Accès universel aux vaccins : l’argent ne suffit pas

Paris, le mardi 23 février 2021 – A l’issue d’un nouveau sommet du G7 ce week-end, des sommes très importantes ont été promises pour accélérer l’accès des pays les plus pauvres à la vaccination contre la Covid. Les Etats-Unis ont ainsi annoncé verser 4,3 milliards de dollars au dispositif Covax mis en place par l’ONU pour permettre aux états les moins favorisés d’immuniser leur population. L’Allemagne a de son côté indiqué que sa contribution s’élèvera à 1,5 milliard de dollars, tandis que celle de l’Union européenne atteindra un milliard.

Les vaccinations réservées à une toute petite partie de la population mondiale

Ces engagements sont censés manifester la prise de conscience par la communauté internationale des inégalités majeures entre les pays du Nord et ceux du Sud.

Ainsi 45 % des injections administrées à ce jour l’ont été dans les pays du G7 qui ne concentrent pourtant que 10 % de la population mondiale. « Dix pays seulement ont administré 75 % de tous les vaccins COVID-19. Pendant ce temps, plus de 130 pays n’ont pas reçu une seule dose », a encore déploré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres qui exhortait à la veille du G7, les leaders mondiaux à s’emparer sans attendre de cette question, alors que la vaccination dans les pays pauvres représente également une garantie d’une lutte plus efficace contre la pandémie et donc un défi pour la protection des plus riches.

Quand le nationalisme vaccinal est plus fort que l’argent

Pour autant, hier, le patron de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus qui a multiplié les prises de position sur le sujet ces dernières semaines, se montrait dubitatif quant à la portée des efforts dont se sont félicités les membres du G7. « Avoir l’argent ne veut rien dire si vous ne pouvez pas l’utiliser pour acheter des vaccins », a en effet commenté le directeur de l’OMS. Or, ce dernier dénonce les entraves engendrées par les attitudes nationalistes de certains états riches, en ce qui concerne leur politique d’approvisionnement en vaccins. « Nous pouvons seulement livrer des vaccins aux pays membres de Covax si les pays riches coopèrent en respectant les contrats passés par Covax », a ainsi développé Tedros Adhanom Ghebreyesus qui de façon plus claire encore a accusé un certain nombre de pays (mais sans les citer) de « saper » le dispositif Covax. « Quelques états riches sont actuellement en train d’approcher les fabricants pour s’assurer l’accès à des doses de vaccins supplémentaires contre le coronavirus, ce qui a un effet sur les contrats avec Covax ».

0,43 % des doses commandées par les Etats-Unis et l’Europe pour vacciner 13 millions de soignants africains

Dans ce cadre, l’idée d’allouer 5 % des doses achetées par les Etats-Unis et l’Europe aux pays africains, soutenue par le Président de la République, Emmanuel Macron mais qui n’a pas été retenue par le G7 aurait sans doute représenté un engagement plus en phase avec les attentes des responsables du Covax. Aussi, ces derniers doivent-ils aujourd’hui se contenter d’espérer que la suggestion du président français de délivrer 13 millions de vaccins européens et américains pour la vaccination des soignants africains (ce qui représente « 0,43 % des doses que nous avons commandées » a signalé Emmanuel Macron) soit suivie d’effets. De même, la promesse de la Grande-Bretagne de faire don de ses vaccins surnuméraires est une perspective positive.

Suspendre les licences

Mais pour beaucoup et notamment au sommet de l’ONU, ces opérations internationales de charité seraient inutiles si, comme Emmanuel Macron le préconisait au printemps, le vaccin était réellement un bien commun universel. Si le Président français ne se risque plus à user d’une telle formule aujourd’hui, d’autres militent activement dans ce sens. Le patron de l’OMS et le secrétaire général de l’ONU ont ainsi multiplié les déclarations contre le « nationalisme vaccinal ». Leur faisant écho, une centaine d’experts du monde médical viennent de signer dans le Monde une tribune appelant à une « mutualisation de toutes les technologies validées pour essaimer la production à l’échelle européenne, à notre porte, et à l’échelle mondiale ». Les auteurs, parmi lesquels le président du comité d’éthique de l’Inserm, Hervé Chneiweiss, le président de Médecins du Monde, Philippe de Boton, le patron de l’Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux ou encore l’épidémiologiste et membre de l’Académie nationale de médecine Alfred Spira rappellent d’abord, eux aussi, que l’accès à la vaccination des pays pauvres est une condition de la réussite de la lutte contre l’épidémie. Dès lors, plaident-ils pour une suspension des brevets. « Une fois assurée la suspension des brevets, on dispose des plates-formes montées par l’OMS pour mutualiser et distribuer ces technologies à l’échelle mondiale. On dispose également de l’expérience du Medicines Patent Pool administré par Unitaid depuis plus de dix ans pour étendre la production de médicaments génériques, notamment contre l’épidémie de VIH/sida. Dès lors que toutes les restrictions découlant des droits de propriété intellectuelle sont levées, l’Union européenne et les États disposent de l’autorité pour recenser les sites industriels habilités à recevoir une telle production. Il importe de rappeler que les contrats de précommande des vaccins prévoient cette possibilité en cas de difficultés des laboratoires à satisfaire la production des vaccins », détaillent-ils. Un tel projet est soutenu sans nuance par l’OMS, mais même si les Etats-Unis ont récemment annoncé, à grand renfort de médiatisation, leur retour dans cette instance, il est peu probable qu’ils soient sensibles à cette préconisation. Pas plus que de nombreux pays de l’Union européenne.

Aurélie Haroche

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