Supplémentation vitaminique en prévention cardiovasculaire et des cancers : pas mieux !

Les vitamines (A, C, D, E, K, groupe B) sont essentielles dans le maintien d’un métabolisme adéquat, tout comme les minéraux (calcium, fer et zinc). Ils peuvent être combinés sous forme de suppléments multi vitaminiques ou multi minéraux.

Les maladies cardiovasculaires (MCV) et les cancers sont responsables d’environ la moitié des décès annuels aux USA et on estime à 26,1 millions le nombre de sujets US souffrant de MCV (hypertension exclue) et à 1,9 millions celui des cancéreux (données NHANES). On ignore la proportion de ces pathologies qui pourrait être potentiellement prévenue par une supplémentation vitaminique et/ou minérale.

Afin d’actualiser les précédentes recommandations de 2014, l’US Preventive Services Task Force (USPSTF) a mandaté une commission d’experts chargée d’examiner les preuves en faveur d’une efficacité des vitamines et minéraux en prévention des MCV et des cancers dans la population générale.

Elle a, également, voulu préciser les dangers potentiels de cette supplémentation. Ces recommandations ciblent les adultes en bonne santé ; les enfants, femmes gestantes, patients avec maladie chronique, hospitalisés ou avec un déficit nutritionnel avéré ne sont pas concernés.

Des bénéfices non prouvés

L’USPSTF a trouvé 6 essais cliniques randomisés (ECR) (n=112 820 participants), analysant la supplémentation en β-carotène, dont un associé à la vitamine A. Avec un suivi de 4 à 12 ans, il a été noté que la prise régulière de β-carotène était associée à une élévation, non significative, de la mortalité globale (Odds ratio, OR, à 1,10 ; CI à 95% : 1,02- 1,19).

2 essais, ciblant des fumeurs ou des sujets exposés à l’asbestose, ont conclu à une hausse significative des cancers du poumon en cas de supplémentation par β-carotène (RR : 1,18 ; CI : 1,03 – 1,36) ou association β-carotène-vitamine A (RR :  1,28 ; CI : 1,04- 1,57) alors que la vitamine A prise isolément n’était pas associée à une augmentation de mortalité (OR : 1,16 ; CI : 0,80- 1,69).

La vitamine E a fait l’objet de 9 ECR, avec un suivi de 3 à 10 ans, sans gain sur la mortalité toutes causes confondues (OR :1,02 ; CI : 0,97- 1,06), ni sur la survenue d’événements CV (OR : 0,88 ; CI :0,74- 1,04), ni sur l’incidence ou la mortalité cancéreuse.

La supplémentation multi-vitaminique a été analysée dans 9 ECR (n= 51 550 participants). Aucun lien n’a été mis en évidence avec la mortalité globale (OR : 0,94 ; CI : 0,87- 1,01). 4 essais ne trouvèrent aucun bénéfice sur la réduction de la mortalité par MCV (OR : 0,94 ; CI : 0,81- 1,06) ou par cancer (OR : 0,94 ; CI : 0,81- 1,09).

Il faut émettre plusieurs réserves concernant ces études, dont les résultats ont parfois été discordants, avec des durées de suivi trop brèves ou encore un manque de spécificité.

32 ECR portèrent sur la vitamine D, avec ou sans supplémentation calcique. 27 d’entre eux (n = 117 082) ne purent retrouver de différence de mortalité globale (OR : 0,96 ; CI : 0,91- 1,02), mortalité spécifique CV (OR : 0,96 ; CI : 0,87- 1,06), ni sur la survenue d’une nécrose myocardique ou d’un AVC. La mortalité et/ou l’incidence des cancers ne furent pas non plus modifiées (OR respectifs à 0,94 (CI : 0,86- 1,00) et à 0,98 (CI : 0,92- 1,03)). Dans tous les cas, des réserves quant à la population investiguée, au taux de vitamine D initial et à la qualité de l’alimentation sont à émettre.

Concernant plus particulièrement les cancers, on déplore la durée souvent réduite des essais. Il n’est pas apparu, dans des ECR avec forte hétérogénéité, que l’apport calcique ou la supplémentation par acide folique, hors grossesse, modifiait la mortalité globale ou CV.

2 ECR ont suggéré que l’apport de vitamine C n’apportait aucun bénéfice sur la santé. Les preuves ont manqué pour juger de l’impact de la prise régulière de vitamines B3 et B6. Enfin, le sélénium, avec un faisceau de preuves limité, n’a semblé n’avoir aucun impact sur la mortalité globale ou spécifique.

Une toxicité non négligeable

Plusieurs études, de bonne qualité, ont identifié une augmentation de la mortalité CV et du risque de cancer du poumon chez les fumeurs et les individus exposés à l’asbestose lors de supplémentation en β-carotène (20 à 30 mg/j). De façon plus anecdotique, on peut observer une coloration orange de la peau. Un apport régulier en vitamine A, même modéré, peut réduire la densité minérale osseuse et, à fortes doses, être hépatotoxique ou tératogène.

La vitamine D à forte posologie, peut causer une hypercalcémie et des calculs rénaux. Enfin, 2 études évoquent la possibilité de lithiases rénales lors d’une supplémentation continue en vitamine C.

En définitive, l’USPSTF conclut, avec un niveau de preuves modéré, qu’une supplémentation en β-carotène a un rapport bénéfice/risque défavorable dans la prévention des MCV et des cancers. Elle conclut également qu’il n’existe pas de bénéfice net pour une supplémentation en vitamine E et que les preuves sont insuffisantes concernant le bénéfice ou la nocivité de la supplémentation par polyvitamines et de l’apport de nutriments simples ou associés.

Concernant les femmes enceintes, l’USPSTF recommande la prise journalière de 0,4 à 0,8 mg d’acide folique. Ces préconisations remplacent les précédentes, avec des conclusions, de fait, identiques. Elles rejoignent celles de l’American Heart Association qui, chez des individus sains, insiste sur l’importance d’une alimentation de qualité et variée, en quantité modérée, plutôt qu’à un recours à des vitamines et/ou à des minéraux.

Dr Pierre Margent

Référence
Vitamines, Mineral and Multivitamines Supplementation to Prevent Cardio-vasculaire Diseases and Cancers. USPSTF Recommandation Statement. JAMA Netw Juin 21, 2022 327 (23) 2326- 2333.

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Vos réactions (2)

  • "Supplémentations" dans le vague

    Le 19 juillet 2022

    Ce qui est ennuyeux, dans cet article, c'est qu'on ne sait pas de quoi on parle, ou plutôt de "combien".
    On sait la passion des américains (Europe ça vient) pour les "suppléments" alimentaires tous azimuts, d'ailleurs souvent cumulés.
    Et on a aucune idée, par cet article, des quantités rencontrées.
    Il faut conclure « on sait rien». Fâcheux...

    Dr Michel Rousseaux

  • Acide folique et grossesse

    Le 20 juillet 2022

    Ce n'est pas chez les femmes enceintes qu'il faut prescrire une supplémentation, mais chez celles qui souhaitent l'être. Après trois mois de grossesse, c'est trop tard.

    Dr Pierre Rimbaud

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