Une apnée centrale du sommeil accompagne souvent la cardiomyopathie induite par la stimulation cardiaque

Le rôle que joue l’apnée centrale du sommeil (ACS) dans la cardiomyopathie induite par la stimulation cardiaque* reste spéculatif. Pour tenter de le préciser, Barbieri et coll. ont mené, chez 54 patients avec une cardiomyopathie induite par une stimulation cardiaque ventriculaire droite, l’étude prospective UPGRADE conduite dans le mois suivant l’implantation d’une stimulation ventriculaire gauche (VG) laquelle, dans un premier temps, n’a pas été activée. Le diagnostic d’ACS a été porté un enregistrement polysomnographique (PSG) effectué lors d’une seule nuit.

Une ACS a ainsi été objectivée chez la moitié des patients (n = 27).

Les patients dont l’ACS était moyenne ou sévère ont été assignés par randomisation en double aveugle, soit à une resynchronisation cardiaque soit à une stimulation ventriculaire droite ; ils ont ensuite été suivis pendant 3 à 5 mois par polysomnographie.

Après échange du mode de stimulation, dans les 2 groupes une autre polysomnographie a été effectuée 3 à 5 mois plus tard.

La resynchronisation cardiaque (à savoir, activation de la stimulation ventriculaire gauche qui vient s’associer à la stimulation ventriculaire droite) s’est accompagnée : d’une augmentation significative de la fraction d’éjection du ventricule VG, d’une diminution significative du volume télé-systolique du VG et d’une diminution des taux de NT-pro-BNP (N-terminal pro brain natriuretic peptide) ; en contraste, la seule stimulation ventriculaire droite n’a pas eu d’effets significatifs sur ces paramètres.

Amélioration de l’ACS grâce à la resynchronisation cardiaque

L’ACS s’est améliorée significativement après 3,9 mois (3,2 à 4,4) de resynchronisation cardiaque : l’indice d’apnées-hypopnées a diminué passant de 39,1 (32,1 à 54,0) évènements/heure à l’état basal à 22,2 évènements/heure (10,9 à 36,7) après resynchronisation cardiaque (p < 0,001).

Après l’activation de la resynchronisation cardiaque, l’indice d’apnées centrales a, elle aussi, diminué passant de 27,1/heure (17,7 à 36,1) à l’état basal à 6,8/heure (1,1 à 14,4) évènements/heure (p < 0,001).

La seule stimulation ventriculaire droite n’a entrainé qu’une amélioration modeste de l’indice d’apnées centrales.

Une ACS pré- existante n’a pas affecté ces résultats et n’a pas eu d’impact sur le suivi moyen (2,8 ans).

En conclusion, la prévalence de l’ACS est forte chez les patients qui ont une cardiomyopathie induite par la stimulation cardiaque ventriculaire droite. Le fait de resynchroniser ces patients améliore l’ACS et le pronostic.

*Pour mémoire : la stimulation ventriculaire droite est à l’origine d’une iatrogénie électrique car elle s’accompagne d’un asynchronisme du VG semblable à celui observé en cas de bloc de branche gauche. Cet état de fait peut induire une dysfonction VG et une cardiomyopathie objectivée chez 10 % à 20 % des patients porteurs d’un pacemaker et qui survient tôt (quelques semaines) ou tard (des années) après l’implantation du stimulateur cardiaque. La cardiomyopathie induite par la stimulation ventriculaire droite est souvent traitée par l’adjonction d’une stimulation ventriculaire gauche ; ainsi, la stimulation devient bi-ventriculaire et supprime l’asynchronisme entre les deux ventricules. Les troubles respiratoires liés au sommeil, dont l’ACS, sont fréquents dans l’insuffisance cardiaque ; mais, jusqu’alors, ils n’avaient pas été étudiés dans la cardiomyopathie induite par la stimulation cardiaque.

Dr Robert Haïat

Référence
Barbieri F et coll. : Central Sleep Apnea and Pacing-Induced Cardiomyopathy. Am J Cardiol 2021;139:97−104

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