Troubles liés à la consommation d’alcool : récupérer du cortex cérébral grâce à l’abstinence ?

L’épaisseur du cortex cérébral, désormais mesurable en neuro-imagerie, constitue un biomarqueur macroscopique corrélé à l’intégrité cytologique et architecturale de cette structure pluricellulaire complexe mêlant neurones et cellules gliales. Plusieurs études transversales ont fait état d'un amincissement diffus du cortex cérébral chez les patients souffrant de troubles liés à la consommation d'alcool (TCA), a fortiori quand ceux-ci s’associent à des facteurs athérogènes, qu’il s’agisse d’une hypertension artérielle, d’un diabète de type 2, d’un tabagisme actif ou d’une dyslipidémie. Quelques études longitudinales ont abordé les effets de l’abstinence de courte durée (en règle de moins d’un mois) sur l’épaisseur du cortex, alors qu’un recul plus conséquent est à l’évidence nécessaire pour en juger.

Une étude de cohorte longitudinale avec suivi par IRM

Une étude de cohorte longitudinale récente permet d’en savoir plus, dans la mesure où elle a inclus des patients souffrant d’un TCA, soumis à une abstinence nettement plus prolongée, de 7,3 mois. Trois mesures de l’épaisseur corticale par imagerie par résonance magnétique (IRM 1,5 T) ont été successivement réalisées après le début de l’abstinence, respectivement à 1 semaine (n=68), 1 mois (n=88) et 7,3 mois (n=40). Chez 45 témoins n’ayant jamais présenté de TCA ni fumé, une IRM cérébrale a également été réalisée, et répétée environ 9,6 mois plus tard chez 15 d’entre eux.

L’épaisseur corticale a été mesurée à l’aide d’un logiciel spécifique dans 34 régions d’intérêt (ROI) réparties dans les deux hémisphères cérébraux. Au terme de 7,3 mois d’abstinence, l’épaisseur du cortex a augmenté de manière significative au sein de la plupart des ROI (25/34), cette variation étant plus marquée entre la première semaine et le premier mois, comparativement à la période comprise entre 1 et 7,3 mois, mais seulement dans 19 ROI sur 34.

Le rôle potentiel des facteurs athérogènes associés

L’existence de facteurs athérogènes a été associée à une moindre récupération au sein du cortex frontal antérieur, pariétal inférieur et temporal/mésial, ceci dans les deux hémisphères. Au terme de 7,3 mois d'abstinence, dans la majorité des ROI (24/34 ROI) les différences d'épaisseur corticale intergroupe étaient dues à un amincissement cortical plus marqué, induit dans les cas de TCA par les facteurs athérogènes associés, ceci au niveau du gyrus temporal supérieur, post-central, cingulaire postérieur, pariétal supérieur, supramarginal et frontal supérieur. Chez les patients atteints d’un TCA et fumeurs actifs, le nombre de paquets-années a été inversement associé à la récupération corticale, principalement au niveau du cortex frontal antérieur.

Les résultats de cette étude d’imagerie constituent un message d’espoir pour les patients atteints de TCA. Ils plaident en effet en faveur d’une récupération corticale progressive et linéaire en cas d’abstinence prolongée. Les facteurs athérogènes associés semblent favoriser un amincissement cortical dont la régression serait moindre, malgré l’abstinence. Il existerait de fait un lien entre les altérations de la perfusion cérébrale ou de l'intégrité vasculaire et les capacités de récupération corticale, ce qui reste à confirmer. Ce qui n'en incite pas moins à la sobriété la plus durable possible.

Dr Philippe Tellier

Référence
Durazzo TC et coll. Regional cortical thickness recovery with extended abstinence after treatment in those with alcohol use disorder. Alcohol 2023 (30 août): publication avancée en ligne. doi.org/10.1016/j.alcohol.2023.08.011.

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