Vol au-dessus d’un nid de Covid-19

Le transport aérien a contribué à la propagation de la COVID-19 dans le monde entier. Voici l’une des rares études qui décrit la réalité de la transmission de l’infection à bord d’un avion, malgré la mise en œuvre de mesures de protection. Or 59 cas de Covid-19 confirmés en laboratoire dans six des huit régions sanitaires de la République d'Irlande ont été reliés à ce vol à l'été 2020. Quatre personnes ont été hospitalisées dont une en réanimation.

Voyage à destination de l’Irlande

Treize cas étaient donc des passagers d'un même vol à destination de l'Irlande, chacun d’entre eux ayant transité par un grand aéroport international, arrivant en Europe en provenance de trois continents différents. Les uns ont déclaré avoir passé jusqu'à 12 h de nuit dans une salle de transit pendant une escale (groupe 1) ; d’autres avoir partagé une salle de transit séparée (groupe 2) ; les derniers avoir attendu pendant moins de 2 h dans la zone de départ de l’aéroport (groupes 3 et 4). Le vol à destination de l'Irlande a duré 7,5 heures et le taux d'occupation des passagers était très bas, soit 17 % (48/283 sièges) avec 12 membres d'équipage. Le cas index n'est pas connu. Les cas contacts ont été définis comme étant les personnes assises à deux sièges (dans chaque direction) des premiers cas notifiés. Ils ont ainsi été identifiés et testés, le personnel de cabine faisant également l'objet d'une évaluation. Après l’atterrissage, les symptômes sont apparus, au plus tôt dans les deux jours, chez 12 passagers : toux, écoulement nasal, fièvre, mal de gorge, avec perte d’odorat ou du goût chez 6 d’entre eux.

Un taux d’attaque élevé

Le taux d'attaque (TA) maximum serait ainsi de 12 sur 49 ou 25 %, avec comme dénominateur les 48 passagers, et un seul cas index non identifié parmi les cas du vol. Un TA de 17,8 % est cependant plausible si seules 8 personnes ont contracté la Covid-19 en vol, tandis que trois étaient en incubation ou ont été infectés après le vol, et que le dernier était un cas contact (apparition de symptômes à J + 9 jours). Le TA minimum serait de 9,8 %, si seulement quatre passagers ont contracté la Covid-19 en vol tandis que 7 cas étaient en incubation en vol et le dernier un cas contact.

Une seule source ponctuelle d'infection chez au moins 5 passagers

Le séquençage et l'analyse du génome entier n’ont été effectués que sur cinq échantillons disponibles, prélevés sur un cas voyageant depuis un continent, de trois cas originaires d'un autre continent et d'un cas venant d'un troisième continent. Les cinq échantillons ont été identifiés comme appartenant à la lignée virale B.1.36 du SRAS-CoV-2 (nomenclature PANGOLIN, v2.0.7). La comparaison par paires des séquences nucléotidiques a montré une homologie de plus de 99 % sur l'ensemble du génome viral, ce qui suggère fortement l'existence d'une seule source ponctuelle d'infection.

Et le port du masque obligatoire dans l’avion ?

Cet article démontre le potentiel de propagation du SARS-CoV-2 lié aux voyages aériens. Soulignons toutefois que 4 (dont un enfant) des 13 passagers infectés ne portaient pas de masque durant le vol !

Aucune information n’est fournie dans l’article des chercheurs irlandais sur le mode de ventilation de l’air dans la cabine de l’avion en question. Il n’est pas précisé si l’avion équipé de filtres « à haute efficacité pour les particules aériennes » (HEPA), similaires à ceux utilisés dans les blocs opératoires qui éliminent 99,97 % des particules de l’air. Dommage !

Dr Bernard-Alex Gaüzère

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Vos réactions (1)

  • Contamination possible en cabine d'avion

    Le 13 novembre 2020

    Comment expliquer le cas ci-après ? L'escadron de gendarmerie mobile de Mont-De-Marsan 21/2 est arrivé en renfort par deux vagues successives les 6 et 8 novembre à la Réunion.

    Je cite le journal local : "Testés négativement à la Covid-19 lors de son départ de la métropole, il (le groupe) a fait l'objet d'un test de contrôle à J+4, après l'arrivée sur le département, conformément au protocole sanitaire, il s'avère que lors de ce deuxième test, certains militaires se sont révélés positifs" indique le ministère de l'Intérieur.

    Il faudrait aussi vérifier à d'autres dates?

    Parmi les nombreuses explications raisonnables de ce cas, en voici une qui n’est pas retenue : ils se sont contaminés dans les cabines des deux avions. Soit par la simple respiration d’un malade contaminant les autres, soit parce que les filtres des avions ne sont pas changés.

    Une bonne organisation supposerait que les cas contacts et les testés positifs soient isolés dans deux établissements distincts.

    Est-ce le choix de l’ARS ? Pas que je sache : Ils sont confinés tous ensemble !

    Nombreux sont ceux qui se demandent comment donc le virus coronavirus s’est répandu dans le monde entier avec cette vitesse extraordinaire seulement en quelque semaines. Beaucoup accusent, entre diverses hypothèses, le transport aérien.

    Soutiennent clairement cette accusation les îles où le premier virus est arrivé par avion : la Réunion, la Nouvelle Zélande et l’Irlande.

    Dr JD

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