Sécurité de la vaccination anti Covid dans les neuropathies à médiation immunitaire

La vaccination contre le SARS-CoV-2 suscite des inquiétudes chez les patients qui souffrent d’une neuropathie à médiation immunitaire. Les appréhensions concernant la sécurité vaccinale ont pris naissance en 1976, quand un taux d'incidence de syndrome de Guillain-Barré (SGB) multiplié par huit après vaccination contre la grippe H1N1 a été rapporté.

De telles corrélations n'ont pas été observées depuis, même si des associations temporelles entre vaccination et SGB ont été décrites, sans que la physiopathologie ne soit claire. Le SGB est répertorié comme un événement indésirable d'intérêt particulier dans les études de pharmacovigilance de tout nouveau vaccin. Par ailleurs, dans les six semaines suivant une vaccination contre la grippe saisonnière ou autres, aucune récurrence de SGB n’a été déplorée.

Pour la polyneuropathie démyélinisante inflammatoire chronique (PDIC) et la neuropathie motrice multifocale (NMM), aucune augmentation de l'incidence n'a été signalée après vaccination, mais, dans une étude rétrospective, 3/65 patients atteints de PIDC ont signalé des symptômes similaires à une rechute après une vaccination.

Concernant les vaccins contre le SARS-CoV-2 en population générale, après des signaux d'incidence accrue de SGB, des avertissements de sécurité ont été émis pour les vaccins AstraZeneca® et Janssen/Johnson&Johnson®. Cependant, une association plus forte entre infection par le SARS-CoV-2 et augmentation de l'incidence du SGB a également été décrite.

Dans les essais de phase III des vaccins contre le SARS-CoV-2, les sujets ayant un antécédent de SGB ou recevant des immunoglobulines IV ou des corticoïdes systémiques ont été exclus. Dans ce contexte, l'objectif de cette étude est de déterminer le risque de récidive du SGB ou d'exacerbation des PDIC et NMM après vaccination contre le SARS-CoV-2.

Une étude de cohorte prospective néerlandaise


Cette étude prospective multicentrique a été menée entre janvier et août 2021. Les patients éligibles étaient suivis dans l'un des trois centres universitaires néerlandais axés sur les neuropathies à médiation immunitaire. Ils étaient majeurs, avaient un diagnostic de SGB, PDIC ou NMM et ne devaient pas avoir reçu un vaccin anti SARS-CoV-2 ou avoir été testés positifs au virus avant l’inclusion.

Les 521 participants ont rempli une série de questionnaires à quatre moments : début de l'étude (1), dans les 48 heures avant vaccination contre le SARS-CoV-2 (2 et 3, le cas échéant) et six semaines après leur dernière vaccination (4). Les participants refusant de se faire vacciner ont rempli le dernier questionnaire (4) quatre mois après le début de l'étude. Les récidives de SGB, toute aggravation des symptômes liés à la PDIC ou à la NMM, les modifications du traitement et l'hospitalisation ont été évaluées. Une récidive ou une aggravation étaient considérées en lien avec la vaccination si elles survenaient dans les 6 semaines.

Pas de récidive, rares exacerbations


Sur les 521 participants, 403 (77 %) ont rempli le dernier questionnaire (point temporel 4) : 162 des 195 sujets (83 %) avec un antécédent de SGB, 188 personnes sur 248 (76 %) atteintes de PIDC et 53 sur 78 (68 %) atteintes de NMM. Aucun des 162 participants ayant un antécédent de SGB n'a présenté de récidive après la vaccination.

Dix participants atteints de PIDC (5 %) ont signalé une aggravation des symptômes dans les six semaines suivant la vaccination. Chez 5 de ces patients, le traitement d'entretien a été modifié. Deux des 53 participants atteints de NMM (4 %) ont signalé une aggravation des symptômes, et une modification du traitement a été faite pour 1 participant. Aucune hospitalisation n’a été nécessaire.

Ainsi, cette étude de cohorte basée sur la population, s’intéressant pour la première fois aux PIDC et aux NMM, ne met pas en évidence de risque accru de récidive du SGB et un risque faible à négligeable d'aggravation des symptômes liés à la PIDC ou à la NMM après la vaccination contre le SARS-CoV-2. Même s’il existe certaines limites comme un possible biais de sélection avec surreprésentation des patients les plus gravement atteints, des symptômes auto-déclarés, et un certain nombre de perdus de vue, ces données sont en faveur de la sécurité de la vaccination contre le SARS-CoV-2 chez les patients atteints de ces neuropathies à médiation immunitaire.

Dr Isabelle Méresse

Référence
Baars AE, Kuitwaard K, de Koning LC, et coll. : SARS-CoV-2 Vaccination Safety in Guillain-Barré Syndrome, Chronic Inflammatory Demyelinating Polyneuropathy, and Multifocal Motor Neuropathy. Neurology. 2022 ; publication avancée en ligne le 20 septembre. doi: 10.1212/WNL.0000000000201376.

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