Une aversion pour les aliments solides est peut-être un indice de Covid-19 chez le nourrisson

Les troubles de l’odorat et/ou du goût dont se plaignent fréquemment les adultes qui ont contracté la Covid-19 ne sont rapportés qu’à partir de l’âge de 6 ans chez les enfants infectés. Les plus jeunes enfants pourraient éprouver les mêmes symptômes mais être incapables de les exprimer. F-H Tseng et coll. ont observé une aversion des aliments solides chez deux enfants de moins de 2 ans infectés par le SARS-CoV-2 qu’ils interprètent comme la traduction de troubles de l’odorat et du goût.

Le premier patient, une fille, a fait une forme légère de Covid-19 à 12 mois. Depuis, elle refuse de manger les aliments solides et boit seulement du lait entier : elle mâche les aliments, puis vomit avec des nausées neuf fois sur dix. Elle est aussi hypersensible aux odeurs : après avoir senti des parfums et des produits d’hygiène, elle devient nauséeuse, puis se frotte le nez et les yeux. Hospitalisée 48 h à 16 mois pour une fausse route de liquide, elle refuse toujours les aliments solides, y compris sous forme de purées. Le bilan note un surpoids, une hyperleucocytose et un trou anionique, ainsi qu’un encombrement stercoral qui justifie un lavement colique. La recherche de SARS-CoV-2 et d’autres virus respiratoires dans un prélèvement nasal est négative. A 20 mois, soit 8 mois après la Covid-19, l’aversion contre les aliments solides persiste, la croissance et le développement psychomoteur sont normaux, sauf le langage qui a régressé.

Le second patient, un garçon né un peu prématurément, a fait une forme modérée de Covid-19 à 17 mois. Sa mère déclare qu’il refuse de manger depuis et vomit s’il est alimenté et qu’elle lui donne un soluté OMS et une boisson énergétique à chaque repas. Il est suivi en consultation, sans explorations. A 23 mois, soit 6 mois après la Covid-19, sa croissance et son développement sont satisfaisants ; il mange irrégulièrement, et boit une préparation de lait les jours où il refuse de manger.

Traduction possible du trouble de l’odorat et du goût lié à l’infection par le SARS-CoV-2

Bien que les observations soient de qualité inégale, on peut dire que les deux nourrissons souffrent d’un trouble du comportement alimentaire, une aversion non sélective pour les aliments solides. Cette aversion pour les aliments solides est interprétée comme la traduction de troubles de l’odorat et du goût dus à la Covid-19 sur les arguments suivants : le début au décours d’une Covid-19 symptomatique, l’absence de troubles de l’alimentation avant la Covid-19, une amélioration minime ou lente comme chez l’adulte, et l’absence de diagnostic alternatif, du moins chez le premier patient, le second ayant subi un choc psychologique au moment de la Covid-19. L’hypersensibilité à certaines odeurs du premier patient évoque un trouble de l’odorat.

Une revue de la littérature a trouvé des troubles de l’odorat et du goût, sans aversion alimentaire explicite, chez moins de cent enfants infectés par le SARS-CoV-2, tous âgés de plus de 6 ans. Dans quelques cas, ces troubles étaient le premier ou l’unique symptôme de l’infection. Les auteurs suggèrent donc de faire une recherche de SARS-CoV-2 chez les enfants de moins de 2 ans qui présentent une aversion alimentaire aiguë isolée dans le contexte épidémique actuel.

En définitive, l’interprétation de l’aversion pour les aliments solides au décours d’une Covid-19 comme la manifestation comportementale de troubles de l’odorat et du goût chez l’enfant d’âge préverbal doit être confirmée par d’autres observations. Dans l’affirmative, sa prise en charge est à préciser.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Tseng F-H et coll. : Is acute solid food aversion a proxy for Covid-19-related olfactory and gustatory dysfunction ? Pediatrics 2022 ; 149(1) :e20211052534

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