Y a-t-il des symptômes spécifiques après TPO à l'arachides et aux fruits secs ?

L'expérience clinique montre qu'il peut exister des symptômes propres à un "organe de choc" donné au cours de certaines allergies alimentaires (AA).

Dans cette optique, l'objectif d'un article récent de Dobbertin-Welsh et coll. (1) était de voir si de tels sympômes pouvaient exister au cours des AA à l'arachide et aux diverses noix d'arbres (tree nuts), communément mais improprement appelés fruits secs. Pour cela, les auteurs ont analysé les résultats de 1 013 TPO ouverts réalisés de façon prospective avec l'arachide (n = 607), la noisette (n = 266), les noix (n = 97) et la noix de cajou (n = 43).

Au cours des TPO, les réactions ont été classées en symptômes cutanés de type immédiat, gastro-intestinaux, respiratoires supérieurs (ORL) ou inférieurs (bronchiques), cardiovasculaires, et réactivation d'une dermatite atopique (DA). La gravité des symptômes et le traitement ont été également été notés.

En substance, les symptômes cutanés étaient présents dans 78 % des cas, suivis des symptômes gastro-intestinaux (47 %), respiratoires supérieurs (42 %) et inférieurs (32 %), et cardiovasculaires (6 %). Dans les trois quarts des réactions, plus d'un organe était impliqué. Il est important de noter que, lors de l'escalade des doses au cours des TPO, des réactions graves se sont produites à chaque niveau de dose, ce qui traduit des niveaux variés de réactivité allergénique. Les patients allergiques à l'arachide et à la noix de cajou avaient un risque relatif plus élevé de symptômes gastro-intestinaux par rapport aux patients allergiques aux noisettes et aux noix.

Les patients qui n'avaient pas eu de vomissements avaient un risque 1,7 fois plus élevé de développer des symptômes cutanés et/ou respiratoires de type immédiat. Trois quarts des patients avaient déjà eu une DA, mais une exacerbation de celle-ci n'a été constatée qu'au cours de 10,5 % des TPO. Chez les patients souffrant d'AA multiples, les organes concernés, la dose déclenchante et la gravité différaient selon les allergènes.

Rareté de l’aggravation d’une dermatite atopique

Pour les auteurs, les comparaisons entre les groupes de patients allergiques à ces divers allergènes ayant des antécédents cliniques, une gravité, des comorbidités et des données de laboratoire différents sont difficiles et sont biaisées. Elles confirment le potentiel allergénique élevé de l'arachide et des fruits à coque. La rareté de l'aggravation de la DA pourrait suggérer que les régimes d'éviction de l'arachide et des noix pour prévenir la DA sont inutiles, pouvant s'opposer à l'acquisition de la tolérance alimentaire.

Cet article ne souligne pas le fait, assez largement constaté par les allergologues, que les symptômes de l'AA à la noix de cajou, allergène émergent il y a moins d'une dizaine d'années puis devenu fréquent, sont globalement plus sévères que ceux de l'AA à l'arachide (Davoren M, Peake J. Cashew nut allergy is associated with a high risk of anaphylaxis. Arch Dis Child, 2005;90:1084- 5. doi: 10.1136/adc.2005.073817).

Manifestations cutanées dans la plupart des cas et variations pour les symptômes gastro-intestinaux et respiratoires

Nous avons trouvé dans la littérature une longue lettre à l'éditeur de Ahrens et coll. (2) qui rapportent des résultats similaires sur 1 843 TPO réalisés de façon consécutive, portant sur les principaux allergènes alimentaires (lait de vache, œuf de poule, arachide, noix diverses, blé et soja).

Les troubles respiratoires et gastro-intestinaux après les TPO ne sont pas « distribués » de façon homogène. Les symptômes gastro-intestinaux sont plus fréquents après les TPO à l'œuf de poule et à l'arachide par rapport aux TPO au lait de vache, au soja et au blé. De plus, la survenue de symptômes respiratoires est plus fréquente lors des TPO à l'arachide qu'aux autres allergènes (lait, œuf, soja, blé). Des symptômes cutanés sont observés au cours de la plupart des TPO. Au cours de TPO de cette grande étude, comme dans la précédente, certains aliments sont donc associés préférentiellement à des symptômes d'un organe-cible.

En pratique, ces résultats montrent que les TPO doivent être réalisés, surveillés et gérés par un personnel infirmier entraîné, dans une structure hautement spécialisée, sous la responsabilité permanente d'un médecin spécialisé en allergologie alimentaire, disposant de toutes les ressources pour effectuer tous les gestes de réanimation.

Pr Guy Dutau

Références
1)Dobbertin-Welsh J, Staudacher O, Yürek S, Trendelenburg V, Tschirner S, et coll. : Organ-specific symptom patterns during oral food challenge in children with peanut and tree nut allergy. Pediatr Allergy Immunol 2022; 33(5). doi.org/10.1111/pai.13778.
2)Ahrens B, Niggeman B, Wahn U, Beyer K. Organ-specific symptoms during oral food challenge in children with food allergy. J Allergy Clin Immunol 2012; 130(2): 549-51

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Vos réactions (2)

  • TPO ?

    Le 17 mai 2022

    Il est navrant que la totalité de l'article (titre compris) porte sur un acronyme (TPO) qui n'est jamais explicité....
    C'est d'ailleurs généralement le cas de beaucoup d'articles du JIM dont le titre contient un acronyme souvent abscons.

    Dr Yves-Sébastien Cordoliani

  • Acronymes sur JIM

    Le 18 mai 2022

    Même si nous évitons de bannir les acronymes non explicités, la remarque du Dr Cordoliani est tout à fait justifiée. Nous ferons désormais la chasse aux acronymes non explicités dans le texte de nos articles.

    La rédaction

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