Se méfier de la raideur articulaire matinale…

La raideur articulaire matinale avec la notion de dérouillage plus ou moins prolongé est un symptôme caractéristique de la polyarthrite rhumatoïde (PR) en règle associé à la présence de biomarqueurs de l’inflammation tant systémique que locale.

Face à des arthralgies plus ou moins localisées, ce symptôme se révèle précieux pour identifier les formes cliniques à haut risque de PR, c’est à dire les arthralgies cliniquement suspectes de s’accompagner d’une inflammation articulaire infraclinique. Cependant, l’association entre cette dernière et la raideur matinale n’est qu’une hypothèse.

Cette hypothèse est à l’origine d’une étude transversale dans laquelle ont été inclus 575 patients présentant tous des arthralgies à « haut risque » (AHR). Le bilan a reposé sur des examens de laboratoire et sur une IRM (1,5 T) de la main et de l’avant-pied.

Les anomalies morphologiques à type de synovite, de ténosynovite ou encore d’ostéite ont été cotées à l’aide d’un score validé. Les associations entre raideur articulaire significative par la durée ≥ 60 minutes) et l’inflammation systémique (CRP ≥ 5 mg/l) et locale ont été évaluées à l’aide d’analyses univariées et multivariées par régression logistique. Les effets de la durée de la raideur articulaire (≥ 30, ≥ 60 et ≥ 120 min) ont été également étudiés.

Au total, 195 (34 %) des patients présentaient une raideur articulaire matinale. Chez ces derniers, comparativement au reste de la cohorte, il existait plus souvent en analyse univariée : (1) une synovite infraclinique (34 % versus 21 % ; odds ratio [OR] 1,95 ; intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] 1,32-2,87) ; (2) une ténosynovite infraclinique (36 % versus 26 % ; OR 1,59 ; IC 95 % 1,10-2,31) ; (3) une augmentation significative des taux sériques de  CRP (31 % contre 19 % ; OR 1,93 ; IC 95 % 1,30-2,88).

Association avec la synovite infraclinique et l’élévation de la CRP 

Selon les analyses multivariées, deux variables indépendantes ont été associées à la raideur matinale : d’une part, la synovite infraclinique (OR 1,77 ; IC 95 % 1,16-2,69), d’autre part, les taux de CRP (OR 1,78 ; IC 95 % 1,17-2,69). Chez les patients avec des d’AHR qui ont par la suite développé une PR et qui, rétrospectivement, étaient donc en situation de  "pré-PR" au moment où sont survenues les arthralgies, la raideur matinale était plus étroitement associée  à la synovite infraclinique (OR 2,56 ; IC à 95 % 1,04-6,52) et à la CRP (OR 3,86 ; IC à 95 % 1,45-10,24). Ces associations ont en outre été majorées en cas de raideur matinale durable.

Cette étude rétrospective suggère donc une association significative entre les arthralgies cliniquement suspectes et l’inflammation tant systémique que locale, notamment en cas de  raideur matinale. Ce signe clinique mérite donc la plus grande attention dans les tableaux cliniques parfois atypiques ou trompeurs dominés de fait par des arthralgies ou des polyarthralgies qui peuvent annoncer la survenue d’une authentique PR.

Dr Philippe Tellier

Référence
Krijbolder DI et coll. : Morning stiffness precedes the development of rheumatoid arthritis and associates with systemic and subclinical joint inflammation in arthralgia patients. Rheumatology (Oxford). 2022 ; 61(5):2113-2118. doi: 10.1093/rheumatology/keab651.

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