Y a-t-il des facteurs de prédisposition à la pédophilie ?

Au sens du DSM-5, le « trouble pédophile » (pedophilic disorder) se caractérise par une « attirance sexuelle intense et persistante envers des enfants prépubères » et souvent par une « détresse marquée. » Bien que des travaux antérieurs suggèrent que cette perversion puisse avoir certains fondements neurodéveloppementaux (neurodevelopmental underpinnings), il existe en fait, jusque-là, « peu d’arguments » allant dans ce sens.

La revue Acta Psychiatrica Scandinavica publie une étude réalisée en Suède, consacrée au « profil clinique » des pédophiles. Pour contribuer à la compréhension d’éventuels facteurs de prédisposition à la pédophilie, les auteurs ont comparé 55 sujets masculins à la recherche d’une aide (pour un trouble pédophile, sans conséquence médico-légale en cours) avec 57 sujets-témoins (également masculins) du même âge, en évaluant notamment des données d’imagerie cérébrale, neuropsychologiques et structurelles comme l’épaisseur du cortex cérébral et les volumes de matière blanche, étant admis que certaines de ces données s’avèrent liées à des marqueurs de développement neurologique anormal, y compris le Quotient Intellectuel.

Des corrélats neurobiologiques et cognitifs

Les auteurs constatent que le trouble pédophile est associé à certaines comorbidités psychiatriques comme des symptômes de type autistique ou/et de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité. Les patients avec trouble pédophile ont aussi, en moyenne, un Quotient Intellectuel inférieur à celui des sujets-témoins et des anomalies de la surface corticale dans certaines parties du cerveau, ainsi qu’un volume anormal de substance blanche sous-jacente, dans ces régions. On constate également que ces sujets ont des hippocampes et des noyaux accumbens plus petits que ceux des témoins et qu’il existe une « corrélation négative » entre le Quotient Intellectuel et l’expression globale des caractéristiques cérébrales liées au trouble pédophile.

Pour les auteurs, cette étude suggère certains corrélats neurobiologiques et cognitifs entre le trouble pédophile et des anomalies dans le profil morphométrique et neurodéveloppemental, et ces résultats doivent être pris en compte pour étayer la prise en charge des patients atteints d’un trouble pédophile.

Dr Alain Cohen

Références
Abé C et coll.: Brain structure and clinical profile point to neurodevelopmental factors involved in pedophilic disorder. Acta Psychiatrica Scandinavica, 2021; 143: 363–374.

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Vos réactions (2)

  • Tout ça pour ça...

    Le 09 avril 2021

    On nage dans l'équivoque des mots. Prenez le terme neurodéveloppemental. Qu'est-ce qui pourrait, chez l'être humaine ne pas être neurodéveloppemental, puisque ça se développe toujours, chez chaque être humain, le système nerveux. Je sais que l'article semble accorder une touche neurodéveloppementale plus élevée au QI, ce qui laisse alors penser que ce mot se référerait à une sorte de construction cérébrale intrinsèque, autonome, et surtout corporelle et quasi mécanique.
    Si on en revient à l'objet de l'article, la pédophilie, on voit combien est alambiquée la "démonstration" de l'empreinte neurodéveloppementale.

    La recherche souvent éperdue d'une "cause" supposée mécanique à une entité complexe et construite sur des fondements sans doute intriqués laisse songeur. Que de temps perdu en des disputes inutiles basées sur des équivoques de mots et de concepts, et surtout quel est l'intérêt scientifique d'une telle trituration. Il serait plus sage de dire qu'on y comprend presque rien, ce serait plus clair et vrai.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Seulement une piste complémentaire (Réponse au Dr Bouquerel

    Le 11 avril 2021

    C'est précisément parce qu'on "n'y comprend en effet presque rien" que des recherches de ce type semblent intéressantes. D'autant plus, vous le dites vous-même, que "tout" est (au moins en partie) d'ordre neurodéveloppemental chez l'être humain. Bien entendu, établir d'éventuels corrélats neurobiologiques ou/et cognitifs ne signifie pas qu'ils expliqueraient toute la psycho-physio-pathologie d'un tel trouble. Il s'agit seulement d'une piste supplémentaire pour la compréhension de ce trouble.

    Dr Alain Cohen

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