Une approche « écologique » pour lutter contre le retard de croissance

Le retard de croissance est l’une des cibles prioritaires des programmes de développement de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le postulat de base est que la malnutrition chronique en est la principale responsable. Mais est-ce réellement le cas ? Et si oui, quel aspect de la malnutrition est en cause ? Est-ce une insuffisance des apports globaux ou des carences spécifiques ? Quel est le rôle des autres facteurs, comme le contexte sanitaire ou les infections ? Une publication récente fait la synthèse des connaissances sur le sujet, indispensable si l’on souhaite apporter une réponse adéquate à ce qui, malgré les progrès, demeure un problème majeur de santé publique.

Le retard de croissance est un phénomène complexe lié à la nutrition mais pas que …

Classiquement, le retard de croissance est le signe d’une malnutrition chronique par insuffisance d’apports, en lien avec l’insécurité alimentaire, une alimentation de mauvaise qualité ou des pratiques alimentaires inadaptées au jeune enfant. D’autres causes interviennent, comme une mauvaise alimentation de la mère pendant la grossesse et l’allaitement, ou les infections. Si la nutrition est directement liée au retard de croissance, la question demeure de l’intensité de ce lien. De récents travaux ont en effet montré que les interventions nutritionnelles étaient certes efficaces dans la lutte contre les retards de croissance, mais que cette efficacité était limitée. C’est aussi le cas d’autres types d’interventions, comme celles visant à améliorer l’accès à l’eau potable ou à l’hygiène.

Cela souligne le fait qu’en réalité le retard de croissance est un phénomène très complexe qui fait intervenir une myriade d’autres facteurs de risque et nécessite une approche « écologique » plus globale. Les conditions d’une croissance normale peuvent être altérées par un environnement physique, économique, démographique et social défavorables. C’est pourquoi tous les facteurs susceptibles d’influer sur ce que les auteurs de la synthèse appellent les « écologies nutritionnelles », doivent être pris en compte dans la lutte contre le retard de croissance.

La capacité des intervenants à prévenir et traiter efficacement les troubles de la croissance nécessite une compréhension à chaque niveau de cette condition complexe et de ses risques. La validité du retard de croissance en tant qu’indicateur de santé publique et bio-indicateur de malnutrition suscite actuellement beaucoup d’intérêt. Les auteurs de la synthèse suggèrent des pistes de travail pour répondre aux nombreuses questions qui se posent encore concernant les facteurs favorisant le retard de croissance.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Raiten D.J. et coll. : Exploring the Nutritional Ecology of Stunting: New Approaches to an Old Problem. Nutrients 2020, 12, 371

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