Agnès Buzyn appelle à une meilleure « responsabilité collective autour des arrêts de travail »

Paris, le jeudi 30 août 2018 - L’indemnisation des arrêts de travail s’impose comme un des sujets de cette pré-rentrée. D’abord, l’idée d’un transfert d’une partie du coût engendré par les arrêts maladie de courte durée aux entreprises a provoqué un tollé au sein du patronat. Du côté des professionnels de santé et des spécialistes de l’économie de la santé, on rappelait qu’il était difficile de déterminer la part de responsabilité des entreprises dans la hausse des arrêts maladie. Si la progression de l’épuisement professionnel peut être en cause, l’augmentation de l’âge des actifs et un recours à la médecine aujourd’hui plus fréquent qu’hier sont également des pistes à ne pas négliger. Puis, les déclarations rassurantes du Premier ministre concernant l’absence brutale de changement et d’implication des entreprises ont apaisé le patronat, mais quelque peu froissé les médecins, redoutant toujours d’être désignés comme les responsables de la hausse des arrêts maladie et à l’origine d’un nombre important d’arrêts de complaisance.

15 % d’abus

Hier, le ministre de la Santé, invitée sur les ondes de Radio Classique n’a pas voulu souffler sur les braises. Néanmoins, elle a tenu à rappeler que les responsabilités étaient collectives et que l’absence de participation de certains ne permettait pas toujours d’appréhender cette réalité. « Est-ce que la Sécu est là pour payer des arrêts de travail extrêmement coûteux qui augmentent de façon incompréhensible ? » s’est-elle interrogé avant de relever : « Il y a quelqu'un qui paye pour tout le monde, c'est la Sécu. Le médecin prescripteur, ce n'est pas lui qui paye, une entreprise s'en fiche quelque part […] puisque ce n'est pas elle qui paye ! ». Dès lors sans vouloir désigner aucun coupable en particulier, le ministre de la Santé estime qu’une réforme du système est nécessaire afin que se dessine une « meilleure responsabilité collective autour des arrêts de travail ». Les déclarations du ministre laissent deviner qu’elle considère que cette évolution doit passer par une plus grande justification des arrêts. Elle rappelle en effet que les contrôles font apparaître que « 15 % des arrêts sont inappropriés, sont des abus ». Il est possible que cette mention suscite de nouvelles crispations chez certains.

Hôpitaux de proximité : pas de fermeture, mais…

Cette interview accordée à Radio Classique a été par ailleurs l’occasion pour le ministre de confirmer que la réforme très attendue du système de santé serait bien présentée à la fin du mois de septembre. Elle s’appuiera sur un large consensus de l’ensemble des médecins a promis le ministre. Concernant le sort des hôpitaux de proximité au sujet desquels ses déclarations ont pu être considérées comme contradictoires ces derniers mois, elle a précisé que si aucune fermeture globale n’était programmée, l’arrêt et le transfert de certains services et unités étaient à prévoir.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • Collective, vous avez dit collective ?

    Le 31 août 2018

    Et elle prévoit que les entreprises responsables de lean management ou de harcèlement moral qu'elles dénient au lieu de traiter, et qui ne remplacent aucun arrêt (maladie, maternité, formation...) faisant reporter la charge de travail sur les personnes restantes, seront aussi visées dans cette responsabilité ?

    Que contient collectif ? Les malades et leur médecins prescripteurs ? Insuffisant !
    Encore une double peine pour les malades : être malade et en être rendu responsable. Ceux qui se font arrêter pour prendre des vacances, sont une très petite minorité. On a qu'à obliger les entreprises à remplacer les absents et à leurs faire payer les arrêts maladies lorsque cela ressort de leur responsabilité (bien que cela sera très difficile à établir, aucun doute là-dessus !) et on verra une amélioration de la santé de ses employés... Quand on touche leur porte-monnaie avec une publicité affligeante, qu'elle auront du mal à recruter leur futurs bagnards, ça marche mieux.

    Collectif, on se trompera une fois de plus de cible.

    C.D.

  • Et l'absentéisme des collectivités territoriales ?

    Le 31 août 2018

    On ne parle que du privé mais on oublie que les fonctionnaires des collectivités territoriales battent tous les records en matière d'absentéisme sans être pour la plupart et de très loin des "bagnards" (lire le très bon livre "Absolument débordée"). Ce sont pourtant bien des médecins qui prescrivent des arrêts pour Noëlite ou "burn-out" à ces pauvres hères.

    Dr Jean-Pierre Huber

  • Deux effets

    Le 31 août 2018

    On pourrait s'accorder avec la Ministre que les arrêts de travail intempestifs ont deux effets nocifs:
    -Les collègues qui restent ont plus de travail d'où des burn-out.
    -Les déficits de l'Assurance maladie en prennent un coup incontestable. S'il existe une majorité d'arrêts de travail justifiés et indemnisés, une minorité devraient être signés et approuvés par les médecins du travail pour être indemnisés.

    Dr JD

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