Les violences sexuelles sur les enfants coûtent 9,7 milliards d’euros chaque année

Paris, le lundi 3 juillet 2023 – La Commission indépendante sur l’Inceste et les Violences sexuelles faites aux Enfants (Ciivise) a calculé, dans un dernier avis publié le 12 juin dernier, le coût économique des violences sexuelles faites aux enfants. 

La Commission l’indique d’emblée, ce sont systématiquement les estimations basses qui ont été retenues, mais la statistique a pourtant de quoi donner le tournis : le coût estimé pour la société des violences sexuelles pendant l’enfance serait d'un peu moins de 10 milliards d'euros chaque année. Un chiffrage qui englobe aussi bien les conséquences à court et à long terme. 

Des conséquences de long terme extrêmement importantes

Pour réaliser cette étude, la Ciivise a fait appel aux services du cabinet Psytel, qui avait déjà effectué l’évaluation du coût annuel des violences conjugales. La Ciivise est en effet partie du postulat que toutes ces répercussions ont un coût économique et financier pour la société. Plus précisément, la Ciivise s’est attachée à analyser les effets sur les dépenses publiques et les richesses non créées découlant des violences sexuelles faites aux enfants. 

« L’évaluation des coûts met en lumière que les violences sexuelles subies dans l’enfance ont des conséquences graves non seulement immédiatement après le viol ou l’agression sexuelle, mais aussi à long terme », souligne la Ciivise dans son rapport. Dans la plupart des cas, ces conséquences sur la durée sont liées aux psychotraumatismes affectant aussi bien la santé des victimes que leur vie, affective, sociale, professionnelle… L'analyse montre, en réalité, que la grande majorité du coût de ces violences provient des conséquences de long terme : 6,7 milliards d’euros, soit un peu moins de 70 % du coût total. 

Une collecte de données massives

La Commission a recueilli des données auprès des multiples services de l’État : service statistique ministériel de la sécurité intérieure, Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques (Drees)… ou à partir d’enquêtes en population générale ou de victimation. Plusieurs recherches statistiques menées par des laboratoires de recherche ou d’autres organismes ont aussi été utilisées. 

Un premier « tri » a été réalisé en ne retenant que les conséquences pour lesquelles les coûts peuvent faire l’objet d’une valorisation monétaire. Plus spécifiquement, les chercheurs ont établi une liste exhaustive des effets des violences sexuelles aussi bien pour les victimes (santé physique et psychique, études, vie professionnelle, retombées pour l’entourage…), les structures de la société civile (associations, entreprises) et l’État (santé, justice, sécurité). 

Les auteurs de l’étude ont aussi distingué entre les coûts relatifs aux répercussions immédiates (prise en charge des victimes, intervention des forces de l’ordre et de la justice) et aux conséquences de long terme (santé mentale, perte de productivité…). 

En ne retenant que des estimations basses, la Ciivise estime que « le coût global des violences sexuelles est ainsi largement sous-estimé ». Cela vaut surtout pour la perte de productivité des victimes, dont l’estimation retenue est « très inférieur[e] au coût réel », indique la Commission dans son avis. Au bout du compte, les chercheurs sont arrivés au chiffre de 9,7 milliards d’euros par an. 

La majorité de cette somme correspond à des dépenses publiques réalisées pour prendre en charge les victimes de violences sexuelles : 7 milliards de coûts directs (72,3 % du coût total). Le reste correspond à la perte de richesse engendrée par l’impact de ces violences sur la vie des victimes : 2,7 milliards d’euros de « coûts indirects » (27,3 %). 

Plus précisément, dans les conséquences à long terme — les plus onéreuses pour la société —, les trois éléments les plus importants pour la société sont l’amplification des conduites à risque (2609 millions d’euros par an, soit 27 % du total), le traitement des troubles mentaux (2101 millions d’euros par an, 21,7 %) et les surconsultations en médecine générale et spécialisée (1061 millions d’euros/an, 11 %). La perte de productivité a également été estimée à 844 millions d’euros par, soit 8,7 % du total. 

« L’une des missions de la Ciivise est de bien mettre en évidence que chaque violence sexuelle commise contre un enfant, chaque histoire de viol, chaque histoire d’inceste, n’est pas seulement une affaire privée, c’est un problème collectif, ça nous regarde tous », fait remarquer Edouard Durand, cité par nos confrères du Monde. Un problème collectif qui a donc un coût financier - particulièrement élevé — en plus des conséquences humaines, sociales et psychologiques pour les victimes.

En conclusion, la Ciivise formule deux préconisations à destination des pouvoirs publics : organiser un parcours de soin spécialisé du psychotraumatisme pour les enfants victimes et les adultes qu’ils deviennent et maintenir la Ciivise pour continuer à lutter contre l’invisibilisation des victimes, batailler contre « l’impunité des agresseurs » et « promouvoir une culture de la protection ».

Raphaël Lichten

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