail. Ils ont été invités à prendre part à l’étude par le biais des médias sociaux rattachés à l’UHFT (University Hospitals Birmingham NHS Foundation Trust). Les critères d’exclusion comprenaient notamment des symptômes compatibles avec le diagnostic de Covid-19.

Dans tous les cas, un prélèvement nasopharyngé a été effectué et analysé par RT-PCR. Le prélèvement sanguin systématique, pour sa part, a permis de doser les anticorps dirigés contre l’ARN et la glycoprotéine Spike du SARS-CoV-2. Les résultats ont tenu compte des antécédents médicaux – notamment d’infection respiratoire récente- et du département hospitalier où exerçait chaque participant.

La séroprévalence globale a été estimée à environ 25 % et le portage asymptomatique à 2,4 %

La prévalence du portage asymptomatique du SARS-CoV-2 a été estimée à 2,4 % (n=13/545). La séroprévalence globale vis-à-vis des anticorps précédents a été, pour sa part, évaluée à 24,4 % (n=126/516).

En cas d’antécédents de maladie respiratoire ou autre mais symptomatique, la séroprévalence s’est avérée significativement plus élevée (37,5 % versus 17,1 %, p<0,0001). Dans ce cas, les taux d’anticorps ont été par ailleurs nettement plus élevés qu’en l’absence de tels antécédents.

La séroprévalence a atteint ses valeurs les plus élevées dans certains postes ou fonctions : personnel de ménage ou « agents de surface » (34,5 %), professionnels affectés aux soins aigus hors unités de soins intensifs (USI) (33,3 %) ou dans les services de médecine interne (30,3 %).

Les valeurs les plus faibles ont été observées dans les USI (14,8 %). Le facteur ethnique a joué un rôle très significatif : chez les Noirs et les Asiatiques tout comme dans les minorités ethniques, le risque de séropositivité a été multiplié par près de deux par rapport au reste de la cohorte, l’odds ratio (OR) correspondant étant en effet estimé à 1,92 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,14 à 3,23 ; p=0,01). Le risque le plus faible a concerné le personnel affecté aux USI, l’OR par rapport aux autres secteurs ou départements hospitaliers étant en effet estimé à 0,28 (IC 95 % 0,09 à 0,78 ; p=0,02).

Cette étude transversale britannique qui s’est déroulée dans les hôpitaux universitaires de Birmingham montre que l’exposition au SARS-CoV-2 et le risque de contracter l’infection varient largement en fonction des divers départements ou secteurs des établissements. La séroconversion vis-à-vis du virus concerne, dans cette étude, près d’un participant asymptomatique sur quatre. C’est en USI que le risque correspondant semble être le plus faible du fait de mesures de précaution plus draconiennes que dans d’autres services. Il serait intéressant de disposer d’études analogues dans d’autres systèmes de santé ou d’autres organisations.

Dr Philippe Tellier

Référence
Shields A et coll. : SARS-CoV-2 seroprevalence and asymptomatic viral carriage in healthcare workers: a cross-sectional study. Thorax 2020 (11 septembre) : publication avancée en ligne. doi:10.1136/thoraxjnl-2020-215414.

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