Ebola au Congo : le scénario du pire se réalise

Butembo, le lundi 21 janvier 2019 - Le dernier rapport du ministère de la santé publique congolais, le 19 janvier, à propos de l’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en République Démocratique du Congo (RDC) fait état de 685 cas (dont 89 ces trois dernières semaines) dont 636 confirmés. Parmi eux, 416 sont décédés et 244 personnes ont été guéries. En outre, 142 cas sont en cours d’investigation. Au total, 62 000 personnes auraient bénéficié d’une vaccination, dont on ne connait pas, néanmoins, le niveau d’efficacité.Ces chiffres ne permettent pas d’appréhender parfaitement l’inquiétante évolution de la situation.

L’épicentre de l’épidémie se déplace

Déclarée début août dans la petite ville de Mangina, l’épidémie avait vu son épicentre se déplacer à Béni (100 000 habitants intra-muros). Désormais, les villes de Katwa (60 000 habitants) et Butembo (près d’un million de personnes) sont les deux principaux foyers de l’épidémie ayant rapporté 65% (58/89) des nouveaux cas confirmés enregistrés au cours des 21 derniers jours.

Parallèlement à l’élargissement de la zone touchée, les réticences à la riposte, classiques durant les épidémies d’Ebola, semblent également s’accroître.

Concernant Béni, Médecins sans frontières (MSF) signale que « la situation de tension liée aux élections présidentielles a encore restreint davantage l’accès de la population aux soins dans et autour de la ville de Beni, où plusieurs centres de santé ont été endommagés durant les manifestations. Cela rend plus difficile l’identification rapide de nouveaux cas d’Ebola car les centres de santé restants deviennent surchargés (…) Désormais, les habitants sont encore plus réticents à accepter les mesures de prévention et de contrôle de l’infection, telles que les enterrements dignes et sécurisés ou la décontamination des centres de santé et des maisons ».

Par ailleurs, selon le ministère de la santé de RDC, à Katwa, la grande majorité des contacts des nouveaux cas confirmés identifiés refusent la vaccination et le suivi. La réticence a même atteint un tel niveau que la coordination de la riposte contre Ebola ne peut plus se passer du soutien des forces de l’ordre.

D’autre part, le virus Ebola s’est répandu dans une dix-huitième zone de santé, dans la province du Nord-Kivu, celle de Kayina. Des investigations sont désormais en cours pour déterminer où a eu lieu la  contamination et identifier la chaîne de transmission.

Des mesures drastiques pour endiguer la propagation au reste du pays

Le coordonnateur de la riposte contre la maladie à virus Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et l’Ituri, le Dr Aruna Abedi, a annoncé des mesures pour empêcher la propagation de cette épidémie au reste de la RDC. Elles concernent notamment l’installation de points de contrôle épidémiologiques à la sortie et à l’entrée de certaines zones déjà touchées par Ebola pour surveiller les déplacements des personnes contagieuses.

Des centres plus « ouverts » pour retrouver la confiance

Dans ce contexte, MSF renforce également ses activités.
L’ONG a ainsi procédé à l’agrandissement du centre de traitement Ebola (CTE) de Butembo de 64 à 96 lits et à l’ouverture d’un nouveau CTE à Katwa.

« Nous avons conçu le centre de traitement de Katwa de manière à offrir le plus d’espace possible aux soins aux patients. Les grandes fenêtres permettent à nos patients de voir les visages des médecins et des infirmiers qui les soignent et de simplifier les visites des familles en rétablissant une partie de ce contact humain qu'il est difficile de maintenir dans les centres de traitement Ebola » explique le Dr Emmanuel Massart, coordinateur de projet pour MSF à Katwa, pour qui la confiance des populations est la condition sine qua non à une victoire contre Ebola.

Frédéric Haroche

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