« En parler, c’est déjà se soigner » : une campagne inédite dédiée à la santé mentale

Paris, le mercredi 7 avril 2021 – A la différence de la Grande-Bretagne, les autorités sanitaires françaises n’ont pas une importante expérience de la communication grand public autour de la santé psychique. La lutte contre la stigmatisation, les messages dédiés à la prévention et au repérage, ainsi que la médiatisation des différents dispositifs d’aide sont rares et reposent plus certainement sur des initiatives isolées qui ne disposent pas nécessairement de moyens élargis pour toucher une proportion importante de la population.
Dégradation nette de la santé mentale par rapport à la période précédant l’épidémie

L’épidémie de Covid et la dégradation de nombreux indicateurs de la santé psychique ont conduit les autorités sanitaires à une réelle prise de conscience de cette lacune. « Bien que la question de la santé mentale ait beaucoup émergé ces derniers mois du fait de la crise sanitaire, ce sujet reste encore méconnu et tabou pour de nombreux Français », reconnaît ainsi Santé publique France dans un communiqué publié hier. De nombreux signaux nécessitaient de sortir de ce relatif silence. En effet, l’enquête CoviPrev, qui depuis le début de la pandémie scrute les états anxieux et dépressifs, a mis en évidence que la proportion de personnes se déclarant satisfaites de leur vie est inférieure de neuf points par rapport à la période ayant précédé l’épidémie. La part de Français paraissant souffrir d’un état dépressif est également supérieure de 10 points, concernant 20 % des répondants. On note de la même manière une hausse des Français présentant un état anxieux (+7,5 points) et des problèmes de sommeil au cours des huit derniers jours (65 % des Français concernés + 16 points). Enfin, 9 % des Français ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année, soit quatre points de plus qu’avant l’épidémie.

Des dispositifs de soutien ignorés

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont déployé différents outils, notamment la mise en place d’un numéro vert. Cependant, faute d’une médiatisation adaptée, ces dispositifs sont largement méconnus du grand public : « seulement 17 % des personnes interrogées savaient que le 0 800 130 000 donne accès à un service de soutien psychologique alors que 37 % se disaient intéressées par une ligne téléphonique d’aide ou d’écoute pour les personnes anxieuses et dépressives et 43 % s’estimaient mal informées sur les symptômes, causes et traitements de l’anxiété et de la dépression » indique Santé publique France.

Scènes de la vie (confinée) ordinaire

C’est donc à un double objectif, dédramatiser les symptômes anxieux qui peuvent être ressentis actuellement par beaucoup et signaler l’existence de dispositifs d’aide, que répond la campagne lancée hier par Santé publique France. Elle repose notamment sur trois petits clips, s’adressant aux jeunes générations, aux adultes et aux plus âgés. Les vidéos mettent en scène des dialogues (par messagerie interposée) où s’exprime la sensation d’épuisement, de solitude ou de désintérêt. Le message qui ponctue ces petites scènes tient à rappeler d’une part la « normalité » de ces sentiments et d’autre part la possibilité d’en parler sans crainte, d’autant plus que cela constitue une première marche vers un mieux-être.

Une première étape importante

Initiative louable, le dispositif pêche cependant par quelques bémols probablement en partie liés au manque d’expérience et à l’urgence. Les messages que l’on peut voir en Grande-Bretagne sont ainsi souvent bien plus percutants. En outre, on relève une forme de décalage (qui pourrait être mal appréhendé) entre les situations très quotidiennes (une grand-mère se plaignant de ne pas voir ses petits-enfants, une femme s’inquiétant de ne pas avoir le temps de finir un dossier) et l’utilisation du terme « se soigner » qui renvoie à un état pathologique. Il s’agit néanmoins d’une première remarquable dont on espère qu’elle inaugurera au-delà de l’épidémie une tendance de fond pour une communication plus directe et plus fréquente sur la souffrance mentale, encore trop souvent passée sous silence dans notre pays.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Un bémol

    Le 11 avril 2021

    Le très gros bémol c’est qu’il n’y a plus de professionnels susceptibles d’accueillir ces petites et grandes souffrances.
    L’appauvrissement est global tant en libéral qu’en public.
    C’est la France, on ne s’inquiète souvent des problématiques de fond que devant le constat effectif de ce qui avait été annoncé il y a 20 ans.

    Dr Pascal Bourdon

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