Un nouveau traitement pour le molluscum contagiosum

Le molluscum contagiosum (MC) est une infection cutanée bénigne due à un poxvirus (molluscipoxvirus), parfois confondu avec les verrues. Il en existe deux types viraux. Le type 1 (MCV1), le plus courant, touche surtout les enfants entre 1 et 10 ans. Le type 2 (MCV 2) se retrouve, quant à lui, chez l’adulte ; il se propage plus facilement lors des rapports sexuels.

Dans les deux cas, la maladie est plus fréquente chez les sujets immunodéprimés. Le MCV infecte exclusivement l’Homme et uniquement l'épiderme [1].

Le MC se présente sous la forme de petites papules de couleur translucide, rose ou blanche, mesurant de 1 à 5 mm de diamètre. Elles peuvent être isolées ou multiples (de 1 à 20 en moyenne, rarement plus de cent). Elles sont principalement localisées sur les bras, sur les jambes, sur le tronc et les aisselles.

Chez l'adulte infecté par MCV 2, les papules sont localisées essentiellement sur les parties génitales, le bas de l'abdomen et le haut des cuisses ; il s’agit alors d’une infection sexuellement transmissible mineure.

Le MCV se transmet par contact direct avec la peau du sujet infecté ou indirectement par le biais d'un vêtement ou d’objet eux aussi porteurs du virus. Le nombre de lésions sur le corps peut être augmenté par le grattage de celles déjà présentes.

Les lésions cutanées liées au MCV régressent habituellement spontanément en quelques mois (6 mois en moyenne). La plupart du temps, il n'est pas nécessaire de faire appel à un traitement agressif.

Toutefois, le nombre important de lésions et le phénomène de réinfection (suite au grattage), l’impact psychologique chez les sujets et l’environnement familial (crainte de contaminer des membres de la famille, lésions cutanées visibles associées à une gêne et à une stigmatisation psychosociale) incitent à l’élimination des lésions.

Trois techniques sont appliquées. Le curetage consiste à couper les lésions à l'aide d'une curette ; cet acte médical douloureux doit être précédé de l'application d'une crème anesthésiante. La lésion peut aussi être traitée par cryothérapie, le plus souvent par l’azote liquide au contact de la lésion.

On peut aussi inciser le molluscum pour en retirer le noyau blanc à l'aide d'une pince ou manuellement. Enfin l’application de solutions notamment à base d’hydroxyde de potassium pouvait être proposée en pratique courante.

Le gel « berdazimer »

Le berdazimer gel 10,3 % est un produit  qui libère de l'oxyde nitrique (NO). Le NO fonctionne à la fois comme un modulateur immunitaire de courte durée et comme un agent antimicrobien direct à large spectre pour fournir une immunité locale contre les agents microbiens.

L'oxyde nitrique a également des fonctions cytotoxiques qui affectent la réplication virale par le biais de molécules réactives d'oxygène et/ou d'azote.

Le NO topique avait donc un potentiel thérapeutique [2]. Des premiers études cliniques de phase 3 ayant montré son efficacité sur le MCV, la FDA (US Food and Drug Administration) a demandé au laboratoire investigateur ( Laboratoire NOVAN) de conduire une étude plus robuste pour confirmer leurs premiers résultats [3].

Il s’est agi d'un essai clinique randomisé multicentrique, en double aveugle, de phase 3 (B-SIMPLE4) mené aux États-Unis dans 55 centres de santé (principalement dermatologiques et pédiatriques) du 1er septembre 2020 au 21 juillet 2021. Les participants éligibles étaient âgés de 6 mois ou plus et présentaient de 3 à 70 lésions cutanés.

Les patients avec MC sexuellement transmissibles ou des MC uniquement dans la zone périoculaire ont été exclus. Les patients ont été randomisés pour recevoir un traitement avec le gel de berdazimer 10,3 %, ou le gel placebo, appliqué dans les deux cas en couche mince sur toutes les lésions une fois par jour pendant 3 mois.

Le principal critère d'évaluation de l'efficacité était la disparition complète de tous les MC au 3e mois. Les analyses de données ont été réalisées du 31 août 2021 au 14 septembre 2021 [2]. 

Disparition des MC deux fois plus souvent qu’avec le placebo         

Au total, 891 patients ont été randomisés, 444 pour le gel berdazimer (âge moyen 6,6 ans [0,9-47,5], et 447 pour le gel placebo (âge moyen 6,5 ans [1,3-49,0] ). Dans la population en intention de traiter, 88,5 % (393 patients) dans le groupe berdazimer et 88,8 % (397 patients) dans le groupe placebo ont eu un comptage des lésions effectué à la 12e semaine.    

À la semaine 12, 32,4 % (144 patients) du groupe berdazimer ont obtenu une disparition complète des lésions de MCV, contre 19,7 % (88 patients) dans le groupe placebo (différence absolue, 12,7 % ; odds ratio, 2,0 ; intervalle de confiance à 95 % IC à 95 %, 1,5-2,8 ; P < 0,001).

En raison de la disparition des lésions le traitement a été arrêté chez 14,4 % des sujets (64 patients) du groupe berdazimer, contre 8,9 % (40 patients) dans le groupe placebo.          

Les taux d'événements indésirables étaient faibles. Les effets indésirables les plus fréquents étaient la douleur et l'érythème au site d'application, le plus souvent d'intensité légère ; ceux ayant conduit à l'arrêt du traitement ont touché 4,1 % (18 patients) du groupe berdazimer et 0,7 % (3 patients) du groupe placebo.

La réaction cutanée locale la plus fréquente était un érythème léger à modéré.            Les auteurs concluent que l'utilisation du gel de berdazimer 10,3 %, pour traiter les  MC semble montrer une bonne efficacité avec de faibles taux d'événements indésirables. 

Un accord de confidentialité et de non divulgation, ou NDA (Non Disclosure Agreement en anglais) sera bientôt déposé par le laboratoire NOVAN pour le gel de berdazimer 10,3% (SB206) dans le traitement du molluscum contagiosum avant une demande d’autorisation de mise sur le marché aux USA.

Des similitudes avec la variole du singe ?

MC et variole du singe sont dus à des poxvirus, avec dans les deux cas des lésions cutanées. Les modes de contamination sont en partie les mêmes (contact direct avec la peau du sujet infecté ou indirectement par le biais d'un vêtement  ou objets eux aussi porteurs du virus).  

Les Hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes sont un groupe à risque particulier. Le type 2 (MCV 2) se retrouve en effet chez l’adulte et se propage plus facilement lors des rapports sexuels. Les papules sont localisées essentiellement sur les parties génitales, le bas de l'abdomen et le haut des cuisses.           

La VdS et le MC chez l’adulte sont considérés comme des infections sexuellement transmissibles mineures.            

Dans les deux cas, la maladie est plus grave chez les sujets immunodéprimés.   

Enfin il s’agit dans la majorité des cas d’une maladie bénigne pouvant guérir spontanément.

Mais la comparaison s’arrête là !!!

Pr Dominique Baudon

Références
[1] ChenX,AnsteyAV,BugertJJ : Molluscum contagiosum virus infection. Lancet Infect Dis. 2013; 13(10):877-888. doi:10.1016/S1473-3099(13) 70109-9
[2] Browning JC, et coll. : Efficacy and Safety of Topical Nitric Oxide-Releasing Berdazimer Gel in Patients With Molluscum Contagiosum: A Phase 3 Randomized Clinical Trial. JAMA Dermatol. 2022 ; publication avancée en ligne le 13 juillet. doi: 10.1001/jamadermatol.2022.2721.
[3] StaskoN,McHaleK,HollenbachSJ,MartinM, Doxey R. Nitric oxide-releasing macromolecule exhibits broad-spectrum antifungal activity and utility as a topical treatment for superficial fungal infections. Antimicrob Agents Chemother. 2018;62 (7):e01026-17. doi:10.1128/AAC.01026-17

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