Mortalité maternelle : les hémorragies obstétricales en baisse, les suicides en hausse

Paris, le jeudi 16 mars 2023 – La dernière enquête de Santé Publique France sur le sujet montre que la mortalité maternelle est relativement stable en France.

Tous les quatre jours, une femme enceinte ou une mère ayant accouché depuis moins d’un an meurt en France, soit environ 90 par an. Un phénomène rare mais particulièrement dramatique qui reste relativement stable ces vingt dernières années, comme le montre la 6ème édition de l’enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM). Couvrant la période 2013-2015, cette étude vient d’être publiée dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé Publique France (SPF).

Durant cette période, 262 femmes sont mortes avant le premier anniversaire de leur enfant, dont 196 moins de 42 jours après l’accouchement. Cela correspond à un ratio de mortalité maternelle (RMM) de 10,8 décès pour 100 000 naissances, soit légèrement supérieur à ce qu’il était lors des périodes 2007-2009 (10,3 décès) et 2010-2012 (10,3 décès). « Cette stabilité globale, décevante à première vue, doit cependant être considérée en prenant compte des évolutions du dispositif de surveillance qui tendent à augmenter le nombre de morts maternelles » précisent les auteurs de l’enquête. « Cette stabilité peut même être interprétée comme un bon résultat compte tenu de l’augmentation globale de la prévalence de la plupart des facteurs de risques de mortalité maternelle » que sont par exemple l’âge de la mère et l’obésité. « L’absence d’augmentation du RMM peut être aussi être interprétée comme la capacité du système de soins à contrebalancer ce niveau de risque accru ».

Baisse importante des décès par hémorragie obstétricale

L’enquête de SPF se penche d’ailleurs sur les différents facteurs de risque de mortalité maternelle. Sans surprise, l’âge des mères est un élément important : 28 % des mères étaient âgées de 35 à 39 ans au moment du décès (alors que cette classe d’âge ne représente que 18 % des naissances) et 12 % avaient plus de 40 ans (5 % des naissances). Ce sont les mères âgées de 25 à 29 ans qui sont les moins à risques (RMM de 5,9 pour 100 000 naissances, contre 24,2 pour les mères de plus de 40 ans). L’obésité est également un facteur de risque important : 24 % des femmes décédés étaient obèses, alors que seulement 12 % des femmes enceintes le sont.

Cette nouvelle édition de l’ENCMM souligne les importantes inégalités existantes entre les mères quant au risque de mortalité maternelle. Les mères provenant d’Afrique subsaharienne ont ainsi un RMM trois plus élevé que celles des mères nées en Europe ou en Afrique du Nord. Le taux de mortalité maternelle est également bien plus élevé en outre-mer qu’en métropole. On compte ainsi 48 morts pour 100 000 naissances à Mayotte et en Martinique, 30 en Guyane, 27 en Guadeloupe contre seulement 9 en Normandie et 8 en Nouvelle-Aquitaine.

L’étude des causes de mortalité de ces mères est particulièrement riche d’enseignement. Les décès par hémorragie obstétricale sont ainsi en forte diminution et ne constituent plus, pour la première fois depuis le lancement de cette enquête en 1996, la première cause de mortalité maternelle : seulement 22 mères sont mortes d’une hémorragie obstétricale entre 2013 et 2015, soit moins que par embolies amniotiques (28) ou par thrombo-embolies veineuses (23). « La diminution majeure de la mortalité par hémorragie obstétricale est un réel succès, la fréquence de cette cause de décès a été divisé par deux en dix ans » se réjouissent les auteurs de ce travail.

Le suicide des jeunes mères, un phénomène encore trop sous-estimé

Les deux premières causes de mortalité maternelle ne sont en réalité pas obstétricales : ce sont les maladies cardiovasculaires (36 décès en trois ans) et les suicides (35 morts). Encore une fois, cette hausse de la mortalité par suicide est essentiellement due à une nouvelle méthodologie et à un meilleur recensement des cas. Les mères se suicident en moyenne environ quatre mois après la naissance de leur enfant. Sans surprise, l’analyse des cas montre que les femmes qui se suicident présentent généralement des facteurs de vulnérabilité psychosociale (43 % des cas) et des antécédents psychiatriques (33 %). Une évolution du profil des causes qui « met en lumière de nouvelles priorités, en rappelant que la santé maternelle ne se limite pas à la sphère obstétricale » analysent les auteurs.

Enfin, il est estimé que 58 % de ces décès maternels étaient « évitables », c’est-à-dire qu’une modification du parcours de soins aurait pu éviter l’issue fatale. C’est notamment le cas de 91 % des décès par suicide. L’étude prend notamment l’exemple d’une femme morte par pendaison quatre mois après la naissance de son enfant et qui n’avait bénéficié d’aucun suivi psychiatrique alors qu’elle avait connu un épisode de dépression réactionnelle à la suite d’une fausse couche plusieurs années auparavant et présentait des signes de dépression après la naissance de son enfant. « Le risque de suicide dans l’année qui suit l’accouchement est encore trop méconnu et nécessite la sensibilisation et la formation de tous les professionnels engagés autour de la grossesse et du post-partum ainsi que des familles » concluent les experts.

Nicolas Barbet

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