« Pratiques de soins non conventionnelles » : l’Ordre veut remettre de l’ordre

Paris, le mardi 27 juin 2023 – L’Ordre des médecins consacre un rapport aux « pratiques de soins non conventionnelles » (PSNC) en France.  Sous ce vocable fourre-tout, l’Ordre regroupe « médecine traditionnelle », « médecines alternatives », « médecines complémentaires », « médecines naturelles » ou encore « médecines douces ». Il exclut néanmoins de son champ de réflexion l’acupuncture et l’ostéopathie.

Bien qu’il soit « difficile d’évaluer aujourd’hui l’ampleur du recours aux PSNC dans la mesure où on ne peut pas les lister réellement » comme le reconnaît l’institution ordinale, elle se risque à un état des lieux. Elle rapporte que 400 (!) disciplines de PSNC sont répertoriées par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), que dans le monde 80 % de la population a recours à de la « médecine traditionnelle ». Voilà pour le monde, mais le pays de Descartes est loin d’être épargné : 71 % des Français ont déjà eu recours à une PSNC, 20 % des dossiers traités par le CNOM concernent ces pratiques ainsi que 70 % des signalements à la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Fait particulièrement inquiétant, on observe que 60 % des personnes ayant recours à ces médecines alternatives sont atteintes d’un cancer.

La Covid a profité aux charlatans

L’Ordre attribue l’essor des PSNC à la pénurie d’offre de soins, à l’influence de la crise sanitaire, à la « mouvance bio » et à l’offre des formations en bien-être et développement personnel.

Concernant la Covid, l’Ordre note : « l’emballement médiatique durant la crise sanitaire, les prises de paroles d’ «experts» autoproclamés du Covid-19 et de scientifiques aux positions contradictoires, et l’incertitude autour de l’évolution de cette pandémie : tout cela a contribué à une certaine méfiance de la population envers la médecine conventionnelle, favorisant ainsi le détournement de certains patients vers les PSNC. Certains professionnels se sont alors adaptés aux restrictions imposées par la crise sanitaire en créant de nombreux sites Internet proposant des PSNC, en surfant sur les réseaux sociaux pour les promouvoir massivement, en proposant des « téléconsultations » à distance. Toutes ces modalités leur ont permis de toucher un public plus large. »

L’Ordre pointe aussi la floraison de diplômes universitaires dans ces domaines (DU en médecine traditionnelle chinoise, en auriculothérapie ou formations complémentaires en médecine anthroposophique). Il entend aussi se rapprocher de la conférence des doyens pour l’alerter de cette situation problématique à double titre : « Le non-professionnel de santé peut en effet indiquer sur sa plaque professionnelle ou son site Internet qu’il a validé un diplôme en faculté de médecine, créant ainsi une confusion pour les patients, le médecin peut également proposer cette PSNC à ses patients, alors qu’aucune validation scientifique n’a été actée ». L’Ordre alerte également sur la multiplication des formations disponibles par le CPF qui promettent d’accéder à un statut de professionnel du bien-être qui frisent la charlatanerie.

Dans la même veine, l’Agence nationale du DPC (ANDPC) a annoncé, hier, avoir signé une convention de partenariat, afin de poursuivre leur action initiée en 2017, visant à garantir une offre de DPC « exempte de dérives thérapeutiques ».

En association avec la Miviludes, l’Ordre pointe aussi le risque de dérive sectaire que recèlent les PSNC.

En porte à faux de l’OMS ?

Dans ce contexte, l’Ordre appelle à un meilleur encadrement par la loi des formations « bien-être » et en développement personnel, demande au législateur de prendre une disposition dans le Code de la santé publique réservant aux seules professions médicales le  terme « médecine », auprès du public.

En conclusion, l’Ordre tempère cependant et ne veut pas se montrer anti-PSNC par principe et souligne : « il est nécessaire de faire le tri entre des pratiques dangereuses pour la santé des patients et celles qui peuvent présenter un intérêt dans l’accompagnement du malade et restreinte au seul domaine du bien-être ».

Notons, pour finir, que l’Ordre aura fort à faire en la matière dans un monde où l’OMS a fondé, en 2022 le « Centre mondial de médecine traditionnelle » dont l’objectif affiché est de « maximiser le potentiel des médecines traditionnelles grâce à la science et à la technologie modernes ».


Pour en savoir plus : https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/pratiques-soins-conventionnelles

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Pratiques de soins non conventionnelles

    Le 02 juillet 2023

    Il est nécessaire de faire le tri entre des pratiques dangereuses pour la santé des patients et celles qui peuvent présenter un intérêt dans l’accompagnement du malade et restreinte au seul domaine du bien-être ». dixit L'Ordre des médecins.
    C'est la meilleure réponse et elle permet d'apaiser le débat, comme je le suggérais dans un précédent article sur le même sujet.

    JP OLU, MK retraité

  • Il est...

    Le 02 juillet 2023

    ... plus que temps !

    Pr émérite André Muller

  • Apprendre de l'histoire de la médecine

    Le 05 juillet 2023

    On comprend l'esprit de la demande mais c'est oublier la réalité. Et la réalité veut que tout traitement, y compris les plus officiels, peuvent être inefficaces, ou dangereux. Et ce n'est pas un problème de vérité statistique agréée par le pouvoir, pour un malade, qui lui est unique, qui présentera, des effets secondaires graves ou un effet thérapeutique faible, médiocre, ou inefficace (par exemple avec des traitements anti-cancéreux) qui risque d'atténuer le sentiment ressenti par le patient ou son, selon, courroux vis à vis de la médecine officielle.
    Il serait préférable de laisser la liberté aux patients de choisir, et simplement d'informer le patient que ce traitement n'est pas agrée.
    L'histoire même de la médecine, et les changements de vérité constatés au fil du temps, des époques, devrait rendre modestes les autorités médicales. C'est l'inverse qui se produit. Même dans ce domaine, la liberté recule. Reste une question essentielle : vaut-il mieux douter ou avoir des certitudes, en médecine ?

    Dr C Trape

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