Rétablir la vérité sur l’affaire Séralini : le travail d’un journaliste salué par l’Académie d’Agriculture

Paris, le jeudi 14 février 2019 – Pour beaucoup d’observateurs, ce que certains connaissent sous le nom d’affaire Séralini est un exemple de transmission dévoyée de l’information scientifique, tant en ce qui concerne la teneur de l’information que sa méthode de diffusion. On se souvient en effet qu’en 2012, des rats présentant des tumeurs très volumineuses avaient fait la Une du Nouvel Observateur qui titrait sur le « poison » que constitueraient les OGM. L’hebdomadaire avait obtenu l’exclusivité pour publier les résultats d’une étude conduite par l’équipe de Gilles-Eric Séralini qui affirmaient que des rats nourris par du maïs transgénique modifié pour tolérer un herbicide (en l’occurrence du Roundup) présentaient un risque très augmenté de développer des tumeurs mortelles. Très vite, les biais de l’étude avaient été dénoncés par une très grande partie de la communauté scientifique conduisant au retrait de la publication (et pas seulement en raison de possibles pressions de Monsanto). Parallèlement, la méthode utilisée par Gilles-Eric Séralini interdisant aux journalistes la consultation d’experts extérieurs pour pouvoir avoir accès aux données de l’étude avait suscité de nombreuses réticences.

Invalidation six ans plus tard

Cependant, les résultats du biologiste avaient néanmoins alerté les autorités sanitaires et une vaste étude internationale financée par l’Union européenne a été lancée. Les résultats de cette dernière ont été récemment dévoilés et sont rassurants : il ne semble pas exister chez le rat nourri par des OGM transgéniques de risque accru de développer une tumeur. Nous l’avions remarqué, la presse qui avait largement relayé les résultats présentés dans le Nouvel Observateur en 2012 a été beaucoup plus discrète ce printemps et cet automne pour présenter les données solides de l’étude européenne. Certains, néanmoins, s’y sont attelés. Le journaliste Sylvestre Huet, dont le blog Sciences au carré jouit d’une large audience et d’une belle notoriété a ainsi publié un long article le 11 décembre dernier. Cette présentation détaillée des résultats des expériences financées par l’Union européenne et la France pour « répondre aux questions posées par l’étude de Gilles-Eric Séralini » comme l’explique le journaliste a été saluée pour sa rigueur et sa transparence par l’Académie d’Agriculture. Cette dernière a en effet décerné ce 13 février un prix au journaliste, prix destiné à promouvoir l’information scientifique du grand public.

Mute news

La cérémonie de réception a été l’occasion pour Sylvestre Huet d’insister sur plusieurs points essentiels concernant la transmission de l’information scientifique. Il a ainsi rappelé son refus systématique de relayer des données sans avoir eu accès aux résultats publiés : c’est ce qui a expliqué son silence au moment de la médiatisation des travaux de Gilles-Eric Séralini en 2012 et ce qui l’a conduit à attendre la fin 2018 pour détailler les résultats de l’étude européenne (qui étaient pourtant en partie dévoilés dès le printemps). Par ailleurs, en dépit du travail d’information qu’il a pour sa part conduit, le journaliste doute que « l’état de l’opinion publique » soit sur la question de la dangerosité des OGM « très différent de 2012. En tous cas, il n’apparaît pas que la presse, en général, mais aussi les propos des responsables politiques, l’aient aidé à prendre connaissance de ce que le processus scientifique normal a produit. C’est pourquoi je ne suis pas mécontent de voir l’Académie d’agriculture remarquer mon travail d’information sur le sujet » a-t-il conclu (avant de prendre soin d’ajouter que s’appuyant sur de multiples travaux, il a par ailleurs toujours été convaincu de la « nécessité de trouver des solutions pérennes » pour utiliser moins d’herbicide en raison de leur effet délétère sur la biodiversité).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Pour être équitable...

    Le 14 février 2019

    ... il faudrait faire mention aussi de la réponse du professeur Séralini à Sylvestre Huet :
    https://reporterre.net/A-nouveau-attaque-le-professeur-Seralini-repond-a-ses-detracteurs

    Jean-Claude Gomel

  • Professeur Seralini

    Le 18 février 2019

    Je note que l'article en question n'emploie jamais le terme de Professeur parlant du biologiste mis en cause. Cela lui confèrerait-il trop de poids face à l'institution?


    Gilles Ducatel (Pharmacien)

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