Covid : l’ancien Premier ministre italien Giuseppe Conte dans le viseur des juges

Rome, le 28 mars 2023 – L’ancien Premier ministre italien Giuseppe Conte et un certain nombre d’officiels italiens sont visés par une enquête judiciaire pour leur gestion de la crise sanitaire, lors des toutes premières semaines de l’épidémie, en février et mars 2020.

Environ 3000 personnes sont mortes du Covid-19 en Italie en février 2020. Une période terrible, au cours de laquelle le virus s’était propagé à une vitesse sans pareille. En Italie, le souvenir des soldats transportant les corps des défunts dans les rues de Bergame est encore vivace.

Un peu plus de trois ans après, des magistrats italiens du parquet de Bergame ont décidé de mettre en examen plusieurs hauts fonctionnaires et officiels italiens, dont l’ancien Premier ministre Giuseppe Conte, notamment pour des actes de négligence.

Des hommes politiques et des médecins dans le viseur des juges

Dix-sept personnes d’horizons divers sont visées par cette enquête : des hommes politiques de niveau national, régional ou local, mais aussi des scientifiques. On retrouve notamment Giuseppe Conte, ex-Premier ministre, ainsi que son ministre de la Santé de l’époque, Roberta Speranza, mais également Attilio Fontana, gouverneur (encore aujourd’hui) de la région de Lombardie.

Deux anciens fonctionnaires italiens de l’OMS, Francesco Zambon et Ranieri Guerra, sont eux aussi concernés par cette investigation. Ce dernier est principalement accusé d’avoir postdaté le plan de lutte contre les pandémies de 2006 à 2017 pour faire face à la crise sanitaire. Le but était de le faire apparaître comme étant à jour alors qu’il ne l’était pas.

Plusieurs médecins ont également été mis en examen, comme le Pr Franco Locatelli, président du Conseil supérieur de la santé ou encore le Pr Silvio Brusaferro, président de l’Institut supérieur de la santé.

Des actes de négligence et le refus d’instaurer une « zone rouge »

Les magistrats italiens se concentrent essentiellement sur le refus du gouvernement italien et des autorités locales d’instaurer, du 3 au 9 mars 2020, une « zone rouge » dans les villes de Nembro et Alzano Lombardo, très touchées par l’épidémie. Plus précisément, ce sont les raisons qui ont motivé ce refus qui interrogent les juges italiens.

Ceux-ci ont effectivement mis la main sur des échanges et conversations, par courriel et SMS, entre Attilio Fontana et Giuseppe Conte, dans lesquels le gouverneur de Lombardie demande au Premier ministre de ne pas décréter la zone rouge par peur des retombées économiques dévastatrices que cela pourrait avoir sur cette région très dynamique.

D’autres manquements sont aussi reprochés : le Conseil scientifique italien aurait ainsi demandé de ne pas communiquer aux journaux les chiffres exacts de diffusion du virus. Il aurait de même exigé que les tests de dépistage ne soient réalisés que sur des patients symptomatiques…

Les associations de proches de victimes se disent soulagées

Une association de proches des victimes de Covid-19 a remercié le parquet de Bergame à la suite de la clôture de cette enquête. Celle-ci a déclaré que les magistrats avaient « identifié les responsabilités précises dans la gestion de la pandémie impliquant le secteur politique et institutionnel ». L’association a ajouté qu’elle s’était « toujours battue […] malgré l’omertà qui a toujours caractérisé cette histoire ».

Giuseppe Conte a quant à lui affirmé qu’il prévoyait « son immédiate disponibilité et coopération avec la justice ». L’affaire est désormais entre les mains du parquet de Rome, qui devra examiner le dossier et éventuellement renvoyer les accusés devant un tribunal. Une autre information judiciaire vient d’être ouverte, en parallèle, par le parquet de Brescia, également en Lombardie.

« Toutes ces procédures vont prendre du temps, beaucoup de temps, et cette affaire risque de finir en eau de boudin pour des raisons politiques », estime cependant Ivano Natoli, avocat pénaliste au barreau de Rome. Ce n’est donc que le début de cette affaire judiciaire, qui risque encore de durer de longues années.

Raphaël Lichten

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