Une ombre sur la fertilité des anciens prématurés

Le taux des naissances prématurées est de l’ordre de 8,5 % en Europe. Parmi celles-ci, 16 % sont très prématurées (< 32 SA). Les progrès des soins ont entraîné une augmentation importante du taux de survie et de l’absence de séquelles chez les très petits poids de naissance. Cependant, certaines évolutions défavorables n’apparaissent qu’à l’âge adulte. Quelques études seulement ont été consacrées à la fertilité et aux grossesses ; basées sur des séries importantes, elles ne fournissent pas d’informations détaillées sur les complications possibles qui influencent les capacités reproductives.

Aux Pays-Bas, une étude prospective à long terme sur l’avenir des grands prématurés et petits poids de naissance (< 1 500 g) a été menée à partir d’une cohorte d’enfants nés en 1983 sur l’ensemble du pays. Les résultats sur l’avenir pulmonaire et neurologique ont déjà été publiés. Le travail actuel a été consacré à la fertilité et aux complications de la grossesse à l’âge de 35 ans par rapport à la population générale, dont les données ont été obtenues avec le Dutch National Population Registry et registre périnatal (Dutch Perinatal PeriNed Registries).

Un moindre taux de fécondité et des grossesses plus difficiles

Sur 955 sujets éligibles, 370 (39 %) ont accepté de répondre au questionnaire adapté au sexe. Les non participants ne différaient pas des participants par l’âge gestationnel et le poids de naissance mais avaient plus de handicaps et étaient plus souvent des hommes. En comparaison de la population générale, les femmes étaient moins souvent mariées (42 % vs 50 % P = 0,02) ou en couple. Elles avaient moins d’enfants (moyenne 1,08 vs 1,48 P < 0,001) ; 56 % avaient au moins un enfant vs 74 % (P<0,001) en général. Un quart des 141 femmes désireuses de concevoir avaient eu des problèmes de fertilité. Seize parmi les 118 grossesses de premier enfant ont bénéficié de techniques de conception médicalement assistée, 2 fois le taux habituel. Les complications gravidiques étaient plus fréquentes, notamment le risque d’hypertension multiplié par 3 et de pré-éclampsie. Les hommes avaient aussi moins d’enfants : 0,74 vs 1,04 (P=0,002) ; 40 % avaient un enfant ou plus vs 56 % dans la population générale (P < 0,001). Un quart des femmes et celles avec des partenaires masculins « ex prématurés » avaient eu des fausses couches. En revanche, le mode d’accouchement, le placenta, le taux de prématurité étaient comparables à celui de la population générale.

Cette étude prospective des anciens prématurés de moins de 32 semaines et des petits poids de naissance montrent à l’âge de 35 ans un taux de reproduction moindre avec des problèmes de fécondité et des complications de la grossesse plus fréquentes que dans la moyenne de la population générale.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Van der Pal SM et coll. : Reproductive risks in 35-year-old adults born very preterm and/or very low birth weight: an observational study. Eur J Pediatr., 2021; 180: 1219-1228.

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