Végétarien et déprimé : l’œuf ou la poule ?

Si les régimes végétariens sont associés à des risques plus faibles de morbidité et de mortalité de nature somatique (maladies cardiovasculaires, obésité, diabète...), une interrogation subsiste sur leur intérêt éventuel ou, au contraire, sur leur danger possible en matière d’affections psychiatriques, et notamment de dépression. On ignore en effet dans quelle mesure le bénéfice diététique d’un régime moins riche en graisses d’origine animale serait contrebalancé par l’inconvénient d’un appauvrissement en certains principes (vitamines, oligo-éléments...) présents plus particulièrement dans les aliments exclus, comme les viandes rouges. On suspecte ainsi la possibilité de carences en cobalamine (vitamine B12) et/ou en fer, quand ces viandes rouges sont rejetées systématiquement de l’alimentation.

En manque d’oligo-éléments ?

Tirant parti des données d’une célèbre étude de cohorte longitudinale (1), réalisée au Royaume-Uni depuis 1991, une équipe a comparé l’incidence de la symptomatologie dépressive en fonction du régime, végétarien ou non végétarien. Les résultats (qui concernent près de 10 000 sujets de sexe masculin) montrent que les végétariens ont en moyenne des scores de symptômes dépressifs supérieurs à ceux des hommes mangeant aussi de la viande et, après ajustement pour d’éventuels facteurs confondants (par exemple d’ordre socio-démographique), un risque plus important de scores élevés (>10) à l’échelle de dépression postnatale d’Édimbourg (2)[2] (développée et validée à l’origine pour les nouvelles mères, puis utilisée aussi chez les nouveaux pères) : OR=1,67 ; IC95% : 1,14–2,44. Les auteurs estiment donc que les hommes végétariens ont un risque dépressif plus marqué, probablement sous-tendu par des carences nutritionnelles bien qu’un phénomène de déterminisme à rebours ne soit pas exclu : il est possible que des sujets déjà déprimés soient moins enclins à manger de la viande (anorexie sélective), précisément suite à leur état dépressif. Nouvel avatar de l’aporie sur la poule et l’œuf, chez ceux ne mangeant volontiers ni poule ni œuf...    

Dr Alain Cohen

Références
Hibbeln JR et coll. : Vegetarian diets and depressive symptoms among men. J Affect Disord 2018 ; 225 : 13–17.
(1) http://www.bristol.ac.uk/alspac/about/
(2) http://www.perinatalservicesbc.ca/Documents/Resources/HealthPromotion/EPDS/EdinburghEPDSScale_French.pdf

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Vos réactions (1)

  • Carence en fer

    Le 30 décembre 2017

    Ce travail me fait repenser à celui, rapporté par le JIM, de A. Kassir : Carence en fer : une perspective diagnostique et thérapeutique en psychiatrie. L’Encéphale 43 (2017) 85–89.
    TAP dispo chez l'auteur : A. Kassir, 70, avenue du Point-du-Jour, 69005 Lyon, France.

    Dr Yves Gille.

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