Vaccinés contre la Covid : quel risque d’infection par delta et par omicron ?

Il est démontré que la vaccination contre la Covid-19 réduit significativement le risque de développer une maladie symptomatique et d’évoluer vers une forme grave. Pour les autorités sanitaires françaises, c’est donc à ce jour la meilleure arme contre le SARS-CoV-2 pour éviter la surcharge des services hospitaliers (soins critiques et réanimation).

Cependant, le risque d’être infecté selon le statut vaccinal doit être précisé.

Cas du variant delta, encore sujet à débat…

Aux États-Unis la justification scientifique de la vaccination obligatoire repose sur le principe qu’elle évite l’infection, et que l’on se trouve devant une épidémie de personnes non vaccinées [1].

Une étude conduite en Israël a démontré que des professionnels de santé entièrement vaccinés pouvaient être infectés et transmettre le virus à leurs patients [2].

Des travaux ont montré que, sur des prélèvements des voies aériennes supérieures, des titres en virus très élevés étaient retrouvés de façon similaire chez les personnes vaccinés et non vaccinés [3].

Une enquête récente menée par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies dans une prison du Texas (USA) a montré la présence équivalente du SARS-CoV-2 dans le nasopharynx des personnes vaccinées et non vaccinées [4].

Par ailleurs, un récent article publié dans le Lancet semble confirmer un risque équivalent d’infection quel que soit le statut vaccinal [5].

L’objectif de l’étude dont il s’agit était d’évaluer le risque de transmission du SARS-CoV-2, variant Delta, d’une population présentant une infection bénigne à des cas contacts familiaux selon leur statut vaccinal. Il s’agissait d’une étude prospective (cohorte longitudinale). Les cas positifs index de la Covid-19 ont été recrutés entre septembre 2020 et septembre 2021. Les cas contacts familiaux des cas index étaient âgés de 5 ans et plus.

Le risque de transmission selon le statut vaccinal a été étudié chez 231 cas contacts familiaux ayant été exposés à 162 cas index infectés ; l’indicateur principal était le taux d’attaque (Taux d’incidence de l’infection par la Covid 19) calculé chez les cas contacts selon le statut vaccinal. Les résultats montrent qu’il n’y avait pas de différence significative entre les taux d’attaque chez les sujets entièrement vaccinés (25 % [IC 95 % 15-35]) et ceux observés chez les sujets non vaccinés 23 % [15-31]).

Dans un commentaire concernant cet article [6] et également publié dans le Lancet, l’auteur souligne une faiblesse dans la méthodologie de l’étude : il n’y a pas eu d’ajustement des cas index et contacts selon l’âge. Or 78 % des sujets non vaccinés avaient moins de 18 ans, alors que les sujets vaccinés étaient tous âgés de plus de 18 ans. Cependant l'étude a montré que la charge virale augmentait avec l'âge. Ainsi, l’infectiosité serait moindre chez les enfants et l’absence présumée d'effet du vaccin sur la transmission pourrait être due en grande partie à un facteur de confusion, l’âge.

Cas du variant Omicron, une stratégie à revoir

Ce variant est très contagieux et beaucoup moins virulent. Le 11 janvier, 1,8 millions de tests de dépistage de la Covid-19 avaient été réalisés en France, avec un taux de positivité d’environ 20 %, ce qui représente 360 000 sujets testés positifs. En une seule semaine, du 4 au 11 janvier, 1 827 417 cas positifs ont été identifiés, dont 91% infectés par le variant omicron (https://covidtracker.fr/covidtracker-france). La proportion de sujets vaccinés était de 80 % pour la première dose (53 millions), de 78 % pour la vaccination complète (52 millions) (https://www.data.gouv.fr/fr/organizations/sante-publique-france/). On peut donc conclure à partir de ces données que le variant Omicron peut infecter des sujets vaccinés. Des études devront quantifier le réel risque d’infection par le variant Omicron chez les sujets vaccinés. Compte tenu de ces éléments, la stratégie de lutte contre le variant Omicron doit être revue. S’il semble pertinent de continuer la vaccination, mais en ciblant les sujets à risque (plus de 65 ans et/ou comorbidités), les mesures barrières devront être atténuées, voire annulées.

Pr Dominique Baudon, Professeur du Val-De-Grâce

Références
[1] Tayag Y : Stop calling it a pandemic of the unvaccinated. The Atlantic. Sept 21, 2021. https://www.theatlantic.com/ideas/ archive/2021/09/persuade-unvaccinated- protect-unvaccinated/620091/ (accessed Sept 30, 2021).
[2] Bergwerk M, Gonen T, Lustig Y, et coll. : COVID-19 breakthrough infections in vaccinated health care workers. N Engl J Med 2021; 385: 1474–84.
[3] Wilder-Smith A : What is the vaccine effect on reducing transmission in the context of the SARS-CoV-2 delta variant? Lancet Infect Dis 2021; published online Oct 29. https://doi/ org/10.1016/S1473-3099(21)00690-3.
[4] Hagan LM, McCormick DW, Lee C, et coll. : Outbreak of SARS-CoV-2 B.1.617.2 (delta) variant infections among incarcerated persons in a federal prison—Texas, July–August 2021. MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2021;
[5] Anika Singanayagam et coll. : Community transmission and viral load kinetics of the SARS-CoV-2 delta (B.1.617.2) variant in vaccinated and unvaccinated individuals in the UK: a prospective, longitudinal, cohort study. Lancet Infect Dis 2021- Published Online October 28, 2021 https://doi.org/10.1016/ S1473-3099(21)00648-4 - This online publication has been corrected. The corrected version first appeared at thelancet.com/infection on November 2, 2021 - See Online/Comment https://doi.org/10.1016/ S1473-3099(21)00690-3
[6] Carlos Franco-Paredes. : Transmissibility of SARS-CoV-2 among fully vaccinated individual. www.thelancet.com/infection Vol 22 January 2022

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Vos réactions (13)

  • Pertinent ?

    Le 17 janvier 2022

    Il est bien certain désormais que la vaccination n'empêche nullement la circulation du coronavirus, et si quelque chose devient bien inutile c'est cette gabegie de tests.
    Le virus est omniprésent, qu'on soit ou non vacciné, qu'on soit ou non symptomatique, qu'on soit ou non "contact". La vaccination généralisée se révèle donc avoir une importance en plus capitale pour éviter les formes graves. Prétendre "pertinent" de la réserver à une fraction réduite de la population ne me parait pas reposer sur des arguments bien scientifiques.
    Toute personne non vaccinée est un candidat possible à la réanimation - même si ce n'est qu'une personne sur mille, 10 millions de non-vaccinés feront 10 000 réanimés et peut être quelques milliers de morts évitables, sans parler du coût social. La vaccination généralisée est certainement une stratégie plus simple et plus rentable.

    Quant à s'affranchir des mesures barrières de base, ça me semblera "pertinent" le jour où la totalité de la population sera vaccinée, même si le virus continue à circuler allègrement. En attendant, le bénéfice global de ces mesures (y compris vis-à-vis des viroses hivernales courantes) parait bien supérieur à leurs inconvénients allégués.

    Dr Pierre Rimbaud

  • C'est du bon sens

    Le 17 janvier 2022

    Le Pr Dominique Baudon, Professeur du Val-De-Grâce fait preuve de bon sens bravo et merci a lui de le dire haut et fort.

    Dr Annaïg Eccher

  • Question sur les anticorps

    Le 17 janvier 2022

    La lecture des articles et la clinique dans nos cabinets montre bien qu'Omicron est retrouvé aussi bien chez les patients vaccinés que non vaccinés. Se pose dont la question de la protection générée par les anticorps anti-covid Delta contre Omicron, qu'ils soient post-maladie ou post-vaccination. A contrario, les anticorps post covid Omicron sont-ils efficaces sur le Delta ? Autrement dit, existe-t-il une protection croisée ? On parle aussi de la faible efficacité du vaccin Pfizer sur Omicron et de l'activité supérieure du Moderna (à dose pleine) en 3ème rappel. Qu'en est-il du Janssen ? Merci pour vos éclaircissements.

    Dr Jean-Yves Schlienger

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