Une autre vision avec le cannabis ?

Le cannabis est  l’une des substances psychotropes les plus largement utilisées de par le monde, tout particulièrement entre 15 et 64 ans. En Espagne, la prévalence de sa consommation épisodique dans cette large tranche d’âge a été estimée à 35 % au terme d’une enquête réalisée en 2017. L’usage régulier de son principal composant psychoactif, le ∆9-tetrahydrocannabinol (THC) a été associé à divers troubles psychiatriques, du fait de la présence abondante de récepteurs cannabinoïdes endogènes au sein du système nerveux central. Il s’avère que ces derniers sont également présents dans le système visuel humain au point que les effets du cannabis sur la vision méritent d’être étudiés de plus près. Le sujet a déjà fait l’objet d’études anecdotiques suggérant des effets significatifs sur la vision, mais ces résultats n’ont pas toujours été confirmés. Quant à l’exposition aiguë au cannabis, les données actuelles sont même contradictoires et la qualité méthodologique des études n’est pas étrangère à la confusion.

Evaluation avant et après exposition

Une petite étude transversale, à défaut de la dissiper, alimentera le débat. Ont été inclus 31 sujets qui avaient tous recours de manière régulière au cannabis à des fins purement récréatives. La fonction visuelle a été étudiée de manière approfondie à l’état basal et après exposition aiguë à la substance en l’occurrence sous la forme d’un joint. Les paramètres suivants ont été mesurés, en plus de la dimension de la pupille : acuité visuelle statique, sensibilité au contraste, acuité stéréotaxique (vision en profondeur), accommodation, vision nocturne (perception de halos lumineux) et sensibilité aux stimuli lumineux parasites. Cette évaluation objective a été complétée par la prise en compte de la perception que pouvait avoir chaque participant de la qualité de sa vision après la prise de cannabis. Une analyse par régression logistique a précisé les liens éventuels entre les données objectives et subjectives.

Des résultats concluants

Si l’on s’en tient à la dimension objective de l’étude, les résultats sont concluants : tous les paramètres mesurés se sont détériorés de manière significative (p < 0,05) après exposition à la substance en question. Deux participants sur trois ont par ailleurs déclaré que le cannabis affectait significativement et globalement la qualité de leur vision. Un seul paramètre objectif a été corrélé à cette impression purement subjective : il s’agit de la sensibilité au contraste (notamment pour une fréquence spatiale de 17 cpd ou cycles per degree), comme en a témoigné la comparaison intergroupe entre ceux qui trouvaient leur vision ainsi altérée et les autres, l’odds ratio étant estimé à 1,135 (p = 0, 04).

Cette petite étude ne saurait faire toute la lumière sur les relations entre exposition au cannabis et fonctions visuelles : elle donne un point de vue en soulignant que cette substance pourrait bien avoir des effets négatifs sur la vision au travers peut-être d’une diminution de la sensibilité au contraste. D’autres études de ce type qui ont le mérite d’explorer en profondeur les performances visuelles seront les bienvenues.

Dr Philippe Tellier

Références
Ortiz-Peregrina S et coll. Effects of cannabis on visual function and self-perceived visual quality. Sci Rep. 2021: 11: 1655. doi: 10.1038/s41598-021-81070-5

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