« Syndrome de la Havane » : la CIA innocente les puissances étrangères

Washington, le jeudi 20 janvier 2022 – Selon un rapport préliminaire de la CIA, le mal mystérieux qui touche les diplomates et espions américains ces dernières années ne serait pas dû à une attaque étrangère.

Cela a commencé comme un roman de John Le Carré et pourrait finir comme une banale consultation chez le médecin du travail. Selon les conclusions préliminaires d’une enquête de la CIA que le New York Times a réussi à se procurer, le « syndrome de la Havane » ne serait vraisemblablement pas lié à un complot ourdi par des forces étrangères occultes. Ce mal mystérieux, qui touche les diplomates américains et agents de la CIA en poste à l’étranger, avait été détecté pour la première fois en 2016 parmi le personnel de l’ambassade américaine à Cuba, d’où son nom. Depuis, d’autres cas avaient été signalés chez des agents américains ou canadiens en poste au Vietnam, en Chine, en Russie ou en Autriche.

La thèse de l’attaque russe aux micro-ondes

Les personnes touchées souffrent notamment de maux de tête, de nausées, de vertiges et pour certains de lésions cérébrales. Certaines victimes rapportent avoir entendu des bruits étranges avant le déclenchement des symptômes. Si aucun chiffre officiel n’a fuité, on compterait 200 victimes. Les réactions face à cette affaire ont beaucoup varié : en 2017, le président Donald Trump avait rappelé la majeure partie des diplomates en poste à Cuba face à l’explosion des cas, mais son administration avait par la suite plutôt eu tendance à minimiser le phénomène. L’équipe du président Joe Biden avait au contraire pris l’affaire avec sérieux. Un haut responsable de la CIA accusé d’avoir traité l’affaire à la légère avait été licencié en septembre dernier, tandis que le Congrès avait voté une loi pour indemniser les victimes.

Si aucun responsable américain ne s’était aventuré sur le sujet depuis, certains indiquaient officieusement que cette « épidémie » pourrait être dû à une attaque étrangère. La Russie, qui aurait utilisé une arme secrète à micro-ondes, faisait office de coupable idéal. Le fait que la plupart des cas aient été reportés dans des pays hostiles aux Etats-Unis (comme Cuba ou le Vietnam) alimentait la rumeur et on évoquait notamment une possible précédente attaque aux micro-ondes contre le personnel de l’ambassade américaine à Moscou datant des années 1960.

La compassion, une seconde nature pour la CIA

La conclusion de la « task force » mise en place à la CIA pour éclaircir le mystère est donc toute autre. Selon le service d’espionnage, la très grande majorité des cas serait tout simplement dû à des maladies non-diagnostiqués, des causes environnementales ou au stress que connaissent sans surprise les agents de la CIA. Un responsable de la CIA qui a gardé l’anonymat considère que le retentissement de l’affaire a créé une certaine paranoïa, poussant des centaines d’agents à rapporter des troubles médicaux mineurs ce qui a compliqué encore un peu plus l’enquête de la CIA.

Cette conclusion n’est cependant que partielle et le directeur de la CIA, William Burns, a précisé ce mercredi que l’enquête allait se poursuivre, environ 25 cas restant encore non-élucidés. Des investigations qui seront placé selon lui sous le sceau de « l’analyse rigoureuse et de la compassion » (on ignorait que la CIA était connue pour sa compassion). Les victimes du « syndrome de la Havane » ont exprimé leur déception face aux premiers résultats de l’enquête et restent convaincus que leur mal est dû à une attaque malveillante. Marc Polymeropoulos, un agent de la CIA qui a développé des symptômes après une mission à Moscou, a appelé sa direction à poursuivre les investigations. « On a mis 10 ans à retrouver Oussama Ben Laden, nous devons faire preuve de patience » rappelle-t-il. Etablir un diagnostic peut parfois s’avérer aussi difficile que de traquer un dangereux terroriste.

Nicolas Barbet

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