Un score pronostique au scanner pour le Covid-19

Le scanner thoracique s’avère précieux dans le diagnostic positif du Covid-19 en révélant des anomalies pulmonaires qui, sans être spécifiques, ont valeur d’orientation : une aide appréciable quand l’on prend en compte les faux-négatifs (30 % environ) de la RT-PCR effectuée sur les écouvillonnages nasopharyngés des patients supposés infectés par le SARS-Cov-2. Dans les formes sévères de la maladie, celles qui conduisent en unité de soins intensifs (USI), le problème n’est plus celui du diagnostic mais bien celui du pronostic vital, sachant qu’en cas de réanimation effectuée dans de bonnes conditions, ce dernier est souvent favorable, les comorbidités et l’âge avancé étant toutefois de mauvais aloi.

Des signes évocateurs mais non pathognomoniques

Les données tomodensitométriques (TDM) recueillies à l’état basal, lors de l’admission, ont-elles à cet égard une valeur pronostique ? Une étude rétrospective apporte des éléments de réponse à cette question, même si elle ne porte que sur une petite série. Elle a en effet inclus 27 patients (dont 12 hommes ; âge médian 60 ans ; écart interquartile ou EIQ 47-69) hospitalisés à Wuhan entre le 1er et le 25 janvier 2020. Dix patients sont décédés, les 17 autres étant sortis guéris.

Dans le groupe des patients décédés versus l’autre groupe : (1) l’âge médian était plus élevé, soit 60 ans (EIQ 63-73) versus 55 (EIQ 35-60) (p = 0,003) ; (2) les comorbidités étaient trois fois plus fréquentes (80 % versus 29 % ; p = 0,018). Sur le plan tomodensitométrique, les principales anomalies consistaient en des opacités en verre dépoli (67 %), le plus souvent bilatérales (86 %) et mixtes- à la fois périphériques et centrales- (74 %), concernant presque toujours tout ou partie des lobes inférieurs (96 %).

Sensibilité et spécificité de plus de 84 %

Un score lésionnel a été calculé à l’état basal sur les coupes axiales par deux opérateurs qui ont travaillé indépendamment l’un de l’autre. Ce score a pris en compte l’étendue, la topographie et le type des anomalies – opacités en verre dépoli ou foyers homogènes de consolidation- en même temps que leur intensité pour aboutir à des valeurs comprises entre 0 et 72.

Dans le groupe des patients décédés : (1) ce score s’est avéré plus élevé, soit 30 (EIQ 7-13) versus 12 (EIQ 11-43) dans l’autre groupe (p = 0,021) ; (2) certaines anomalies étaient plus fréquentes : foyers de consolidation (40 % vs 6 % ; p=0,047) et images de bronchogramme aérien (60 % versus 12 % ; p = 0,025). Une analyse de type ROC (receiver operating characteristic curve) a permis de déterminer la valeur optimale du score TDM, afin de prédire la mortalité avec la plus grande certitude : c’est le seuil de 24,5 qui a été fixé, conduisant à une sensibilité de 85,6 % et une spécificité de 84,5 %, l’AUC étant alors de 0,901 (intervalle de confiance à 95 % : 0,873-0,928).

Cette étude rétrospective porte sur un nombre limité de cas et ses résultats doivent donc être interprétés avec prudence. Elle confirme que le Covid-19 frappe avec prédilection les sujets âgés et les patients atteints de comorbidités, tout au moins au moment où l’article a été rédigé. Les données TDM –opacités en verre dépoli et/ou foyers de consolidation- sont loin d’être pathognomoniques à elles seules, mais dans un contexte clinique évocateur, elles peuvent emporter la conviction. Leur valeur pronostique est hautement probable comme le suggère cette étude, avec un score TDM simple à calculer… mais à valider sur une plus grande échelle.

Dr Philippe Tellier

Référence
Yuan M et coll. : Association of radiologic findings with mortality of patients infected with 2019 novel coronavirus in Wuhan, China. PLoS ONE 2020 ; 15(3): e0230548. doi.org/10.1371/journal. pone.0230548.

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Vos réactions (1)

  • TDM d'accès facile ?

    Le 28 mars 2020

    Reste à demander l'avis des pneumologues confrontés tous les jours à de telles obstructions bronchiques. Première difficulté dans nos CHU avoir un accès facile au service de radiologie.

    JD

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