A défaut de la rougeole, éradiquons la rubéole !

L’éradication, disparition mondiale de la transmission d’un agent infectieux (et de la maladie qu’il provoque), constitue la forme ultime de lutte contre une maladie infectieuse après le contrôle et l’élimination (disparition d’une région). Cela est envisageable pour une infection de  transmission interhumaine exclusive et si la méthode d’éradication ne perturbe pas le système de santé des pays et d’autres programmes de santé important. C’est le cas de la vaccination, généralement associée à d’autres actions de santé publique.

Forte du succès de l’éradication de la variole, certifiée en 1980, l’assemblée mondiale de la santé approuvait en 2012 un plan de vaccination visant l’éradication de la poliomyélite, de la rougeole et de la rubéole ainsi que l’élimination du tétanos maternel et néonatal (TMN) en... 2020.

Des batailles perdues mais pas la guerre

Force est de constater que ces buts ne sont pas atteints. Même s’il ne reste que trois pays endémiques pour la polio et que le TMN a beaucoup régressé, la rougeole, un temps éliminée des Amériques, est revenue en force en 2019, flambant dans le monde entier et obligeant les spécialistes de l’éradication de l’OMS à revoir encore les objectifs*.

Bien plus contagieuse que la rubéole, la rougeole nécessite pour ne plus circuler dans une population un taux d’immunité collective (après deux doses vaccinales) de 92-94 % tandis que la transmission du virus rubéoleux cesse dès 83-85 % de sujets vaccinés (à une dose) et la vaccination universelle des enfants contre la rubéole est proche. Si "techniquement", ces deux fièvres éruptives peuvent être éliminées ensemble car vaccin et surveillance sont communs, le contexte n’est pas propice pour l’élimination de la rougeole du fait de l’insuffisance des ressources allouées et dans certains pays d’un  manque de volonté politique.

Obligation pour le voyageur

L’OMS a donc changé son fusil d’épaule pour viser l’éradication de la rubéole, couplée avec les derniers efforts engagés pour celle de la polio (jugée imminente). La lutte contre la rougeole devient quant à elle un indicateur de la solidité des systèmes de santé et la vaccination un moyen de renforcer les zones chroniquement mal desservies, la deuxième dose ROR pouvant être administrée en même temps que d’autres interventions sanitaires.

Enfin le groupe spécial pour l’éradication des maladies de l’OMS conseille d’exiger la vaccination anti-rougeoleuse pour les voyages internationaux et plaide pour le développement rapide d’une innovation très prometteuse, le patch à microaiguilles thermostable. Sans oublier la lutte contre les idées reçues qui ne sera pas la bataille la plus simple.

*https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/WER9507-eng-fre.pdf

Dr Blandine Esquerre

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