Doper l’utilisation des TROD de l’angine en pharmacie grâce au remboursement : le défi du gouvernement

Paris, le mardi 26 mars 2019 – Le Premier ministre a présenté hier une série de mesures dont l’objectif est de développer la démarche préventive dans notre pays. Parmi les annonces qui ont le plus retenu l’attention figure la volonté du gouvernement de promouvoir l’utilisation en pharmacie du test rapide d’orientation diagnostique (TROD) oro-pharyngé de l’angine à streptocoque A, afin d’améliorer la prise en charge des patients et d’éviter la prescription d’antibiotiques non nécessaires. Face à l’évocation d’une douleur pharyngée, le pharmacien pourrait proposer la réalisation d’un TROD et aiguiller le patient en fonction des résultats, soit vers une consultation médicale pour une prescription d’antibiotique, soit vers une prise en charge pharmaceutique. Afin que ce schéma puisse s’imposer plus facilement, le gouvernement promet à partir de 2020 le remboursement de ces TROD "délivrés" en pharmacie.

Des débuts difficiles

Les TROD de l’angine sont dans les faits déjà accessibles en pharmacie mais leur usage reste confidentiel. Cette réticence connaît plusieurs explications. D’abord, les TROD ont connu une implantation difficile en pharmacie. L’arrêté de juin 2013 qui permettait l’utilisation des TROD de l’angine en pharmacie a en effet été annulé en avril 2015 pour des raisons de forme par le Conseil d’Etat, en réponse à l’action d’un syndicat de médecins biologistes. Les pouvoirs publics ont attendu plus d’un an pour publier un nouvel arrêté, se conformant aux prescriptions du Conseil d’État, et prévoyant notamment que le TROD soit réalisé dans un espace de confidentialité. Cette condition limite l’utilisation des TROD en officine, ainsi que l’absence de prise en charge qui est souvent un frein majeur pour les patients. Par ailleurs, la prescription de TROD par les médecins généralistes ne constitue pas encore un réflexe (seuls 40 % des généralistes en ont commandé en 2017 rappelle le gouvernement), ce qui ne favorise sans doute pas son installation dans la pratique des pharmaciens, dont certains pourraient en outre être soucieux de préserver de bons rapports professionnels avec leurs collègues médecins en cette période troublée.

Une concertation indispensable pour éviter des rengorgements

Pourtant, en dépit de ces différents obstacles, des expérimentations prometteuses ont été conduites dans différentes localités (en Ile de France et en Lorraine notamment) qui ont démontré la pertinence du recours au TROD en pharmacie, notamment en ce qui concerne la diminution des prescriptions inutiles d’antibiotiques. Cependant, ces projets ont pu mettre en évidence une certaine défiance des médecins. Ainsi, en Ile de France, une expérimentation conduite par l’Union Régionale des professionnels de santé (URPS) en 2015 avait révélé une adhésion modeste des médecins, même si ces derniers avaient été majoritairement prévenus par les pharmaciens de la mise en place du dispositif. Probablement conscient de cet écueil et en tout état de cause alerté par les turbulences provoquées par l’adoption la semaine dernière par l’Assemblée nationale d’un amendement au projet de loi de santé visant à permettre la délivrance sans ordonnance par le pharmacien, sous certaines conditions, de médicaments à prescription médicale obligatoire, le gouvernement a déjà annoncé la tenue d’une concertation avec les professionnels concernés. Celle-ci sera essentielle pour éviter qu’une nouvelle fois cette mesure de bon sens pâtisse d’une mauvaise préparation et de la persistance de conflits qu’une coopération intelligence permet souvent de dépasser.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • On verra bien

    Le 26 mars 2019

    Si ça peut diminuer le nombre de prescription d'antibiotiques tant mieux. Si j'ai bien compris il y a des expériences concluantes dans certaines pharmacies donc pourquoi pas. Mais de dire que les médecins généralistes n'ont pas le temps dans leur pratique de le faire cela me paraît bizarre. Ça prend 4 minutes en tout sur un temps de consultation en moyenne de 12 minutes, je trouve l'argument suspect. Tout aussi suspect de dire que les pharmaciens ont plus de temps que les médecins, alors que les patients se plaignent tout autant du monde et de l'attente dans les officines.

    Que les pharmaciens sachent palper les adénopathies cervicales et éliminer une MNI, les angines de vincent etc, très bien, soit. Que demain ils puissent prescrire les antibiotiques du laboratoire avec qui ils ont passé un contrat après tout les cardios s'autoprescrivent les échos! Plus rien ne me choque, ce serait bien aussi qu'ils prescrivent les arrêts maladies, eux ou une autre corporation, comme cela on aura moins de pression et puis les bons de transport aussi, voilà parfait.

    Il faudra une génération 25 ans donc 2045 pour voir la fin des médecins de famille. Cool bon ok je suis sarcastique mais bon on m'y force.

    Dr Frédéric Langinier

  • On avance...

    Le 26 mars 2019

    Il me semble que cette mesure est pleine de bon sens. Certainement plus que la prescription de médicaments par les pharmaciens : des maux de gorge peuvent très bien être traités à l'officine à partir du moment où il n'y a pas d'infection bactérienne. Dès lors, inutile d'engorger les cabinets médicaux, d'autant que les médicaments destinés à soigner ces maux de gorge ne sont plus remboursés par les collectivités, donc la prescription n'a plus d'intérêt.

    On commence enfin à vouloir faire de la prévention avec le remboursement de ces tests sans empiéter sur le champ d'action des médecins !
    C'est, de toute évidence, plus logique que de vouloir faire prescrire des médicaments à des pharmaciens qui n'ont pas la vocation première à faire du diagnostic.

    Véronique Lecourt
    Docteur en Pharmacie (en zone sous-dotée en médecins)

  • Bonjour le parcours de soins

    Le 27 mars 2019

    Ainsi les patients se rendront au cabinet médical avec une attestation de leur pharmacien indiquant que leur TROD est positif; il suffira au médecin de prescrire l'antibiotique ad hoc et de renvoyer le patient au pharmacien. Bonjour le parcours (de soins). Si le test est négatif, médicaments de confort, et 48 heures plus tard, le patient non guéri se présentera chez son médecin en se plaignant et réclamant son antibiotique ... Faudra-t-il le renvoyer par la case TROD de 2ème intention à l'officine ou au cabinet (parfois germes varient...) pour lui octroyer (ou non) le remède? Tout ceci en supposant que cette fameuse angine ne cache pas autre chose. Où est la responsabilité médicale?
    Les humoristes vont avoir du pain sur la planche.

    Dr Remy Gries

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