Alcool dans les stades : du sport en perspective au sein de la République en marche !

Paris, le mercredi 14 août 2019 – A son tour, le ministre des sports Roxana Marcineanu s’est opposée de façon claire et argumentée à un assouplissement de la réglementation interdisant la vente d’alcool dans les stades. Interrogée par 20 minutes sur ce sujet alors qu’elle assistait à une compétition de surf à Lacanau, elle a précisé : « Je pense que quand on a interdit l’alcool dans les stades, il y avait des raisons et ces raisons-là, elles n’ont pas disparu du jour au lendemain. Ma position est clairement la même que celle de Madame Buzyn. (…) Dans un lieu, comme un stade, où l’on promeut la santé par le sport et le sport comme entité, je ne peux pas en même temps promouvoir la consommation d’alcool ».

Défections

Si même en l’absence de réactions des autres membres du gouvernement, cette position du ministre des Sports semble confirmer l’impossibilité d’une adoption de l’article 18 de la proposition de loi signée par 105 députés La République en Marche (LREM) qui vise à faire de la France une nation sportive, ce texte pourrait néanmoins aviver les tensions au sein de la majorité parlementaire. En effet, plusieurs élus se sont clairement désolidarisés de leurs collègues, certains parfois même parmi des signataires de la proposition de loi. Ainsi, Michèle Peyron (LREM Seine-et-Marne), présidente du groupe d’étude sur la lutte contre les addictions, a affirmé à Libération qu’elle ignorait que « l’alcool serait de mise dans une proposition de loi qui veut faire de la France une nation de sport ». Ne cachant pas une certaine « colère », elle a assuré qu’elle ne voterait pas la loi si l’article sur l’assouplissement de la réglementation de l’alcool dans les stades était maintenu.

Audrey Dufeu-Schubert espérée

Ces défections (Jean-Louis Touraine a également appelé ses collègues à la raison) n’ayant pas empêché les défenseurs de la proposition de continuer à développer leurs arguments dans la presse, on peut redouter des débats fervents (même sans boisson alcoolisée). Verra-t-on à l’occasion de ces derniers certains en profiter pour au contraire défendre la nécessité d’une exclusion de l’alcool dans les loges VIP (puisque cette situation est utilisée comme argument en raison de la prétendue nécessité de rétablir une "égalité" entre riches et moins riches !). « Leur vision de l’égalité, c’est cirrhose pour tout le monde » ironise à cet égard le docteur William Lowenstein, président de SOS addictions. Peut-être Audrey Dufeu-Schubert, député LREM, qui s’est à plusieurs reprises mobilisée pour renforcer l’action des pouvoirs publics contre l’alcool pourrait-elle prendre la tête d’un front inverse ! Pour l’heure, elle s’est contentée de partager sur son fil Tweeter un message parfaitement clair de la Ligue contre le cancer qui appelle : « Les VIP doivent montrer le bon exemple et arrêter de boire dans les stades ». Peut-être prémonitoire !

« L’armée des petites buvettes »

Les débats parlementaires seront également l’occasion d’interroger les rapports troubles entre profits liés à la vente d’alcool et économie des clubs de sport. Sur ce point, interrogé par le journaliste et médecin Jean-Yves Nau, l’ancien président de la Fédération Addiction, Jean-Pierre Couteron remarque : « La manœuvre est habile et le "lobby de l’alcool" reste en retrait derrière les tout aussi puissants lobby du sport de haut niveau professionnel (…). Comme les clubs amateurs sont "exsangues" et que le sport pro ne veut plus "partager", on va envoyer l’armée des petites buvettes combattre en faveur des pro… et ça risque de marcher ! J’ai vu passer sur Twitter des échanges intéressants à ce sujet, y compris de collègues très hostiles à l’alcool, mais "gestionnaires" de petits clubs et qui connaissent ces problèmes… ».

Exemple luxembourgeois

A cet égard, l’exemple étranger n’est pas dénué d’intérêt. Alors que les défenseurs du retour de l’alcool dans les stades citent souvent le cas de nos voisins dont la santé économique des clubs sportifs serait bien meilleure grâce à l’alcool, l’indifférence du président de la Jeunesse du Football club de Mühlenbach au Luxembourg, Jean Cazzaro est riche d’enseignement. « Je ne me suis pas posé la question de savoir si nous aurions moins de supporters qui nous suivraient » vient-il en effet d’assurer au Quotidien du Luxembourg alors que la décision du FC Mülenbach d’interdire la vente d’alcool lors de ses matchs suscite aujourd’hui commentaires et polémiques de l’autre côté de la frontière.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Nouveau monde

    Le 14 août 2019

    LREM, c'est le "nouveau monde" parasité par les travers de l'ancien monde…

    Dr Daniel Muller

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