Crack à Paris : le gouvernement choisit la manière forte

Paris, le jeudi 6 octobre 2022 – L’évacuation du camp de consommateurs de crack de la Porte de la Villette n’a pas totalement rassuré les riverains et les élus locaux.

Mille policiers et gendarmes mobilisés pendant 24 heures, des pelleteuses en action, 39 interpellations et un ministre de l’Intérieur venu assister lui-même aux opérations : l’évacuation du camp de consommateur de crack du square Forceval ce mercredi matin a été une opération policière de grande ampleur, « un moment important pour l’ordre public rétabli à Paris » a commenté Gérald Darmanin.

Tout au long de la journée, les forces de l’ordre se sont activées pour détruire les installations de fortune mises en place par les « crackers » tandis que les professionnels envoyés par l’Agence régionale de Santé (ARS) ont pris en charge une partie des toxicomanes présents sur place.

Ce square, situé à la jonction des villes de Pantin et d’Aubervilliers et du XIXème arrondissement de Paris, accueillait depuis le 24 septembre 2021 un camp regroupant environ 400 toxicomanes et constituait une « scène ouverte » de consommation et de trafic. Si la préfecture de police avait promis plusieurs fois de l’évacuer, c’est sans doute l’agression médiatisée d’un homme de 92 ans par un consommateur de drogue au début du mois qui a accéléré les choses.

Comment éviter la formation d’un nouveau camp de toxicomanes ?


La grande question est désormais de savoir s’il s’agira d’un « démantèlement définitif » comme l’a promis le ministre, ou si les toxicomanes finiront par se regrouper en un autre point du nord-est parisien, qui subit les ravages du crack depuis une trentaine d’années. Depuis l’évacuation de la « colline du crack » en 2019, les toxicomanes errent en effet d’un lieu à un autre et les opérations de police se succèdent. La création du camp de crackers de la porte de la Villette faisait d’ailleurs suite à l’évacuation d’un autre regroupement rue Riquet.

Si la place Beauvau a assuré que les forces de l’ordre seraient mobilisées pour éviter tout nouveau rassemblement, les associations et les élus locaux se montrent perplexes. « Dans quelques mois on les reverra dans les halls d’immeuble » prédit Marie Debrus, référente toxicomanie chez Médecins du Monde, tandis que le maire de Pantin Bertrand Kern craint que « cette évacuation mal préparée, avec des moyens sanitaires sous-évalués, entraine une reconstitution du camp une fois les forces de l’ordre démobilisées ».

Une réponse sanitaire insuffisante


L’évacuation du squat de toxicomanes a également relancé les tensions entre le gouvernement et les élus locaux, qui se rejettent régulièrement la responsabilité de la crise du crack à Paris et ne parviennent pas à s’accorder sur la politique à mener. Les maires de Pantin et d’Aubervilliers indiquent ainsi ne pas avoir été prévenus de cette opération. Adjointe à la mairie de Paris chargée de la santé, Anne Souyris ne mâche pas ses mots et parle d’une opération « pas à la hauteur, dérisoire et à côté de la plaque ». « Qui peut croire que cela va régler un quelconque problème ? » ajoute-t-elle.

Au-delà des querelles politiques, cette opération de police montre que le gouvernement semble avoir décidé de privilégier la méthode policière à la voie sanitaire pour régler le problème de la toxicomanie. Si 71 personnes ont été prises en charge par des structures d’accueil à la suite de l’évacuation, la réponse sanitaire est néanmoins jugée insuffisante par la plupart des associations d’aide aux toxicomanes.

Le gouvernement avait certes promis en septembre 2021 de créer de nouvelles salles de consommation supervisée, rebaptisées « haltes soins addiction », mais la plupart des projets sont au point mort face à l’hostilité des habitants. « Derrière la réponse sécurité quelle est la réponse sanitaire pour les toxicomanes ? » s’inquiète Karine Franclet, maire d’Aubervilliers.

Grégoire Griffard

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