Un test HPV à la maison pour celles qui ne font pas de frottis

Le dépistage du cancer et des lésions précancéreuses du col s’est développé dans les pays occidentaux depuis déjà une soixantaine d’années. Il a permis de diminuer l’incidence du cancer du col de presque 60 %, grâce au frottis.

Depuis l’introduction de la prévention par la vaccination contre l’HPV en 2007, les recommandations en matière de dépistage ont évolué dans certains pays européens et le frottis tend à être remplacé par la recherche de l’HPV, qui semble plus efficace. Le test HPV a une grande sensibilité, mais une faible spécificité ; il peut être pratiqué par la femme elle-même, mais doit être associé à d’autres techniques de triage, tels que la détermination des génotypes HPV, le frottis et la colposcopie.

Pour être efficace, le dépistage du cancer du col doit pouvoir s’étendre au plus grand nombre des femmes concernées. Jusqu’à maintenant les taux de dépistage ont rarement dépassé 70 % dans les pays occidentaux, ce qui laisse 30 % des femmes pas ou mal dépistées. Ces taux de couverture n’ont presque pas évolué depuis 1985.

En Suisse, on conseille aux femmes de faire un frottis tous les 3 ans entre 21 et 70 ans, mais ce dépistage n’est ni organisé, ni gratuit, il est fait à l’initiative de la femme et/ou de son médecin.

Afin de savoir comment inclure les femmes non dépistées, des médecins suisses ont élaboré différentes stratégies et analysé leur « coût-efficacité » sur la vie entière, ces différentes stratégies devant atteindre l’ensemble des femmes de 25 à 70 ans, non dépistées :

    - absence de dépistage : diagnostic et traitement du cancer du col à un stade symptomatique.
    - stratégie n°1 : auto-test HPV tous les 3 ans, puis frottis si HPV positif, puis colposcopie si ASCUS ou plus au frottis.
    - stratégie n°2 : auto-test HPV tous les 3 ans, puis colposcopie si HPV positif.
    - stratégie n°3 : frottis tous les 3 ans, puis test HPV si frottis ASCUS ou plus.

Dans cette simulation, la compliance estimée pour chacune de ces stratégies est de 70 %, et la probabilité qu’une femme soit infectée par un HPV au cours de sa vie est estimée à 90 %.

L’efficacité des différentes stratégies est mesurée en QALY (Quality Adjusted Life Year), indicateur d’espérance et/ou de qualité de vie, puis en fonction de leur « coût-efficacité », en ICERs (Incremental Cost Effectivness Ratio).

L’auto-test HPV d’abord, le frottis ensuite

Les stratégies n°1 (auto-test HPV + frottis) et n°2 (auto-test HPV + colposcopie) divisent par dix le risque pour une femme d’avoir un cancer du col utérin, et diminuent la mortalité par cancer du col.

En l’absence de dépistage, le coût du cancer du col est principalement lié au traitement.

Le coût du traitement est diminué en cas de dépistage, quelle que soit la stratégie, mais le coût total est plus élevé.

Ratio coût-efficacité, ICER par QALY gagné :
- stratégie n°1 (auto-test HPV + frottis) :11 138 US $
- stratégie n°2 (auto-test HPV + colposcopie) : 12 413 US $
- stratégie n°3 (frottis + HPV) : 22 488 US $

Ces indices de « coût-efficacité » sont très inférieurs à celui du traitement d’un cancer du col diagnostiqué à un stade symptomatique (environ 50 000 US $), et justifient la pratique du dépistage quelle que soit la stratégie.

La stratégie de dépistage qui consiste à proposer aux femmes qui ne participent au dépistage classique un auto-test HPV suivi par un frottis en cas de test HPV positif semble avoir le meilleur rapport coût-efficacité.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Vassilakos P et coll. : Cost-effectiveness evaluation of HPV self-testing offered to non-attendees in cervical cancer screening in Switzerland. Gynecol Oncol., 2019 ;153 : 92-99. doi: 10.1016/j.ygyno.2019.01.021.

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Vos réactions (1)

  • Experiences concluantes

    Le 31 mars 2019

    Si le coût-efficacité de la stratégie auto test HPV suivi d’un frottis peut être démontré en Suisse, selon l’article de Vassilakos cité, son application dans les pays plutôt demunis en infrastructure médicale était un succès. Un auto prélèvement, suivi d’un test HPV, permet le traitement immédiat d’une dysplasie et réduit significativement l’incidence du cancer du col. Les expériences à Madagascar et au Cameroun ont démontré cette stratégie.

    Dr PhD François Perriard, Suisse

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