Glyphotest : quarante-cinq plaintes déposées pour « mise en danger de la vie d’autrui »

Paris, le jeudi 14 février 2019 - Il y a près d’un an, le collectif des Faucheurs volontaires lançait une « campagne glyphosate ». Son principe : inciter les citoyens à faire mesurer leur taux de glyphosate dans leurs urines. En cas de résultats considérés comme signalant un risque pour la santé, les personnes concernées sont invitées à porter plainte contre le producteur de l’herbicide si controversé. C’est ainsi que ce 13 février, quarante-cinq plaintes ont été déposées pour « mise en danger de la vie d’autrui » devant le tribunal de grande instance de Toulouse, tandis que selon l’un des responsables de cette opération, « entre deux cent et trois cent personnes ont déposé plainte ou sont en train de déposer plainte en France ». Un chiffre qui pourrait être légèrement surévalué puisque toujours selon cette association, citée par Le Monde, sont aujourd’hui connus les résultats de quelques 150 premières analyses, qui assure-t-on seraient « inquiétants ».

Une comparaison avec l’eau potable peu opérante

L’interprétation des résultats obtenus après un glyphotest, notamment pour déterminer l’existence d’un risque pour la santé, est particulièrement délicate pour de nombreuses raisons. On rappellera notamment que « pour le glyphosate urinaire, il n’existe pas de valeur biologique d’interprétation (VBI) pour le milieu de travail ni de VBI issue de la population générale » comme le signale l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). Cette absence de VBI, qui pourrait être considérée à certains égards comme une lacune réglementaire regrettable, s’explique cependant en partie par le fait que les recherches de substances dans les urines ne sont pas toujours les plus signifiantes. En effet, comme le rappelait le blog Projet Utopia : « L’urine étant un concentré de déchets, la quantité de substances dont le corps se débarrasse y est nettement plus concentrée que lors de l’absorption (…). Le fait qu’on en retrouve dans l’urine indique que le glyphosate est évacué, tant mieux (d’ailleurs, on considère qu’il est totalement évacué et ne s’accumule pas)». Dès lors, la comparaison avec les valeurs fixées pour l’eau potable, qui est celle faite par l’association Faucheurs volontaires, n’apparaît guère pertinente. Le blog développe ce point : « La quantité de pesticide au litre d’urine n’est absolument pas comparable à la quantité de pesticide dans l’eau potable (…). La valeur de 0,1 µg/L de la CMA (Concentrations maximales admissibles dans l’eau du robinet, ndrl) est une valeur générique. (…)  La CMA est une valeur administrative, qui permet d’enclencher des directives de vérifications et d’assainissement si besoin (…). Cela ne sous-entend pas de risque sanitaire, et n’implique pas d’interdiction de l’eau. La valeur sanitaire, elle, est donnée par la Vmax (limite au-delà de laquelle la consommation de l’eau est interdite), et celle du glyphosate est 9 000 fois supérieure à la CMA (900 µg/L). Dans l’étude menée par Générations Futures la valeur la plus forte de glyphosate dans les urines était de 2,89 ng/ml (soit 2,89 µg/l). C’est 311 fois inférieur à la Vmax. Un dépassement de la Vmax dans les urines n’indique pas non plus un risque, puisqu’il faut connaître la quantité de glyphosate avalée au litre ».

Un dossier empoisonné pour la justice

Dès lors, on le voit, les résultats de « glypghotests » pourraient constituer devant la justice une preuve bien faible pour préjuger d’un quelconque risque et ce d’autant plus qu’on le sait, il existe une large controverse sur le caractère cancérigène du glyphosate. Si, s’appuyant sur de nombreuses études, la plupart des agences sanitaires a conclu à l’absence d’effet cancérogène, le CIRC a pour sa part classé la substance parmi les cancérogènes probables. Récemment, la publication de travaux (consistant à une nouvelle analyse de données existantes) signalant une légère augmentation du risque de lymphome non hodgkinien chez des populations les plus fortement et les plus longuement exposées au glyphosate, des données que les auteurs invitent eux-mêmes à interpréter avec prudence, pourrait conforter les plus inquiets mais ne facilitera sans doute pas le travail des juges.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Aucun décès ne peut lui être imputé avec certitude

    Le 16 février 2019

    Il y en aurait des plaintes à déposer : contre les automobilistes et plus généralement tous les constructeurs d'engins motorisés ; contre les vendeurs de sodas et plus généralement tous les producteurs de sucre ; contre les stations de ski, les marchands de parachutes, les fédérations de rugby, de boxe, de fléchettes...

    Décidément, de tous les dangers qui menacent notre espérance de vie, la moindre est encore le glyphosate auquel, après des décennies d'un usage mondial immodéré, aucun décès ne peut être imputé avec certitude...

    Dr Pierre Rimbaud

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