Agression sexuelle, harcèlement : le NHS sous le feu des critiques

Paris, le vendredi 22 septembre 2023 – Près d'une chirurgienne britannique sur trois travaillant au sein du National Health Service (NHS) a déclaré avoir été victime d'agression sexuelle.

Une nouvelle enquête, publiée dans le British Journal of Surgery, révèle une prévalence importante des « comportements sexuels inappropriés » au sein du NHS britannique. L’analyse a été menée auprès de 1434 chirurgiennes et chirurgiens du système national de santé.

90 % des femmes interrogées ont été témoins de comportements sexuels répréhensibles

L’étude révèle ainsi que 30 % des chirurgiennes sondées ont déclaré avoir été agressées sexuellement, 29 % des femmes ont subi des avances non désirées au travail et plus de 40 % ont été la cible de commentaires non sollicitée sur leur corps. Une proportion légèrement inférieure (38 %) a aussi été victimes de « badinages sexuels » au travail. 11 viols ont aussi été rapportés.

Par ailleurs, environ 9 femmes sur 10 ont déclaré avoir été témoins de « comportements sexuels répréhensibles » au cours des cinq dernières années. 81 % des hommes ont donné une réponse similaire. « Les comportements sexuels répréhensibles sont fréquents et semblent ne pas être contrôlés dans l’environnement chirurgical en raison d’une structure profondément hiérarchique et d’un déséquilibre entre les sexes et les pouvoirs », affirment les auteurs de l’étude. « Il en résulte un environnement de travail peu sûr et un espace peu sûr pour les patients ».

Pour la professeure Carrie Newlands, qui a participé à cette analyse, « le scénario le plus commun est celui d’une jeune interne agressée par un auteur plus vieux, qui est souvent son supérieur direct ». Une situation qui engendre très fréquemment une véritable « culture du silence », où les victimes craignent pour leur carrière et leur avenir professionnel s’ils venaient à briser l’omerta.

Pour Tamzin Cuming, chirurgienne et présidente du forum Women in Surgery au Royal College of Surgeons of England, cette nouvelle enquête présente « certains des faits les plus épouvantables jamais révélés » dans le secteur, et « représente un moment #MeToo pour la chirurgie ». Elle ajoute : « nos recherches révèlent un environnement où les agressions sexuelles, le harcèlement et le viol peuvent se produire parmi le personnel travaillant en chirurgie, mais qui permet de les ignorer parce que le système protège ceux qui les commettent plutôt que ceux qui en sont affectés ». Elle appelle donc à un changement urgent dans la manière dont les services de santé enquêtent sur eux-mêmes.

4,5 millions d'euros déboursés en 5 ans

Cette nouvelle enquête fait écho à une analyse parue un peu plus tôt cette année et réalisée par The Times. Les journalistes du quotidien britannique avaient ainsi calculé qu’environ 4,5 millions d’euros avaient été dépensés en cinq ans par le NHS à cause des faits de harcèlement et d’agressions sexuelles. La somme correspond aux sommes déboursées pour les frais judiciaires et pour les dommages-intérêts à destination des victimes.

L’enquête révélait, par ailleurs, qu’environ 1500 personnes s’étaient signalées depuis 2018, uniquement en Angleterre et aux Pays de Galles, pour un total de 35 600 incidents recensés. En réaction, le General Medical Council avait appelé le personnel du NHS à une politique de « zéro tolérance » envers le harcèlement sexuel.

De son côté, Tim Mitchell, président du Royal College of Surgeons of England, a indiqué, en réaction à l'étude publiée le British Journal of Surgery, que ces agissements n’avaient « aucune place nulle part dans le NHS », ajoutant qu’il ne « [tolérerait] pas de tels comportements dans nos rangs ».

Raphaël Lichten

Copyright © 2023 JIM SA. Tous droits réservés.

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article