Un infarctus du myocarde après consommation de thon cru ?

Les intoxications aiguës au poisson mal conditionné/conservé peuvent être à l’origine d’un ensemble de manifestations cliniques histaminergiques connues sous le nom de syndrome scombroïde décrit pour la première fois en 1979 (1).

Le syndrome scombroïde est la conséquence de l’ingestion de thon ou maquereau crus contenant des micro-organismes pathogènes qui génèrent de l’histamine et autres amines. Il s’en suit des symptômes semblables à ceux observés dans les autres syndromes histaminergiques et qui rappellent ceux des allergies aux fruits de mer : éruptions cutanées, crampes d’estomac, nausées, vomissements, diarrhées, hypotension artérielle, troubles respiratoires, maux de tête.

Mais le syndrome scombroïde peut être, plus rarement, à l’origine d’un syndrome coronaire aigu.

G. Ferrazzo et coll. en rapportent trois cas consécutifs, survenus chez deux hommes (cas A et B) et une femme, (cas C), indemnes de toute maladie coronaire et d’allergie alimentaire, hospitalisés en urgence car ils présentaient les signes et symptômes d’un syndrome coronaire aigu associé à un syndrome scombroïde.
Les symptômes, survenus 1 à 3 heures après l’ingestion de thon cru, comprenaient oppression thoracique (cas A et C), palpitations (cas A), essoufflement et hypotension artérielle (cas B), associés à une urticaire (cas B et C), dyspepsie, diarrhée et asthénie intense (cas C).

Dans tous les cas, l’ECG était semblable à celui d’un infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST : présence d’anomalies transitoires de la repolarisation, avec sous-décalage du segment ST en dérivations précordiales (V2-V6) et périphériques (D1, D2, aVL, aVF) témoignant d’une ischémie myocardique transitoire qui a disparu dans les 12 à 14 heures suivant l’admission (Fig. 1).

Fig. 1 : ECG des 3 patients, à l’admission (panneau de gauche) et à la 12e heure (panneau de droite).

A l’échocardiographie, pas d’anomalie significative.

Chez les deux patients (cas A et B), la coronarographie effectuée dans les 12 heures suivant l’admission était sans particularité. Quant à la patiente (cas C), elle a seulement été mise sous monitoring de l’ECG en unité de surveillance intensive.

Le traitement a reposé sur l’administration d’anti-histaminiques, associée à une expansion volumique et à des corticoïdes en raison d’une hypotension persistante (cas B), et à du vérapamil intraveineux (1 mg/Kg) pour contrôler la fréquence cardiaque (cas C).

L’évolution a été simple dans les trois cas. Les deux patients (cas A et B) ont quitté l’hôpital au 3e jour et la patiente (cas C) au 7e jour et aucune complication n’est survenue lors des 30 jours du suivi.

En conclusion, cette étude confirme que l’ingestion de thon cru mal conditionné /conservé peut provoquer un tableau clinique avec un ECG simulant un infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST qui est possiblement la conséquence d’un épiphénomène histaminergique, non allergique. Ce tableau est probablement dû à un vasospasme transitoire des artères coronaires épicardiques ou de la microcirculation.

Dr Robert Haïat

Références
(1) Kim R et coll.: Flushing syndrome due to Mahimahi [Scombroid fish] poisoning. Arch Arch Dermatol 1979 ; 115: 963–965. Ferrazzo G et coll.: Non−ST-Elevation Myocardial Infarction-Like Syndrome in Scombroid Tuna Fish Poisoning. Am J Cardiol 2019 ; 124 : 518−521.

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